‹ Les sarcophages chrétiens de la GauleChapitre 23 sur 96 · REIMS · texte numérisé non relu

REIMS

Ms. de Peirese, Bibl. nat., fonds français, n° 9530, fol. 159. — Dom Marlot, Metropolis Remensis historia, €. 1, p. 115. — Histoire de la cité, ville et université de Reims, t. 1, p. 609. — Annales ordinis 5. Benedicti, t. IV, p. 579. — Le R. P. Cahier, Nouveaux Mélanges d'archéologie. Tvoires, miniatures et émaux, p. 167. — Garrucci, Storia dell” arte cristiana, tav. CGCXLI, n° 1, et t. V, p. 66.

La ville de Reims, où j'ai autrefois signalé un hypogée à peintures chrétiennes semblable à ceux de Rome’, possédait aussi un sarcophage, aujourd'hui détruit comme ces fresques; il était déposé dans l'antique Basilica Jovimiana, devenue l’église de Saint-Nicaise, et avait, d’après la tradition, reçu les restes de cet évêque et de sa sœur, sainte Eutropie. « Le lieu où on les mit, écrit dom Marlot, se voit encore à présent dans la nef de l'église, bien qu'elle ait été réédifiée par deux fois, les anciens ayant élevé un tombeau sur quatre colonnes de pierre?, pour marque perpétuelle de leur dévotion, avec ces paroles gravées au-dessous de la tombe qui leur sert de soubassement :

Cy est le lieu et la place où que Monsieur Saint Nicaise, jadis archevesque de Reims, et Madame Sainte Eutropie, sa sœur, furent inhumés en terre, après que furent martyrs pour la foi chrestienne.

«Le coffre posé sur ces colonnes ornées de chapiteaux corinthiens a sept pieds de longueur et deux en largeur. »

Un dessin conservé dans les papiers de Peirese, et que je reproduis malgré sa

naïveté, reclifie les inexactitudes d’une gravure donnée par dom Marlot. On y reconnaît d'abord Moïse, jeune et imberbe, recevant les tables de la loi, puis David

* Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1. 1, p. 448. — * Gf ci-dessus, p. 15. SARCOPHAGES CHRÉTIENS. 6}

IVPRINERI NATIONALE.

combattant Goliath et tenant le pedum pastoral et la fronde. lei, comme ailleur sculpteur a représenté de même taille le géant et le jeune berger". Au milieu du bas-relief, deux palmiers, sous lesquels le Christ est debout entre saint Paul et saint Pierre, auquel il remet le livre de la loi nouvelle; saint Pierre porte, comme de coutume, la croix, instrument de son supplice; saint Paul tient un volumen et non pas, ainsi qu'on le voit dans la mauvaise gravure de dom Marlot, un calice du moyen äge. À la droite du Christ est un agneau qui le regarde; à sa gauche, un cerf, la tête basse, buvant sans doute à l'eau symbolique des quatre fleuves. Le dernier groupe nous montre Job vêtu de l’exomis et assis, non pas sur un fumier où

sur la cendre, ainsi que le disent les textes antiques”; il est représenté sur un siège élégant et posant le pied droit sur un scabellum; devant lui est sa femme, couvrant, comme nous le voyons ailleurs, sa bouche d'un pan de son vêtement; elle tenait de la main droite un bâton , au bout duquel elle tendait un pain à son mari, et dont le point d'attache se voit encore dans le dessin de Peiresc; nous retrouvons à Arles et dans plusieurs autres lieux la même scène non mutilée*. Un des amis de Job, deboutet vêtu du pallium, est entre la femme et le patriarche.

! Ci-dessous, n° 49. Voir Sarcophages d'Arles, Introduction, p. vu, pour ces inexactitudes. — * Bottari, Roma sotterranea, t. [l, p. 136; Renan, Le livre de Job, p. 9, ete. — * Études sur les sarcophages d'Arles, p. 63.

GRANDE SÉQUANAISE. 19

GRANDE SÉQUANAIS

RIGNIEUX-LE-FRANC.

Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, seconde édition, mot Sarcophage. — Garrueci,

Storia del? arte cristiana , tax. CCCXLIIT, fig. 2, et t. V, p. 69. — (Ma planche IV, fig. 2.)

Tombe de marbre blanc provenant de Rignieux-le-Franc, près de Saint-Maximin (département de l'Ain), et acquise par le musée du Louvre.

Le Christ, assis devant un riche portique, les pieds posés sur le scabellum qui marque les places d'honneur’, tient le livre de la loi et enseigne. Il est au milieu des douze apôtres, également assis, mais sans scabellum. La plupart de ces saints personnages ont en main le volumen. Les bras de leurs sièges sont taillés en forme de dauphins, comme on le voit dans d’autres bas-reliefs du 1v° et du v° siècle ?. Ce détail, qui, soit diten passant, se retrouve dans les peintures du Viroile du Vatican”, tend à montrer, sinon l'antiquité de ces miniatures, du moins celle des modèles d’après lesquels elles ont pu être exécutées. Derrière les apôtres se détachent des têtes de ces assistants dont les sculpteurs des sarcophages se plaisaient à remplir le second plan de leurs bas-reliefs*.

On ne sait rien de l'histoire de cette tombe, qui a dà être celle d’un saint ou de quelque grand personnage.

Études sur les sarcophages d'Arles, p. 7. — * Ibid., p. 29. — * F°* Lo et 41 du Codex Vaticanus (reproduits

par Angelo Mai, Vingilit picture antique ex codicibus Vaticanis, tab. XXXVIIL et XXXIX). — * Études sur les sarcophages d'Arles, p. 1x.

co

Bien qu'assez nombreux, les sarcophages ou fragments qui se trouvent à Vienne n'ont pas encore appelé l'attention; à peine les a-t-on mentionnés, et personne, que je sache, ne les a reproduits. Ils appartiennent à la bonne époque de la sculpture chrétienne, et si ces monuments ne sont pas venus d'Arles, amenés, comme

on peut le penser, par la voie du Rhône, leur style est toutefois identique à celui des marbres de cette ville.

Je donnerai d'abord ceux qui sont conservés au musée.

19, 20, 21 (Ma planche V, fig. 1, 2, 3.)

Trois fragments de même travail, mutilés par le haut,

Le premier nous montre, encadrée par deux colonnes, la scène de l'hémorroïsse agenouillée devant le Seigneur, dont elle touche le vêtement.

Le deuxième comprend deux sujets, que sépare une colonne. À gauche sont deux personnages mutilés tenant le volumen; à droite, un apôtre et le Christ, devant lequel s'incline le centurion, les mains enveloppées dans son manteau !. De même que l'hémorroïsse, cet homme est représenté, suivant l'usage antique, plus petit que le Seigneur.

Le dernier bas-relief occupait l'angle droit d’un sarcophage dont les faces latérales étaient ornées d'imbrications. On y voyait le groupe de la Samaritaine et de Jésus. Nous n’y trouvons plus que le Christ, le puits et le vase servant à puiser l'eau. C’est là un sujet assez fréquemment reproduit sur les tombes ?.

* C'était chez les anciens une marque de respect pour figure symbolique d'une femme couronnée de tours et

les personnes qu'on abordait. Voir Plaut. , Amphitr. , act. T, s’avançant, les mains voilées, vers la Sainte Famille; et sc. 1, v. 100 et 101; dans le Menologium Græcorum Bordier, Manuscrits grecs de la Bibl. nat., p. 271. Jussu Basilit editum , t, I, p.59 (26 déc., n° 274), la # Voir ci-dessous, n°* 131 et 188.

VIENNOISE. oil

Recueil de Schneyder à la bibliothèque de Vienne. — (Ma planche V, fig. 6.)

Fragment d’un couvercle de sarcophage conservé au musée de Vienne.

Adam et Ève: entre eux est l'arbre autour duquel s’enroule le serpent.

Un personnage à vêtement court marche vers la droite; il porte sur l'épaule un objet mutilé, qui paraît avoir été une croix; peut-être s'agit-il ici de Simon le Cyrénéen, que lon voit souvent représenté de la sorte sur plusieurs sarcophages de Rome et de la Gaule!,

Des deux hommes qui suivent, l'un porte un bouclier; c'est sans doute Goliath, devant lequel il faut peut-être reconnaître, malgré son vêtement long, David tenant la fronde ?.

Un génie ailé accoste le cartouche destiné à recevoir l’épitaphe.

(Ma planche V, fig. 4.)

Fragment d’un sujet bien connu : la scène de la piscine probatique. Au-dessus de l’eau agitée par l’ange *, et que représentent des lignes fortement ondulées, un portique devant lequel le Christ, s'avançant sur la droite, parle au paralytique. Le corps de ce dernier est brisé, ainsi que le grabat qu'il emportait sur ses épaules et dont on voit nettement la trace. Cette représentation existe dans son entier au musée de Clermont. Elle était affectionnée par les sculpteurs chrétiens, et nous la retrouvons encore à Rome, à Arles, à Die et en Espagne".

Les Pères ont vu plusieurs symboles dans le miracle de la piscine : ils y ont reconnu à la fois la figure du baptême, celle de la rémission des péchés, celle de la résurrection. C'est à cette dernière interprétation, développée par saint Ambroise et saint Hilaire, qu'il faut probablement attribuer la présence si fréquente de cette scène sur les tombes °.

(Ma planche V, fig. 5.) Millin a vu-sur une maison de la place de 'Hôtel-de-Ville, où il se trouve encore,

un bas-relief de pierre qu'il décrit ainsi :

«Il est composé de quatre figures : la première est vêtue d’une longue robe;

2 Études sur les sarcophages d'Arles, p. 18; ci-des- * Voir ci-dessous, p. 24 et n° 76.

sous, n° 212, * S. Ambros., Expositio Ev. sec. Lucam, 1. V, $ 13; ? Voir n°” 17, 25 et ho. S. Hilar,, In Matth, c. vu, 8 7. — Cf. Constit. Apost., Non ve V7

la deuxième lient un panier de la main droite et un pedum dans la main gauche; la troisième est armée d’un bouclier; la dernière élève la main comme pour haranguer les trois autres; auprès d'elle est un arbre !.»

Il s'agit encore une fois de David tenant le pedum pastoral et la fronde, en face de Goliath casqué. Le personnage de droite est peut-être l'ange que nous voyons assister au combat sur un sarcophage de Marseille ?. Il tient de la main droite un objet difficile à reconnaitre.

Une boiserie masque la partie gauche du marbre.

J'indique pour mémoire, et sans savoir si ce monument est funéraire, un fragment vu au même lieu par Millin*, et qui y est resté. C'est un fronton au milieu duquel est debout, entre deux colombes, l'agneau, regardant vers la droite. La même boiserie cache également la moitié de ce bas-relief.

Manuscrit de Charvet, à la bibliothèque de Vienne. — Allmer, {nscriptions de Vienne, t IV, p. 445 et pl. XLV bis, n° 39.

I ne reste plus qu'un petit fragment au musée de Vienne d’une tombe de marbre

blanc trouvée en 1760 près du cimetière de l’église Saint-Maurice. Ce monument, dont l'antiquaire Charvet nous a conservé un croquis informe, portait, entre deux rangées de strigiles, le monogramme %, inscrit dans un cercle, et au-dessous duquel était sculpté un vase d’où s'échappaient des pampres. Deux figures de prophètes ou d’apôtres occupaient les extrémités du bas-relief.

! Voyage dans le midi de la France, t. IL, p. 47. —* Ci-dessous, n° 49. — * Loco citato.

Allmer, Découverte de colonnes et de tombeaux antiques dans l'église de Saint-Pierre de Vienne, p. 26, — Bulletin de la Société des antiquaires de France, novembre 1860. — (Ma planche VI, fig. 1.)

Des fouilles opérées dans le dallage de l’église Saint-Pierre ont mis au jour un grand nombre de sépultures chrétiennes groupées, selon l'usage antique, dans le saint lieu !. «Ce qui ajoute surtout, écrit M. Allmer?, à l'intérêt de la découverte, c’est que presque toutes les tombes sont d'anciens sarcophages romains, pris sans doute le long des deux voies qui passaient là autrefois. Différentes de mesures et de niveaux, les unes ouvertes et vides, les autres décorées d'inscriptions ou de sculptures, toutes ces auges massives, pressées les unes contre les autres, superposées en certains endroits les unes aux autres, offrent un coup d'œil des plus étranges, qui rappelle celui des Aliscamps d'Arles et celui du cimetière non moins intéressant, mais moins connu, de Saint-Gervais, à Vienne. Tantôt, pour les approprier à des sépultures chrétiennes, on en a effacé les inscriptions, moins toutefois les initiales D M; tantôt la dépouille chrétienne a pris place dans la demeure éternelle du païen, sans qu'on se soil inquiété de l'épitaphe de l’ancien destinataire; ou bien le sarcophage païen a été retourné, et l’on a pu, dans l'épaisseur très considérable du fond, creuser une nouvelle auge. »

Parmi les couvercles de forme prismatique qui fermaient plusieurs de ces tombes, il en est un qui offre sur son versant antérieur l'image d’un homme entièrement nu portant sur ses épaules un mouton à cornes. Malgré cette nudité, qui serait un fait exceptionnel, il parait bien, d’après le style barbare de la sculpture, qu'elle a été exécutée pour un chrétien et que la figure est celle du Bon Pasteur. Nous devons croire alors que l'artiste aura, comme on le voit si souvent, suivi quelqu'un des nombreux types païens représentant un personnage criophore *. .

Chorier, Recherches sur les antiquités de Vienne, éd. in-8°, p. 286. — Millin, Voyage dans les départements du midi de la France, t. W, p. 41. — Taylor, Cayeux et Nodier, Voyage pittoresque et romantique dans l’ancienne France, Dauphiné, planche sans numéro. — Collombet, Histoire de la sainte Église de Vienne, t. Il, p. 92. — Allmer et Terrebasse, Inscriptions de Vienne, t. IV, p. 448; t. V, p. b3, atlas, pl. XLV bis, n° 326, et pl. XLVIT. — (Ma planche VI, fig. 2.)

La cathédrale de Vienne possède un sarcophage de marbre décoré de simples

© Voir, sur cette découverte, Inscriptions chrétiennes * Raoul Rochette, Mémoires de l'Académie des inscripde la Gaule, t. II, p. 118. tions, t. XIIT, p. 97 etsuiv.; de Rossi, Roma sotterranea,

? Découverte, ete. dans Péglise de Saint-Pierre de t. 1, p. 347. Pour limitation des modèles antiques, voir Vienne, p. 26, 97. Introduction, $ n.

gravures, comme Île sont ceux de Charenton, de Saulieu et d’Autun. Sur ce monu-

ment est un vase d'où sort une vigne et qu'accostent deux paons, également figurés sur les épitaphes et les sépulcres de la Gaule !. Le couvercle de ce sarcophage porte

le monogramme k inscrit entre deux colombes. L'inscription qui se lit au

revers, et qu'a longuement commentée M. de Terrebasse, appartient au x° siècle.

M. Allmer donne le dessin d'une autre tombe de Vienne à simples ornements et décorée du monogramme du Christ?. Ce marbre était autrefois déposé dans l'église de Saint-Maurice; il a été transporté au musée.

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