‹ Les sarcophages chrétiens de la GauleChapitre 49 sur 96 · SALSA E; RS · texte numérisé non relu

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poudre et des parcelles. Onze ans plus tard, les chanoines, pour sauver les débris du monument, le transportèrent dans leur cloître; mais la Révolution venue et les

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antiquités de Saint-Hilaire livrées à qui voulait les prendre, des naturalistes enlevèrent des morceaux importants de la tombe; lereste d’une des colonnes qui la soutenaient, un bout de l'encadrement de la face principale, le bas des deux reliefs latéraux, ont seuls été sauvés, et transportés au musée de la ville. L'un représente, en deux registres superposés, un berger avec son troupeau; l'autre, Daniel nu priant entre les lions; à droite et à gauche du prophète sont des draperies relevées qui, avec la forme évasée de la cuve, caractérisent les tombes mérovingiennes de la contrée !. Des croquis anciens? nous apprennent que la face antérieure représentait un petit génie pressant une grappe au-dessus d’un vase; un second montait en portant un fardeau; quatre autres, se tenant par la main, comme les faunes sur la belle section de frise en terre cuite dont on découvre à Rome tant d'exemplaires, foulaient le raisin dans une cuve d’où le vin s’échappait dans quatre vases.

Devant cette représentation, familière aux premiers fidèles *, Dreux du Radier et après lui Lecointre-Dupont se sont persuadé que notre marbre était le tombeau d'un prêtre de Bacchus. Après quelque hésitation, Siauve le classe, dans sa préface, parmi les sarcophages chrétiens.

Le recueil de Beauméni que possède la bibliothèque de Poitiers nous garde deux étranges dessins, dont je retrouve les calques dans les papiers de Tersan, el qui ne méritent pas d’être reproduits; ils ont été pris sur deux bas-reliefs disparus, qui, d'après une note de l'artiste, formaient les extrémités d’un sarcophage dont la face avait été détruite. On les voyait au Chapitre de Poitiers en 1770 ge

Le premier de ces croquis représente un personnage à pallium debout devant un autel sur lequel tombe un rayon venant du ciel. Quel est le sujet chrétien que Beauméni a pu travestir de la sorte? Je le devine, sans oser le dire. Le second nous montre Moïse faisant jaillir la source, où vient boire un Hébreu de très petite taille. Je transcris, à titre de curiosité, le commentaire explicatif de ce dessinateur, souvent aussi étrange dans ses interprétations que dans ses copies. « Comme quelques chanoines de Saint-Hilaire vouloient me persuader que le sarcophage auquel ces deux extrémités ont dû appartenir étoit depuis longtemps regardé comme le tombeau de sainte Abre, et que j'ay vu beaucoup de sarcophages du paganisme à Arles, je pense que ces sortes de cérémonies nécromantiques ne peuvent pas avoir été représentées sur le tombeau de cette sainte. Ils portent avec eux toute l'em-

? Voir introduction, $ 1v. 6954, n° 294). Le recueil de l'abbé Gibault (bibl. de ? Ces deux bas-reliefs ont été copiés par Beauméni, Poitiers) contient deux autres copies de ces marbres. dont les dessins existent à la bibliothèque de Poitiers, # Introduction, $ 1v. Nous en avons des calques à Paris dans les manuscrits * Bibl. nat., départ. des mss., 6954, n° 279. de Tersan (Bibl. nat,, départ. des mss., fonds français, > Note du recueil de Tersan.

preinte du paganisme. Ce raion qui descend et qui frappe ce petit acerra sépuleral ne présente autre chose qu’un raion du soleil obtenu par le charme ou évocation pour échauffer les cendres et animer les mânes. Quant à l’autre bas-relief, pris mal à propos par aucuns pour Moyse qui frappe le rocher et en fait sortir de l’eau, ne voit-on pas manifestement que celte masse, soit d’eau, soit de feu, procède bien plus haut que la prétendue verge du supposé Moyse? 11 paroit aux yeux que c'est une pluye de feu qui semble constater l'apothéose du défunt, en consumant tout ce quil y a de terrestre et en purifiant les mânes. Quant à l'enfant agenouillé joignant cette pluye, on sait que les anciens, même dans le christianisme, ont cru que l'âme avoit une figure, et ils ne pouvoient guère mieux la représenter que sous celle d’un enfant, âge en toute sorte de religions et de cultes symbolisant l'innocence et la pureté.»

Dessin de Beauméni, à la bibliothèque de Poitiers. —Siauve, Mémoires sur les antiquités du Poitou, p. 23 et pl. IL. — Mémoires dela Société des antiquaires de l'Ouest, t. VIE, p. 103; t. XXIIT, p. 64 et pl. L — Caumont, Bulletin monumental, t. IX, p. 467; Abécédaire d'archéologie, 5° édition, p. 48. — (Ma

planche XX, fig. 2.)

On trouve dans l'église Saint-Hilaire un marbre qui, d’après une tradition sur laquelle on n'est pas d'accord, aurait recouvert la tombe de sainte Abre, fille de saint Hilaire !. Comme quelques couvercles de sarcophages païens, il est taillé en forme de toit, avec des #mbrices terminés en antéfixes. Le travail date de la fin du v° siècle, mais le caractère chrétien du monument n'est qu'assez vaguement marqué. Celles qui restent des antéfixes nous montrent le buste du soleil radié, une tête entourée de fleurons et un motif ornemental. Sur les flancs des imbrices, on voit des dauphins et l'étoile à six pointes tracée au compas, si souvent figurée par les artistes des temps mérovingiens. Le champ hémisphérique de la face principale porte, entre deux dauphins, un vase d’où s'échappent des feuillages; l'autre côté, une tête de face entourée de rinceaux.

Le recueil de l'abbé Gibault contient le dessin d'une crypte où se trouvent trois tombeaux avec couvercles à double versant. Sur la face formant pignon du premier de ces couvercles figurent une vigne et des raisins; le dernier, en partie brisé, porte une colombe et un vase. Au bas du dessin est écrit : Tombeau de saint Thaumaste trouvé dans la cave de saint Barthélemy, près saint Hilaire. L'un des trois

? D'après des notes de Beauméhni (bibl. de Poitiers et ci-dessus p. 84), c'était un autre tombeau que les chanoines considéraient comme ayant reçu le corps de sainte Abre.

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cercueils passait done pour être celui dont parle Grégoire de Tours, et dont nos pères détachaïent de la poudre pour guérir les maux de dents et la fièvre. « On recherche avec tant d’ardeur ce remède béni, dit l'historien, qu'un point du sarcophage est déjà perforé !.» L'auteur des Annales d'Aquitaine, Jehan Bouchet, qui écrivait en 1644, pense que le tombeau mentionné par Grégoire de Tours est «un de ceux de la chapelle de Saint-Barthélemy, où l'on voit lesdits pertuis et encores, ajoute-t-il, les femmes le raclent avec un cousteau et en font manger à leurs petits enfans, pour guérir du mal et passions du ventre *.» La chapelle qui le renfermail a été démolie en 1851; la crypte et ses trois sarcophages ont sans doute péri avec elle Ÿ,

BÉRUGES.

Dans ce village, voisin de Poitiers, une fouille opérée sur l'emplacement d’une église romane à mis au jour un couvercle de sarcophage de pierre appartenant au vu siècle. Ce curieux monument, encore inédit et dont le savant Père de la Croix publiera incessamment la photogravure, porte une épitaphe très ruinée et d’une lecture difficile. Au-dessous de l'inscription sont gravées, entre des bandes d’orne-

ments, deux colombes buvant dans un vase et l'image d'un aigle aux ailes éployées.

? Glor. confess., c. zur. * Grégoire de Tours, Les livres des miracles, édit. de P. 54. Les pèlerins prennent encore de même à la Société de l'histoire de France, t. II, p. 411, note Poitiers de la poudre du tombeau de sainte Radegonde. de M. Bordier.

Cest là une figure des plus rares sur les vieilles Lombes chrétiennes; je ne l'ai encore rencontrée qu'au bas d’un marbre de Lyon !. Ce nouvel exemple nous porte à croire qu'elle doit étre le symbole de la résurrection attendue, conformément à ce qu'enseignent les Pères dans leurs commentaires sur les paroles du Psaume cr : « Renovabitur ut aquilæ juventus tua?. »

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