‹ Les Satires de Boileau, commentées par lui-même et publiées avec des notesChapitre 19 sur 43 · Je veux que la valeur de ses Ayeux antiques · texte numérisé non relu

Je veux que la valeur de ses Ayeux antiques

Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques,

Et que Tun des Capets, pour honnorer leur nom,

Ait de trois fleurs de lis doté leur écusson.

Que sert ce vain amas dune inutile gloire ?

Si de tant de Héros célèbres dans V Histoire,

Il ne peut rien offrir aux yeux de l 'Univers,

Que de vieux parchemins qu'ont épargnez les vers :

Si tout sorti qu'il est d'une source divine,

Son cœur dément en lui sa superbe origine :

Et n'ayant rien de grand qu'une sotte fierté,

S'endort dans une lâche et molle oisiveté?

énal. Sat. 8, v. i, Liv. 3.

Stemmata quid faciunt, quid prodest, Pontice, longo Sanguine censeri, pictosque ostendere vultus Majorum, et stanteis in eu r ri bus yEmilianos, Et Curios jam dimidios, nasumque minorem Corvini, et Galbam auriculis nasoque carentem? Quis fructus generis tabula jactare capaci Corvinum, posthac multa contingere virga Fumosos Equitum cum Dictatore magistros, Si coram Lepidis maie vinitur? Effigies quo Tôt bellatorum, si luditur aléa pernox Ante Numantinos si dormire incipis ortu Luciferi, quo signa Duces, et castra monebant. <!>

5. Dites-nous, grand Héros, Esprit rare et sublime, Entre tant (T Animaux, qui sont ceux qu'on estime? On fait cas d'un Coursier, qui fier et plein de cœur Fait paroistre en courant sa bouillante vigueur : Qui jamais ne se lasse, et qui dans la carrière S'est couvert mille fois dune noble poussière :

te imitation tic Juvénal n'est pas signalée par Brossette.

Satire V. Mais la postérité d- AI fane et de Bayard,

Quand ce nest qu'une rosse, est vendue au hazard, Sans respect des A yeux dont elle est descendue, Et va porter la malle, ou tirer la charuë. Pourquoi donc voulez-vous que par un sot abus, Chacun respecte en vous un honneur qui nest plus?

Imitation de Juvénal. Sat. 8, v. 5(>, où il traite de la même matière. Die mihi Teucrorum proies; animalia muta Ouis gencrosa putet, nisi fortia? nempe volucrem Sic laudamus equum, facili cui plurima palma Fervet, et exultât rauco Victoria circo. Nobilis hic, quoeumque venit de gramine, cujus Clara fuga an te alios, et primus in a*quore pulvis Sed vénale pecus, Corithae posteritas, et llirpini, si rara jugo Victoria sedit, Nil ibi Majorum respectus, gratia nulla Umbrarum, dominos prœtiis mutare jubentur Exiguis, tritoque traliunt Epirhedia collo Segnipedes, dignique molam versare Nepotis.

v. Si . Mais la postérité tf Al fa ne et de Bayard,

Quand ce nest quune rosse, est vendue au hasard,

Alfane, c'estoit la jument si fameuse de (bradasse, Roy de Séricane.

Bayard, c'estoit le cheval de Renaud de Montauban. [Cette importante vérité et plusieurs autres de la même qualité sont prouvées par les romans de Roland l'amoureux et de Roland le furieux.]

v. 38. La vertu, d'un cœur noble est la marque certaine.

Juvénal. Sat. 8, Liv. S, v. 20.

Nobilitas, sola est atque unica virtus.

Respectez-vous les lois? Fuiez-vous l'injustice? v. 43- Sçavez-vous pour la gloire oublier le repos?

Et dormir en plein champ le harnois sur le dos?

ypuintsongé [C'est M. de Turenne dont l'autheur parle icy. Mr le Maréchal

teTurenneet de Duras luy dist un jour en parlant de la vigilance de ce jjrand capitaine

ueroiu* 1 es «jj y avojt jes momens 0{| |e p|us violant de tous les hommes estoit

a de M' de n ' „ . ,

vneit point an%csté par la faiblesse de la nature. Et voicy l'exemple que M. de Duras

« ni vrai. Il en rapporta .

Mter' Après la. bataille de Rethel, Mr de Turenne fut contraint de prendre la

5o COMMENTAIRE DE L& YERIUIB AVt€

Satire V. fuite avec quelques-uns de ses amis. Il ny avoit pas un niumeni

négliger. II es toit perdu, s'il estoit pris. Sans suite, sans valets, H tu obligé de repaîslre dans un méchant cabaret de village. Un de ceux de I: Troupe se détacha pour avoir soin des chevaux et pour les faire brider b plus tost qu'il seroît possible. Mf de Turenne et les autres qui estoîen demeurez dans la chambre s'ennuièrent de n'avoir point de nouvelle- M des chevaux ny de celui qui s'estoit chargé de les faire amener* 11: allèrent dans I écurie ; ils le trouvèrent endormi dans la mangeoire, mai: d'un sommeil impossible de le réveiller. Il

tinrent conseil. r, de peur que s'il esLoil pris, i

ne découvrisl le "étirer en Allemagne. La compas

sion,ou le moie. r sur >mi cheval, et de l emne n<

de cette sorte le >nl de tremper les mains dans I

sang de leur eo <>ii ils s'arrestfcrcnt encore pou

donner halène f urémie liiv-nieuie fut ai eabb

d'un sommeil s l'éveiller, et que Ton fut ohlig<

de le lieraussy lener. Adieu sa vigilance*]

v. 46. Alt eux Monarques;

Vei n'est assrz,

Fei ries passes y

IV/ s pi ai si de descendre;

Imit. de Ju

Tune s, attaque si te

Nomina délectant, omnen 1 itanida pugnam luter majores, ipsumque Promethea ponas, De quoeumque voles proavumtibi sumito libre,

v. 55. Ce lot**/ amas t fat/eux que vous diffamez ious, Sont autant de témoins qui parlent contre vous;

Juvénal. Sat. 8, Liv. 3, v. i38.

Ineipit ipsorum contra te stare parentum Nobilitas, claramque facem praeferre pudendis

v. 67. Je m emporte peut-estre, et ma Muse en fureur Verse dans ses discours trop de fiel et d aigreur.

Le Poète commence à prendre icy le caractère d'Horace,

(i) (iette reruar<{uc n'est pas dans lo commentaire de Brossctte.

CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPREAUX 5l

? V. Hé bien, je m adoucis. Vostre race est connue.

Depuis quand? Répondez. Depuis mille ans entiers; v. 72. Et vous pouvez fournir deux fois seize quartiers.

tint [II y avoit d'abord 3o quartiers, mais les D'Hosier que l'autheur me connoîst dès le collège*1* le relevèrent de cette erreur généalogique. ... Patru vouloit qu'il laissast les 3o quartiers ne croyant pas que le Poëte 0M dust paroistre si exact dans la science des Généalogies. Mais le Poëte tint préféra l'exactitude à la licence.]

v. jf). Mais qui m'assurera quen ce long cercle dans, A leurs fameux H poux vos At/eules fidèles, Aux douceurs des Galands furent toujours rebelles?

Sous des termes honnestes que ne dit point l'autheur; et par cet artifice, quel sublime, quel merveilleux ne fait-il point sentir icy.

Et comment sçavez-vous, si quelque Audacieux Xa point interrompu le cours de vos a yeux; Et si leur sang tout pur avecque leur noblesse, v. 82. Estpasséjusquà vous de Lucrèce en Lucrèce ?

Voies Un fat entendant un jour lire cette satire s'escria sur cet endroit. [Que comme il a placé là le Poète Lucrèce.

cela est bien tourné. Personne, en effet, ne ressemble tant que vous au Poète Lucrèce.]

v. 102. Et tout ce que Segond dans son Mercure entasse,

C'est Segond,3> qui a fait le Mercure armoria).

v. 1 10. Le Duc et le Marquis se reconnut aux Pages.

de Dans le temps que cette satire fut composée, tous les gens [un peu qualité

distinguez] avoient des pages. [Le bonhomme du Tillet, greffier du Parlement avoit aussy des pages en qualité de Marquis. Les mêmes personnes qui en avoient autrefois, n'en ont plus à présent, et depuis que

(1) Le Verrier avait d'abord écrit «< ...dont l'aiitheur a toujours esté amy. malgré les fausses préventions de plusieurs personnes, le relevèrent de cette erreur généalogique ». (3) Ces détails ne sont pas dans le commentaire de Urussette. (3) Charles Segoind.

Satire V. le Roy a fait quiter les Trousses à ses pages, on ne voit plus ce ridicule habilement (sic).]

v. 1 15. Mais pour comble, à la fin le Marquis en prison Sous le faix des procès vit tomber sa maison.

La contrainte par corps, même pour dettes personnelles, avoit lieu dans ce temps-là. Elle n'a esté abolie qu'en 1667.W

v. 117. Alors, le Noble ait ier pressé de l'indigence,

Humblement du Faquin rechercha l alliance; Avec lui trafiquant dun nom si précieux, Par un lâche contract vendit tous ses Ayeux. Et corrigeant ainsi la fortune ennemie, Rétablit son honneur à force (fin/amie.

Ce que lautheur dit icy est arrivé plusieurs fois.1-'

L'amour de vos ayeux passe en vous pour manie, Et chacun pour parent vous fuit et vous renie. Mais quand un Homme est riche, il vaut toujours son prix : v. 128. Et teust-on vu porter la mandille à Paris, N eût-il de son vrai nom ni titre ni mémoire, DHozier lui trouvera cent ayeux dans ï histoire.

[C'est de G... (Guénégaud)<3) dont il veut parler. On dit qu'il avoit

porté la mandille.] La mandille estoit une espèce de manteau sans colet

et qui descendoit tout au plus jusqu'à la moitié de la cuisse que les

laquais portoient à Paris. Le vieux d'Hosier a fait la généalogie de

quelques gens qui sont accusez d'avoir porté la mandille. C'est icy ce

que lautheur attaque. Car d'ailleurs il reconnoist le mérite de la famille

Cela nemescm- des d'Hosier [dont il est l'ami dez l'enfance. Je ne puis m'empêcher de de point digne . P • • 4 ., /».»•»*• * «i r *

,, •/ / ' / raconter un lait dont j ay este témoin. Mais auparavant il laut sçavoir

wm trop vrai. (1{XC lautheur avoit un frère aisné(4) , celuy qui a traduit l'Epiectete (sic)

et le /|« de l'Enéide, poète si jaloux de son cadet qu'il disoit ordinairement « ce petit fripon se mesle de faire des vers ». D'Hosier aujourd'huy général des armes avoit aussy un frère aisné qui en matière de jalousie valoit bien un Boileau, et il disoit de son cadet « ce petit

(1) Cette noie n'est pas dans le commentaire de Brossettc.

(3) Le nom de Cménégaïul a été écrit par Le Verrier dans la marge et au crayon.

Cl) Gilles Boileau.

itire V. coquin se mesle déjà do faire des Généalogies ». L'autheur et D'Hosier, qui avoient esté quelques années sans se voir(1>, je donnay lieu à renouveler leur connoissance. En l'embrassant Mr Des Préaux ne manqua pas de dire « ce petit coquin qui fait déjà des Généalogies », l'autre répliqua aussy tost « ce petit fripon qui veut déjà se mesler de faire des vers ». Et il ne fut point question d'autre compliment.]12)

Toi donc, qui de mérite et d'honneurs revêtu, Des écueils de la Cour as sauvé ta vertu, v. i33. Dangeau, qui dans le rang où nôtre Roi t'appelle, Le vois toujours orné dune gloire nouvelle,

[Ce fut M. Dangeau qui persuada à I'autheur de mettre quelque chose à la louange du Roy dans cette satire.]

.4 ses sages conseils asservir la Fortune; Et de tout son bonheur ne devant rien quà soi, v. i^o. Montrer à l Univers ce que cest questre Roi.

L'autheur a icy en veuë le temps où le Roy gouverna luy-même ses affaires après la disgrâce de Mr Fouquet <3).

Si tu veux te couvrir d'un éclat légitime, v. 142. Va par mille beaux faits mériter son estime.

Sers un si noble Maistre; et fais voir qu aujourd'hui Ton Prince a des Sujets qui sont dignes de lui.

M. Dangeau estoit jeune, et n'avoit point encore servi.

Quelques jours avant le départ du Roy pour la campagne de 1672, M"*de I'autheur soupa chez Lenclos avec Mr De Longueville, Mr le Duc de // ri y esloit point. et comme on parloit fort de

La Rochefoucault, [Mr De Marsillac] et Mr Dangeau. [On ne manqua l'ardeur avec laquelle la jeunesse franco ise falloit se signaler dans celte guerre oh pas de parler 'de l'ardeur que témoignoient déjà quelques jeunes gens. Von verrait qui estoit brave Lenclos moralisa beaucoup là dessus] Mr Dangeau prit la parole et dit

(1) Le Verrier a supprimé ce membre de phrase : « Quoiqu'amis et camarades de collège » pour éviter probablement une répétition.

(a) Cette longue note qui me en cause M. do G... est complétée par le nom que Le Verrier a écrit au crayon dans la marge M. de Guénégaud (Est-ce Henri de Guénégaud, sieur du Plessis- Belleville, secrétaire d'Etat?) ; elle apporte de curieux détails sur les frères deBoileau elles d'Hozier.

(3) Cette note ne se lit pas dans le commentaire de Brossette.

Satire V. pour moi je prétens y (aire mon devoir et rien \davantage à quoy MUe de Lenclos [que pour luy il ne feroit point de sotise. Je le croy répartit Lenclos en respondil : Je ne doute point que vous ne vous gouverniés fort sagement, mais montrant M. de Longueville et, elle dit, mais c'est celuy-là que je crains cest ce jeune Seigneur-ci, ajousta-t-elle en montrant Mv de Longueville. que fay qu'il n'en fasse. II y périt, en effet, l'autre s'en revint sain et sauf.] bien peur qu il ne fasse quelque sottise et en effecl il fut tué dans cette campagne-là mesme au passage du Rhin. M

(i) Toute cette longue note de Le Verrier, entièrement refaite par Boileau, n'est pas dans Brossette.

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