BORDEAUX
(Ma planche XXXIIT, fig. 1.)
Le plan de ce travail, uniquement consacré à l'étude des sarcophages à figures, ne me permet que quelques mots sur les tombes à simples ornements dont Bordeaux possède une importante série. Le plus grand nombre de ces marbres, de tra-
Ï { PUS Ê smbréerent : ë Niue LE vail mérovingien, provient de fouilles opérées à différentes époques dans le sol de à Ê ARE Q.: : 0 \ LA PERTE - LEXTIS 14 l'antique église Saint-Seurin”, où a été trouvée l'une de nos inscriptions chrétiennes les plus anciennes”, et qu'on nomme si souvent, au moyen âge, pour des sépultures où reposèrent, dit-on, à côté de saints personnages, d'héroïques vaincus de Roncevaux“. La chapelle souterraine de cette église contient quatre sarco- F 8 phages, dont je donne un type etqu'a gravés M. le baron de Marquessac®. Les tombes, TR EN à 2 4 g :
de forme évasée, selon la mode du temps et du pays, sont ornées de rinceaux, de pampres sortant de vases, de monogrammes du Christ inscrits dans des couronnes dont l’une est tenue par une main descendant du ciel. On les attribue à de saints personnages. «Avant la crypte, m'écrit M. Léo Drouyn, si connu pour son talent de dessinateur et d’archéologue, existait un sanctuaire dont le sol est à 1 mètre ou 1%,50 plus bas que le sol de cette crypte, et qui doit être le sol primitif; 1à, il y a
* Cf. Audierne, Le Périgordillustré, p. 553; Richard et Hocquard , Guide dans la France monumentale, p. 891; Caumont, Cours d’antiquités monumentales , 1. VI, p.285; Bulletin monumental, t. 1, p. 135, 136; Ch. Des Moulins, Documents relatifs à la germination de quelques graines antiques , p. 5 ; Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. Il, p. 371.
* Greg. Turon.,Glor. confess., xuv.
® Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 583 À.
‘ Les Grandes Chroniques de France, 1. VI, ch. v (éd.
Paulin Paris), L IL, p. 276,277, et Histoire littéraire de la France, t. XXIT, p. 629, 637; Cirot de la Ville, Origines chrétiennes de Bordeaux, p. 141,143, 190-19/; L'Église métropolitaine et primatiale de Sainct-André de Bourdeaux, par Hiérosme Lopes, rééditée par l'abbé Callen, p. 321, 333; De Lurbe, Chronique bourdeloise, éd. de 1619, fol. 7 v°.
5 Eaux-fortes insérées dans les Origines chrétiennes de Bordeaux, de ME Cirot de la Ville. Cf. Bulletin monumental, t. NII, p. 256.
quinze où vingt ans, on a fait des fouilles, et j'ai vu en place des tombes semblables à celles qui sont déposées dans la crypte. On a dû, lorsqu'on l'a construite, laisser en place d'autres tombes. »
Le musée de Bordeaux en possède quelques-unes décorées de même!. On les croit venues de Saint-Seurin, bien qu'une d'elles ait été achetée par M. Léo Drouyn
dans une campagne située aux confins des paroisses de Talence et de Bègles, près de Bordeaux.
Je ne veux pas terminer cette courte note sans transcrire ici une lettre que m'a adressée le regretté M. Sansas, au sujet d’une fresque antique vue par lui à Bordeaux, et qui, par la nature de sa représentation, peut avoir décoré une sépullure chrétienne. On trouvera dans cette lettre des renseignements qui n'ont pas, que je sache, été consignés ailleurs.
Paris, 7 janvier 1872.
Mon cher collègue,
J'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements que je vous ai promis sur quelques sépultures antiques de l’église Saint-André de Bordeaux dont il n’a pas encore été parlé.
Dans ces derniers temps, lorsqu'on a creusé les fondations de ce qui doit être, je crois, la sacristie, pour établir la façade correspondante à l’église, il a été ouvert une tranchée au milieu de constructions très anciennes, qui devaient appartenir à l’époque gallo-romaine. Ces constructions étaient à petit appareil régulier avec zone en briques et à peu près au même niveau où partout nous trouvons des ruines pareilles. Cette découverte n’avait rien d'étonnant, et nous crûmes d’abord être tombé sur lesrestes d’une maison détruite, seulement nous n’avons pas remarqué, comme cela se présente ordinairement, des traces d'incendie.
Avec cette pensée, il nous était difficile d'expliquer certaines particularités qui furent notées, sauf à essayer de s’en rendre compte plus tard. Voici les faits :
1° La construction à définir se prolongeait du levant au couchant parallèlement au mur de l'église et occupait toute la largeur de la fouille;
9° Elle offrait deux murs parallèles distants de 50 à 6o centimètres;
3° L’espace qui, à l'ouest, séparait les deux murs était fermé par un mur semblable, lié aux parois;
4° Sur la face intérieure de ce mur, du côté de l'ouest, se trouvait un enduit colorié et dans un parfait état de conservation sur un espace de 60 centimètres en carré environ; la partie supérieure était seule ébréchée. L'humidité du terrain avait conservé aux couleurs leur éclat, et il fut possible d'enlever la plaque d’enduit sans la briser. Le sujet représentait une forêt avec des oiseaux sur les arbres?.
Les fouilles n’ont pas été poussées au delà de la tranchée; quelques autres fragments de mur ont encore été rencontrés sur le parcours de la construction et ont été démolis. On a trouvé notam-
* Caumont, Abécédaire d'archéologie, 5° édition, 1867, p. 48. — * Cf. Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, au mot Paradis.
INPRIMERIE NATIONALE.
ment une partie de voûte à petit appareil qui était encore en bon état, etc. Comme vous le dites, ce doit être une sépulture chrétienne gallo-romaine; aucune autre explication n’est plausible.
Au surplus, ce qui n’a pas été démoli pour les nécessités de la construction existe encore sous terre, et l’on pourrait facilement le retrouver, même avec des frais insignifiants. Les constructions ne sont pas finies. Le pavage n’a pas eu lieu, en sorte qu'il suffirait de remuer quelques décimètres cubes de terre pour explorer un champ qui peut être fertile en découvertes imappréciables.
Vous savez que les cimetières chrétiens de Bordeaux ont donné lieu à des légendes exceptionnelles; il est certain qu'ils remontent aux premiers temps du christianisme. En effet, aux environs de ce qui est devenu le cimetière de Saint-Seurin, on a trouvé des sépultures païennes. Cest à Saint-Seurin qu’on avait trouvé l'épitaphe de Pascasia, donnée par Venuti. Le sous-sol de l’église Saint-Seurin est payé de tombeaux chrétiens en marbre avec chrismes et décorés à sculpture plate. Quand on a refait les parties du chœur de Saint-Seurin, on a reconnu que les anciens piliers reposaient sur des tombeaux sans décorations, simples auges de pierre formant plusieurs couches superposées , etc.
Pour revenir au cimetière de Saint-André, jy ai trouvé un fragment d'inscription qui me paraît appartenir au 1x siècle et où se trouve, je crois, une trace du chrisme; un autre fragment daté du règne de Turismond (roi visigoth); des auges sépulcrales sans inscriptions mais avec des signes particuliers, tels que des ronds concentriques, des hachures parallèles formant une sorte de gril et quelques autres marques.
Bordeaux offre une mine inépuisable de richesses archéologiques, mais il faudrait qu’on s’occupât de les recueillir et de les expliquer. Nos administrateurs se doutent peu de l'importance qui s'attache à ces choses; il faudrait que l'impulsion vint d’ailleurs.
PUJOLS.
L'éplise de Pujols possède un sarcophage sans couvercle dont M. Léo Drouyn a publié un bon dessin. Ce marbre porte le monogramme X inscrit dans une
couronne et encadré, suivant la mode antique, par des strigiles en forme de S; deux colonnettes en occupent les extrémités ?.