AVIGNON
(Ma planche IX, fig. 1.)
J'ai relevé au musée Calvet le fragment dont je donne ici la reproduction photographique. C'est la partie gauche d’un couvercle portant un bas-relief et une épitaphe. Le sujet représenté se rencontre souvent à Rome, sur les fresques des calacombes et dans les bas-reliefs des sarcophages *. Je n'en connais pas d'exemple en Gaule, et je le publie sous toutes réserves, le registre du musée d'Avignon ne donnant aucun renseignement sur la provenance du marbre *.
Après quelques figures très ruinées et à la gauche d'une tessère que soutient un génie ailé, se trouve une table en forme de sma autour de laquelle sont couchés des convives. Elle est chargée de pains incisés en croix, suivant l'usage romain. Sur un trépied placé en avant est posé un poisson. Ni ce poisson, ni la marque des pains ne démontreraient absolument le caractère chrétien de notre marbre, car on les rencontre de même sur plus d’un monument païen “; mais la formule de l'épilaphe vient ici lever tous les doutes; cette inscription porte en effet les mots suivants :
ANTODONI
ANIMAE Dulcr
IN PACE QUI ve
XIT ANN X1V Menses
VIII Dies XVI...
J'ai rapproché ailleurs les représentations de banquets sur les sarcophages chrétiens des prières où l'on demande pour les morts une place au festin céleste, et
! Pour ce dernier sujet, auquel on a, je crois, prêté à * Pourlespains, voir Étudessurlessarcophages d'Arles , tort un sens symbolique, voir ci-dessous, n° 54 et187. p. 1 et 2; pour le poisson, Description of the collection
? De Rossi, Bullettino, 1882, p. 113 et suiv. of ancient marbles in the British Museum, part V, pl. IX,
# Je n'y trouve que cette simple mention : + Acquis en fig. 3, festin de l'Amour et de Psyché; Garrucci, Verri 1851 de M. Nogent, d'Orange. » ornali di figure in oro, à° édit., p.53, ete.
hi.
J'ai montré comment, ainsi que plusieurs autres de l'espèce, ce sujet parait inspiré par les formules des liturgies funéraires !.
Si notre inscription estsans date, l'ancienneté de l'expression anima duleis qui y figure ne permet guère de la faire descendre plus bas que le début du v° siècle. Cette formule, dont les premiers chrétiens ont souvent fait usage, se lit en effet sur des marbres païens exhumés en Italie et en Gaule?. Je la retrouve dans un passage du roman d'Apulée : «Mellite mi, mi marite, tuæ Psyches duleis anima°.»
Garrucci, Storia dell arte cristiana, L. V, p. 54, et tav. CCCXXXI, n° 1. — (Ma planche VIE, fig. 3.)
Sarcophage du musée, décoré de figures et de strigiles.
Au centre, le Christ enseignant et tenant une longue croix; à ses pieds, une femme agenouillée, les mains en avant dans l'attitude donnée par les sculpteurs à l'hémorroïsse et à la Chananéenne. Près du Seigneur, des volumina liés en faisceau sont posés à terre. Deux personnages, auprès desquels se voient de même des volumina, lèvent la main vers lui. Ainsi que je l'ai déjà expliqué, il peut s'agir ici de prophètes ou de patriarches acelamant celui dont ils ont prédit la venue *.
Un couvercle placé sur cette tombe et qui ne lui appartient pas porte, au milieu, une tessère sans inscription” et les bustes de deux époux se détachant sur des draperies; l’homme et la femme tiennent tous deux le volumen®. Six génies ailés soutiennent les draperies et le cartouche central. Aux deux extrémités du couvercle, est la tête de jeune homme qui se voit si souvent sur les marbres de cette région ?.
Ai (Ma planche IX, fig. 2.)
Le Christ et un apôtre; fragment d’une scène comprise entre deux colonnes torses. Musée Calvet, n° 128.
! Études sur les sarcophages d’Arles, p. xxxvr. comme on le verra dans mes planches; elles avaient * Gruter, 609, 3; de Boissieu, Inscriptions de Lyon, peut-être reçu une épitaphe peinte, aujourd'hui disp: 06, n° 27. parue. (Études sur les sarcophages d'Arles, p. 27, 28.) * Metamorph., 1. V, éd. Oudendorp, p. 331. * Voir, pour le volumen tenu par une femme, Études Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. Il, p. 396; sur les sarcophages d'Arles, p. 10. Il est aux mains de Etudes sur les sarcophages d'Arles, p. 91, pour la repré- la femme seule sur un sarcophage de Pise (Garrucci, sentation en cette même place de Daniel et d'Abraham. Storia, tav. CCCLXIV, n° 3) et sur un verre apparte-
C£S. [ren. 1. V, e. 1. nant à M. Basilewsky (de Rossi, Bulleut., 1880 , Lav. V).
* J'ai parlé ailleurs de ces tessères, si souvent vides, 7 Conf. ci-dessous, n° 200, 211 et 214.
(Ma planche VITE, fig. 2.)
Au même musée, Débris trouvé en 1 8h7 à Avignon, en démolissant une maison rue Petite-Fusterie. À droite, un de ces génies qui accostent les cartouches préparés pour recevoir les inscriptions. À gauche, un personnage vêtu du pallium, les bras liés, est tenu et poussé en ayant par un homme à tunique courte, qui le frappe; c'est sans doute un apôtre, comme on le voit sur un sarcophage de Rome !, moins probablement un des accusateurs de Suzanne?.