POITIERS
Catalogue du musée des antiquités de l'Ouest, à Poitiers, 1843, p. 18.
Le plus important des sarcophages qu'ait possédés la ville de Poitiers est un beau marbre, détruit au temps de la Révolution, et dont il nous reste deux dessins
pris, au siècle dernier”, l’un par les soins de l'abbé Gibault, l'autre par le crayon
? Introduction, $ 1v. de l'abbé Gibault, les autres sont de la main de Beau- * A Ja Bibliothèque nationale, collection Gaignières, méni;nous en avons des calques à la Bibliothèque natiofonds latin, n° 17042, fol. 105, et à la bibliothèque nale (Manuscrits de Tersan, fonds français, 6954, de Poitiers; l'un de ces dessins fait partie du recueil n° 296). SARCOPHAGES CHRÉTIENS. 11
IMPRIMER NATIONALE
fantaisiste de Beauméni. Il était posé, suivant l'usage ancien, sur des colonnettes !, el se trouvait près de la sacristie dans l'église Saint-Hilaire. D'après la tradition, un évêque célèbre, Gilbert de la Porrée, y fut enseveli au commencement du
xu° siècle.
Cette tombe, de grande dimension (7 pieds 3 pouces 5 lignes de long sur 2 pieds 1 pouce 7 lignes de haut), avait été, aux temps antiques, préparée pour recevoir deux corps; elle était divisée en deux registres encadrant, comme on le voit à Arles, une large coquille où figuraient les images des époux défunts?. La partie gauche, brisée, à ce que l’on croit, par les Huguenots*, manquait dès 1769, quand Beauméni copia notre marbre; le reste de la droite représentait, après quelques personuages peu reconnaissables sur les dessins, la comparution du Christ devant Pilate accompagné de son assesseur, détail figuré dans quelques bas-reliefs, bien que l'Évangile soit muet à cet égard". Dans la bande inférieure étaient l'image de Daniel et des lions, puis probablement le monogramme sur une haste”, entre deux colombes portant des couronnes* et des personnages s’inclinant; le Christ entrant à Jérusalem sur l’änesse suivie de son änon et, au second plan, un Juif regardant du haut d’un arbre; le miracle de Cana, celui des pains et des poissons, Moïse frappant le ro-
cher. On voyait, au pelit côté de gauche, les trois jeunes Hébreux montrant le ciel, et, sur le pendant fort mutilé, ces célèbres martyrs dans la fournaise; il ne
À Dessin du recueil de l'abbé Gibault et Gaignières, Le. * Au bas de son dessin, si imparfait en cet endroit, ; Ends sur les sarcophages d'Arles, pl VE Beauméni constate par une note qu'on y voit «le labarum * Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, traité à peu près en forme de croix.» ue t VII, p.137. * On trouve sur un sarcophage de Ravenne une cotudes sur les sarcophages d'Arles, p- 15. Cf Les Jlombe apportant une couronne à la croix (Garrucci, Actes des martyrs, supplément aux Acta sincera de Rui- Sioria dell arte cristiana, tav. CCGLXXXIX, n° 3).
nart, p. 53.
restait plus de la scène qu'un personnage, non caractérisé par le dessin, et trois arcades enflammées.
Quelques fragments de ce tombeau, retrouvés, en 1829, dans la cour de l'ancien chapitre de Saint-Hilaire, ont été donnés au musée par M. Pestre, curé de l'église. Ils portent un reste de la figure de Pilate et de son assesseur, la tête d'un des soldats debout derrière eux et celle d’un Juif coiffé du bonnet caractéristique. Les autres débris réunis dans le même groupe au musée et compris dans ma photogravure n'appartiennent pas à notre monument.
Alcide de Bonne-Case, sieur de Saint-Maurice, Tableau des provinces de France, 1664, deuxième partie, p. 350. — Dreux du Radier, Journal historique de Verdun, t. LXIX, mai 1751, p. 352. — Siauve , Mémoire sur les antiquités du Poitou, p. vn, 168, 241 et pl. IX. — Lecointre-Dupont, Mémoires de la
Société des antiquaires de l'Ouest, t. XXII, 1842, p. 65 et pl. IV, n° 5. — Catalogue du musée des antiquités de l'Ouest, à Poitiers, 1843, p. 16. — (Ma planche XXIV, fig. 1 et 2.)
Tombeau de chaux carbonatée fétide: il était autrefois à l'église Saint-Hilaire, à l'extrémité du chevet, enfoncé dans le mur d'environ un pied et porté sur quatre petites colonnes; son odeur l'avait fait désigner sous le nom vulgaire de Prerre qui put; elle venait, d'après une vieille croyance, du diable, que saint Hilaire y avait autrefois enchaîné. «Si vous en ostez, écrivait Alcide de Bonne-Case, un petit morceau soit avec un cousteau, soit avec les ongles, il en sort une vapeur si puante qu'il n’est pas de charogne ni de retraiet qui sente si mauvais, peut estre de ce que ce marbre est fort poreux et reçoit sa puenteur et ses exhalaisons des corps morts qui y sont ensevelis. » On se faisait un jeu d’éprouver cette singularité de la matière, et, des six bas-reliefs qui ornaient la face du tombeau, il n’en restait plus, en 1751, que deux, les autres ayant été détruits par les visiteurs qui en détachaient de la
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