SOISSONS
Voyage littéraire de deux Bénédictins, 2° part., p.21. — Mabillon, Ann. bened., &. I, p. 629. — Dom ag P P F Germain, Histoire de l'abbaye de Notre-Dame de Soissons, p. 85 et 406. — Pivaniol de la Force, Nou- J k E 6 ; veau voyage de France, éd. de 1780, t. I, p. 220,291, 299. — Poupart, Dissertation sur deux tombeaux qui se voient dans l'éplise de l'abbaye de Notre-Dame de Soissons. — L'abbé Lebeuf, Dissertation sur
l'époque de l'établissement de la religion chrétienne dans le Soissonnais, p. 7h et suiv. — Ed. Fleury, Anti-
quités et monuments du département de l'Oise, 2° partie, p. 95. — Bulletin monumental, 1881, p. 894. — q 14 P P-9 Tien)
Garrucci, Storia, tav. CCCCIIT, n° 4, 5, 6, et L. V, p. 154. — (Ma planche IV, fig. 1.)
On conservait autrefois, dans l’église Notre-Dame de Soissons, deux sarcophages du n° et du v° siècle où furent, d’après la tradition, déposés les restes de deux saints décédés à une époque bien postérieure, saint Drausin et saint Voué. La tombe de ce dernier, aujourd'hui disparue, mais dont nous possédons la gravure,
élait divisée en cinq arcades. À gauche se trouve d’abord le baptème du Christ, représenté sous la forme d'un enfant, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs !: l'eau descend à grand flot sur sa tête?; et la colombe vole vers lui; un assistant pose la main sur l'épaule de saint Jean. Nous voyons ensuite le miracle de l'hémorroïsse, puis, au centre, la résurrection symbolisée suivant le type ordinaire”; les
! Étude sur les sarcophages d'Arles, p. 27. — * Ibid., p. 3. — * Cf. ci-dessus, n° 11.
deux derniers bas-reliefs nous montrent le centenier s’avançcant, les mains couvertes de son manteau, vers le Christ !, et Moïse frappant le rocher.
Dans les retombées des arcades, je retrouve un de ces personnages tenant le volumen que nous avons déjà rencontrés à la même place sur des marbres d'Arles et de Rome ?.
Probablement engagées dans la muraille, comme nous le voyons à Manosque età Arles, les faces latérales du sarcophage n'ont pu être reproduites qu'en partie par les dessinateurs qui nous en ont gardé l'image. L'une de ces faces représentait les jeunes Hébreux dans la fournaise; l'autre, Daniel entre les lions. Le sculpteur s'était, pour ce sujet, écarté du type commun; le prophète n'était pas figuré dans l'attitude de la prière: tourné vers la droite, il levait le bras, en s'adressant, selon toute apparence, comme on le remarque sur un marbre de Luc de Béarn, au roi venu le visiter *.
Le dessin donné par Mabillon nous fait voir que le tombeau de Soissons était élevé sur des supports. Gette disposition se rencontre souvent au moyen âge : nous la retrouvons à Saint-Cloud, à Reims, à Moissac, à Toulouse et ailleurs encore “. Elle est mentionnée pour Bordeaux dans ces vers d’un poème du xm° siècle :
L'autre ossement, sans point delaier,
A fait Gerbers en un sarcu couchier
Sur sis colombes de marbre bien taillé®.
Les anciens avaient élevé de même les tombes au-dessus ‘du sol, ainsi que nous le voyons à Rome, à Arles, à Saint-Maximin, pour le sépulere d’un personnage ressuscité par le Christ.
© C£ ci-dessous, p. 20. : Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d’Autun . * Voir notamment mes Études sur les sarcophages t. I, p. 67, etc.
d’Arles, p. 41. . * Histoire hitéraire de la France, t. XXIL, p.69. * Ci-dessous, n° 191 * Bottari, Roma sotterranea, tav. CXCII; Etudes sur * Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 209; Bulliot, les sarcophages d'Arles, pl. I; ci-dessous, n° 213.
L'autre tombeau de Soissons que mentionnent les mêmes auteurs est au musée du Louvre. Il porte au milieu le monogramme du Christ entouré de pampres. Le couvercle qui le ferme à celte heure ne lui appartient pas'. D'après un ancien usage, encore conservé à Poitiers pour le tombeau de sainte Radegonde, les fidèles détachaient du sépulere de saint Drausin une poudre qu'ils emportaient comme un précieux remède ?. Les pèlerins affluaient au sanctuaire où se trouvait cette tombe, et plusieurs textes du moyen âge constatent qu'avant de combattre en champ clos, nos pères venaient y passer une nuit en prière *. Nous le tenons d’une lettre de Jean de Salisbury *, à laquelle il faut peut-être joindre un passage d'Anne Comnène?. C’est à cette coutume que fait allusion le poème de Garin le Loherain dans ces vers sur une croix retirée d'un fleuve avec des circonstances miraculeuses :
Li dux s'abaisse, entre ses bras la prist; Si la dreça à mont contre son pis,
Et l'emporta au mostier Saint-Drosin.
Encore i est, onques puis n’en parti; Tres bien le sevent et viellart et meschin :
Veiller 1 vont encor li pelerin,
Et qui bataille doit faire ne fournir.
Les deux monuments de Soissons nous montrent comment nos pères allaient chercher au loin, pour ensevelir les morts vénérés, les sarcophages antiques. Le premier est, je le répète, de la fin du nv° siècle; l’autre lui est postérieur de cent ans, et ces marbres diffèrent autant par le travail que par la date. Celui de saint Voué
! Voir ci-dessus, n° 10.
* J'ai déjà parlé ailleurs de cette pieuse pratique (Note sur une fiole & inscriptions portant l'image de saint Ménas , Revue archéologique, mai 1878). Nous en trouverons plus loin une autre mention (n° 100). Je noterai, à cette occasion, que dans le cimetière de Sainte-Thérence, près de Montluçon, il existe une stèle mérovingienne de granit gris sur laquelle sont gravées des croix. Gette pierre, placée debout, a, dit-on, marqué la place où était ensevelie la sainte; les pèlerins la visitent et en détachent une poudre qu'ils mêlent aux boissons des malades. (Note manuscrite adressée avec un dessin par M. R. Deschamps au R. P. Bruzza.)
* Ce n’était pas, comme l'a pensé dom Germain, au tombeau même que s'accomplissait cet acte de dévotion. Les auteurs qui le mentionnent ne parlent que de la chapelle du saint (memoria) ou d'une croix qui y fut apportée. L'abbé Lebeuf n’admet pas d’ailleurs que la tombe même ait été l’objet de la visite des champions. (Dissertation sur l’époque de l'établissement de la religion
chrétienne dans le Soissonnais, p. 74.) Voir, pour le mot memoria, la note ci-après.
“ «Archiepiscopus vero noster, in procinctu ferendæ sententiæ constitutus, iter arripuerat ad urbem Suessionum, orationis causa ut beatæ Virgini, cujus ibimemoria celebris est, et beato Diansio (Drausio), ad quem confugiunt pugnaturi, agonem suum precibus commendaret. Est autem beatus Diansius gloriosissimus confessor, qui sicut Franci et Lotharingici credunt, pugiles qui ad memoriam ejus pernoctant reddit invictos, ut de Burgundia et Italia in tali necessitate confugiatur ad ipsum. Nam et Robertus de Monteforti ei pernoctavit, adversus Henricum de Essexa dimicaturus.» ( Epist. eux, Domino Exoniensi. Éd. de 1611, p. 252, 253.) L'expression beatæ Virginis memoria montre que ce dernier mot ne figure pas ici, comme en des temps plus anciens, dans le sens de tombeau.
5 Alexiad., 1. X; 6d. in-fol., p. 301 ; cf. p. 362.
* Li romans de Garin le Loherain, publié par Paulin Paris, t. I, p. 33, 34.
est du type d’Arles et provient sans doute de la Provence; celui de saint Drausin présente le style particulier à l’école d'Aquitaine; il a été sculpté, sans aueun doute, dans le sud-ouest de notre sol.