BÉZIERS
Sabatier, Notice sur l'église de Saint-Aphrodise (Bulletin de la Société archéologique de Béziers, 1.1, p. 20,21). Noguier, même Bulletin, 2° part., t. IV, p. 162. — (Ma planche XLIIL, fig. 1.)
La tombe de basse époque et de forme évasée que je reproduis ici est encastrée, à Béziers, au-dessus de la porte méridionale de l’église de Saint-Aphrodise. J'en dois une photographie à l’obligeance de M. Noguier. Elle est divisée en neuf compartiments, surmontés de frontons angulaires entre lesquels sont des vases d’où s’échappent des pampres. Neuf personnages, dans lesquels M. Sabatier propose de reconnaître les assesseurs du Bacchus indien, figurent sur ce marbre. Celui du milieu est le Seigneur tenant le volumen de la loi nouvelle; de chaque côté sont quatre apôtres. Les faces latérales, disparues ou engagées dans la maçonnerie, offraient probablement les images des autres suivants du Christ. Par sa disposition, ses ornements, ce sarcophage rappelle celui de la chapelle des Comtes de Toulouse’; il est du même temps et sans doute sorti du même atelier.
Un recueil formé par Anne Rulman, + Conseiller du Roy et Assesseur du Grand Prévost de Languedoc,» nous a conservé les dessins d’un certain nombre de sarcophages et fragments chrétiens à simples ornements appartenant à Béziers ou à ses environs ?. ;
J'y relève :
1° (Fol. 157.) Un débris disparu qui paraît avoir occupé le milieu de la face principale d’une tombe. I était «au-dessus de la porte du cimetière de Sct Afrodisi » et portait le monogramme @). abrité par cette double tenture que nous voyons si
souvent dans les bas-reliefs mérovingiens de la contrée.
2° (Même folio.) Le monogramme Le entre des strigiles sur un «sépulcre SS 7
de marbre en l’église Saint-Jacques. » Ce morceau a été détruit. 3° (Fol. 168.) Sur un sarcophage sans couvercle, le monogramme Y encadré de feuillages et autres ornements. La pièce existe au musée lapidaire de Béziers. Rulman la donne avec cette double note : « Tombeau de la maison des champs de PI XXXVIL, fig. 1. —* Bibl, nat., départ. des manuscrits, fonds français, n° 8648. Récit des anciens monw-
ments qui paroissent encore dans le département de lu Première et de la Seconde Gaule Narbonnaise, 1697 et 1628.
M. Dortous. Ce tombeau est à Clarac près Morillan (Clairac, près de Maureïlhan), appartenant à M. Dortous, escuyer».
4° Une tombe (même folio) avec couvercle représentant des vignes chargées de fruits. On lit au bas du dessin : «Nota que ce couvert, qui est au cimetière de la Magdeleine, a 8 pans de largeur et 7 de longueur et le fonds de la cuve sert de fons baptismaux. Celuy du verger est semblable, sauf qu'il estrompu en un bout. » Ce tombeau se trouve au musée, mais le couverele a disparu.
M. Noguier, qui.a comme moi étudié les dessins de Rulman, signale en même temps, au domaine de Pradine-le-Bas, près de Béziers, un fragment de sarcophage encastré dans un mur et où se détache le monogramme du Christ encadré d'une couronne!; les autres ornements du marbre sont de ces chevrons opposés qui se retrouvent sur des tombes mérovingiennes à Toulouse et à Foix?.
Taylor et Nodier, Voyages pittoresques dans l'ancienne France. Languedoc, t. WE, 1° part., pl. CXXXVI bis. — Tournal, Catalogue du musée de Narbonne, édition de 1864, p. 100. — Garrucci, Storia dell arte cris-
tiana, 1. V, p. 36, et tav. CCCXVIIE, n°5. — (Ma planche XLIV, fig. 1.)
Sarcophage trouvé en 1658 dans une rue du faubourg de la ville nommé la Huchette. Il représente sept personnages que séparent des arbres. Au milieu est le Christ entouré de six apôtres; il tient le volumen à demi déroulé et parle à un personnage près duquel se trouve un coq et qui porte la virga. S'i s'agit ici de saint Pierre, comme le marquerait ce dernier signe, il serait, par exception, placé à la gauche du spectateur“. Des faisceaux de volumina se voient aux pieds de trois des apôtres.
Le couverele posé sur cette tombe nous montre d'abord, comme je l'ai déjà dit ailleurs”, l'histoire de Suzanne. Ainsi que sur un sarcophage d'Arles, on voit les deux vieillards, les mains liées derrière le dos, marchant courbés et poussés en avant par un homme qui a saisi l’un d'eux aux cheveux; viennent ensuite la jeune femme en prière, puis Daniel tenant le volumen des prophètes et tendant la main vers elle, Ce même personnage reparait plus loin, loujours avec le volumen , et donnant le gâteau empoisonné au dragon des Babyloniens. Un autre homme est debout au second’ plan. Après le cartouche sans épitaphe que soutiennent deux génies, nous voyons saint
! Bulletin de la Société archéologique de Béziers , 1879, p. 162.
* Dom Vaissete, Histoire de Languedoc, &. .p. 1793: Du Mège, Archéologie pyrénéenne, t. IL, pl. LXXV; cidessous , pl. XL, fig. 1, et XLVIIT, fig. 1, ornementation de la tombe du mort que le Christ ress:
site.
5 Ma Note sur l'accusation de magie dirigée contre les premiers chrétiens, p. 36. Allegranza croit avoir vu sur une pierre évidemment gnostique saint Pierre tenant la virga (Opuscoli, p. 178).
# Cf. p. 51 et 134.
® Etudes sur les sarcophages d'Arles, p. 15.
Pierre arrêté par un Juif; puis la figure mutilée d’une orante ayant à ses pieds une de ces cassettes où les anciens renfermaient les livres; un arbre sépare cette
femme d’un personnage debout, vêtu du pallium, et tendant la main vers elle; un Fe) , y, 5 faisceau de volumina est aux pieds de ce dernier.
Montfaucon, Antiquité expliquée, supplément, t. TT, p. 60 et pl. — Taylor et Nodier, Voyages
pittoresques dans l’ancienne France. Languedoc, t. 1, 1" part., pl. CXXXVI bis. — Mémoires de la Soci
archéologique du midi de la France, t. Il, p. 112. — Tournal, Catalogue du musée de Narbonne, p. 102. — Garrucci, Storia dell arte cristiana, 1. V, p. 115, tav. CCGLXXVIIL — (Ma planche XLV, fig. 1.)
Ce marbre, dont Montfaucon a publié une copie absolument informe, a été donné au musée, en 1863, par la famille Stadieu; il était encastré auparavant dans le mur de l'hôtel de la Poste. C'est un de ceux sur lesquels l'imagination de nos pères s’est le plus singulièrement exercée; on y a vu la représentation des noces d’Ataulphe et de Placidie.
Nous y retrouvons d'abord une image demeurée énigmatique, celle du personnage qui, assis sous un arbre, lit dans un volumen; un Juif, reconnaissable à son bonnet, est debout devant lui et semble l’écouter; derrière le fauteuil est un autre Israélite, dont la tête est brisée’. Viennent ensuite saint Pierre, saisi par deux Juifs; une femme voilée, en prière entre deux bienheureux tenant le volumen; la multiplication des pains et des poissons qu'un apôtre présente dans un pli de son manteau; Moïse frappant le rocher. Des têtes sculptées en faible relief se détachent au second plan.
Tournal, Catalogue du musée de Narbonne, p. 103. — (Ma planche XLIV, fig. 2.) Partie droite de la face antérieure d’un sarcophage; à l'extrémité, un apôtre levant la main regardait une figure centrale aujourd'hui disparue, probablement
celle du Christ; à la droite de ce personnage, est une scène pastorale divisée en deux registres et encadrée par des lierres sortant d’un vase.
Garrucci, Storia dell arte cristiana, 1. N, p. 140, tav. GCCXCVI, 7. — (Ma planche XL, fig. 3.)
Au musée, fragment n° 526; le Christ guérissant l'aveugle; d'après son attitude et le regard qu'il jette en arrière, le personnage de droite parait être Moïse détachant sa chaussure ?.
1 Études sur les sarcophages d'Arles, p. 5-6. —* Voir pl. XXINS fig. 3, et Botlari, Roma sotterranea, pl. XLI.
(Ma planche XLIV, fig. 3.)
Reste d'un bas-relief funéraire mesurant 76 centimètres de long sur 47 de haut, et représentant cinq personnages à pallium ; deux d'entre eux tiennent le volumen.
(Ma planche XLVE, fig. 1.)
Les paragraphes 529-539, 536 et 587 du catalogue du musée de Narbonne sont consacrés à la description de sarcophages chrétiens décorés de simples ornements. En mentionnant ces marbres, dont je donne ici un type, M. Tournal rappelle qu'il a existé à Narbonne un cimetière antique assez semblable à celui des Aliscamps d'Arles. Cette nécropole portait autrefois le nom d'ÆEmbolas, et sa partie la plus basse renfermait des vases funéraires de l'époque romaine. « Tout fait présumer, ajoute l’auteur, que les tombeaux des premiers siècles dont nous venons de parler et ceux de l’église de Saint-Paul proviennent du même cimetière. »
Taylor et Nodier, Voyages pittoresques dans l'ancienne France. Languedoc, t. W, 1" part., pl. CXXXVI bis. — Tournal, Catalogue du musée de Narbonne, p.103. — Garrucci, Storia dell arte cristiana, &. \'A p.192, tav. CDI, n° 2. — (Ma planche XL, fig. 2.)
Fragment de la partie antérieure d’un sarcophage conservé au musée. Le Christ, qui occupait le centre, est debout devant un personnage aux pieds duquel se voit un coq; ce peut être saint Pierre, bien que, cette fois encore, il se trouve placé à notre gauche’; un tenon du marbre et un fragment demeuré sur la main de l'apôtre montrent qu'il présentait une couronne. S'il n'y a pas eu ici d'erreur commise par l'artiste, ce bas-relief nous apprend, comme un autre de Narbonne, que le coq peut figurer auprès de saint Pierre dans des représentations non relatives à la prédiction du triple reniement?. Un autre apôtre, probablement saint Paul, ayant à ses pieds un faisceau de volumina, est à la gauche du Christ et lui offre également une couronne. Tous deux s'inclinent devant le Maître, en même temps que deux colombes placées dans les arbres qui l’encadrent volent vers lui et, si je puis le dire, semblent aussi le saluer. Nous avons déjà vu à Arles deux colombes se dirigeant de même vers une orante*. À la gauche est figurée la guérison de l'aveugle, qu'un disciple présente à Jésus. Autour du dernier des arbres qui divisent le bas-
* Voir ci-dessus, n° 175. — * bid. —* Études sur les sarcophages d'Arles, p. 22.
relief en quatre compartiments, s’enroule un serpent, qui sans doute menaçait un nid; c'est là un motif ornemental familier aux anciens !.
(Ma planche XLVIT, fig. 1 et 2.)
L'église Saint-Paul de Narbonne possède plusieurs sarcophages chrétiens dont j'ai fait photographier les moulages.
Dans l'angle du mur extérieur de la chapelle des fonts baptismaux est encastré un tombeau divisé en sept compartiments par des colonnettes que surmontent alternativement des frontons et des cintres. Lorsque J'ai visité Narbonne, un crépi recouvrait la plus grande partie de ce marbre, et les deux dernières scènes de droite étaient seules visibles. J'y ai reconnu le Christ guérissant un aveugle et ressuscitant avecune baguette le fils de la veuve, représenté, selon l'usage, de très petite taille, couché à terre et enveloppé de bandelettes?. Trois des bas-reliefs qui précèdent ont été martelés; les sujets pourraient néanmoins en êlre déterminés si l’on avait sous les yeux le marbre même. Les deux premières scènes représentent le Christ prédisant à saint Pierre sa renonciation prochaine et opérant le miracle de Cana. Le petit côté droit du sarcophage se détache en retour sur le pilier; il porte, dans la forme ordinaire, la scène de la Samaritaine. Le R. P. Garrucci n’a publié que ce dernier fragment *.
J'ai dit ailleurs“ que parfois les sculpteurs chrétiens ont subordonné à des convenances d’agencement la disposition de leurs bas-reliefs; le sarcophage de Narbonne nous en apporte une preuve nouvelle. Alors que, suivant la règle ancienne qui commandait de donner à la Divinité une stature supérieure à celle des personnages vulgaires, l'aveugle et le fils de la veuve y sont représentés de petite taille, nous voyons près d'eux la Samaritaine aussi grande que le Seigneur; cette anomalie ne peut sans doute s'expliquer que par le désir d'éviter l'aspect boiteux, si je puis dire ainsi, d'une scène composée de deux figures inégales.
Taylor et Nodier, Voyages pittoresques dans l'ancienne France. Languedoc, t. I, 1° part., pl. CXXXVI bis. {Ma planche XLH, fig. 2.)
À droite de la porte de la même chapelle, on trouve la partie antérieure d’un petit sarcophage à sept arcades, de mauvais style, représentant le Christ au milieu
? Gi-dessus, p. 46, 47; Études sur les sarcophages * Storia dell arte cristiana, t. V, p. 153, tav. CDII,
d'Arles, p. 9. ny MCPP 497. “ Etudes sur les sarcophages d'Arles, p. xn.
de six apôtres. Le reste est engagé dans le mur; l'une des faces latérales nous montre le groupe d'Adam et Eve.
Un peu plus haut et du même côté se voit un devant de sarcophage à demi masqué par un confessionnal: il est de forme évasée; cinq pilastres le divisent en compartiments décorés de vignes et de rinceaux.
Je n’ai pu obtenir des photographies de ces deux derniers marbres.
(Ma planche XLVI, fig. 2.)
A la gauche, un autre sarcophage placé la face en bas et recouvert par un crépi sert de poitrail à la porte de l'escalier de l'orgue; c'était un bisomum à double registre de bas-reliefs; il n’en reste que deux de la bande inférieure; saint Pierre, une corde au cou, arrêté par deux Juifs à vêtement court; la multiplication des pains et des poissons. Un troisième tableau incomplet, et que le crépi masquait lors de mes voyages à Narbonne, me paraît représenter Moïse frappant le rocher et un Hébreu se désaltérant.
Au-dessus, une croix gravée sur le crépi indique, m'a dit M. Tournal, qu'il recouvre un dernier sarcophage. Îl serait bien à souhaiter que ces monuments de l'art et de la foi de nos pères fussent dégagés et placés convenablement dans la belle église de Saint-Paul.
LUC-SUR-ORBIEU.
Au Congrès archéologique tenu, en 1868, à Carcassonne et à Narbonne, M. de Rivières a signalé à Luc-sur-Orbieu (département de l'Aude) un tombeau portant le monogramme du Christ’.