‹ Les Satires de Boileau, commentées par lui-même et publiées avec des notesChapitre 2 sur 43 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Tout ce qui touche à Boileau, ce t petit poète doublé d'un grand artiste >, suivant l'expression si juste de M. G. Lanson, ne saurait être indillérent. Son influence sur notre littérature a été considérable, et la place qu'il y tient encore justifierait la publication de ses œuvres dans celte admirable collection de nos grands écrivains français due à MM. Adolphe Régnier et Paul Mesnard.

Le commentaire inédit W de Le Verrier sur les Satires que nous mettons aujourd'hui intégralement au jour est une contribution à cette édition définitive ; son intérêt réside surtout dans les corrections de Boileau lui-même, car elles permettent, soit d'interpréter exactement sa pensée, soit de saisir sur le vit quelques traits de son caractère.

Ces corrections ont été écrites en 1701 l'année même où Brossette, cet autre admirateur de Boileau, fit, de passage à Paris, la connaissance de Le Verrier et, coïncidence curieuse, comme il s'était livré à un travail analogue à celui de ce dernier, Brossette le soumettait à peu près au même moment au poète. Le Ms. autographe de Brossette {i) N° i5.2?5 (Fonds fr. de la Bibl. Nat.) renferme à ce sujet des détails précis sur le soin qu'il apportait à recueillir et à contrôler les moindres explications de Boileau ,3>. Nous nous bornons à relever ici les passages de ce Ms. ayant trait aux relations de Le Verrier avec Brossette :

\i) Une analyse succincte de ce commentaire avec le fac-similé d'une page de Le Verrier corrigé** par Boileau, a paru dans le Bulletin du Bibliophile, sous la signature de M. Delasalle, en juilletaoût 1894 : « Les satires de Boileau avec un commentaire manuscrit de I^e Verrier et des notes autographes de Boileau •. M. Henri Leclerc, le distingué libraire, a bien voulu nous céder ce précieux exemplaire des satires.

En dehors du commentaire inédit de Le Verrier corrigé par Boileau reproduit ci-après, il en existe un autre de 1 abbé Guéton, également revu par le poète, qui a été inséré a la suite de la correspondance entre Boileau et Brossette, éd. Laverdet 18OK, mais ce commentaire est très loin de présenter l'importance et l'intérêt de celui de Le Verrier.

(2) Ce Ms. a été presque complètement reproduit à la suite de la correspondance entre Boileau- Despréaux et Brossette, éd. Laverdet (p. 5o5 à 670). Paris, 1868.

<3) * Du jeudi 26 octobre 1702. Aujourd'huy j'ai été chez Mr Desprcaux a cinq heures du soir « et j'y a y demeuré jusqu'à huit heures et demi.

« Nous avons commencé ensemble la lecture de mes anciennes observations sur ses œuvres « et il m'a paru content du stile dont je me suis servi pour écrire mes observations. Il m'a pn>- « mis de les retoucher dans les endroits qui avoient besoin d'être rectifiez et la lecture que « nous avons commencée aujourd'huy, n'est que pour repasser sur les faits que j'ai marquez > .Bibl. Nat. Ms. 15275.)

vin Avj^rr-rnuros

ff. gi. e même jour 22 octobre iijoi), /aï été à dix heures dû c matin, chez M- Despréaux. qui ma dît que M, Le Verrier, son ami, € lay avait écrit pour me prier a diner chez lui. Il m'a remis la lettre de c M' Le Wrier-

ff ff~ r. En allant diner chez M. Le Verrier, nous avons parle de « Quittant...

ff. *j- v* Nott* avons dîné chez M, Le \rerrier qui est un homme des- « prit et de mérite, et par dessus cela, un Tort riche financier. Il demeure c dan* h vieille rue du Temple, maïs îl doit bientôt changer de loge- « ment. Il y avoit à ce dîner Mr Desoréaux, Mr le Marquis de Ségur, « gou\rm*mr de Foïx. etc. Mr dArgouges. maître des requêtes, ancien i intendant de Bourgogne, Mr De la Croix, homme d affaires ou finan-

• cierr très riche, Mr Chomel, son parent. Mr Le Verrier ei mov- Par t dessus cria, nous devions avoir M. de Pilles, curieux eu peinture, « et fort habile peintre, avec Mr Le Roux, organiste. Il a dtné chez c Mr Racine qui l'a retenu. Nous avons demeuré Jusqu'à la nuit chez c Mr Le Verrier el je suis revenu avec M. Despréaux dans son carrosse.

ff. 1 1 H v. Du vendredi 2- octobre 170a- Cette après dinée j'ay été t chez M. Le Wrrier. Jav trouvé M* Desprêaux avec M r l'abbé de Cha-

• teauïM u f, ei-devant r nvoié en Pologne pour l'élection du prince de c Conh J'ay demeure jusqu'au soir chez MF Le Verrier, et XI r Des- « préaux m'a mené chez Iuy, où j'ay resté jusqu'à neuf heures passées.

ff. 221 . Du mercredi 8e jour de Novembre 1702. J'ay été chez Mr Desf préaux depuis onze heures jusqu'à midi, Mr Le Verrier y est venu. »

Le Verrier s'est servi, pour libeller son commentaire, d'un exemplaire broché des Œuvres, 1701, in-4°, (ex meis) dans lequel des feuillets blancs avaient été préalablement intercalés, mais les remarques dont il les a chargés et qui paraissent être le plus souvent le développement de notes inscrites au crayon, peut-être sous les yeux mêmes de Boileau, en face les vers commentés, sont d'une telle prolixité qu'elles ont fréquemment débordé sur les marges du livre. L'écriture de Le Verrier est grosse et lisible, celle, au contraire, du satirique, répond à son caractère : fine, serrée, anguleuse et sans aucun laisser-aller, elle ne se distingue pas des fac-similé de la correspondance de Boileau et de Brossette (éd. Laverdet). Le Verrier n'hésite jamais à se corriger s'il s'aperçoit que sa mémoire l'a mal servi, Boileau, quand son ami a fait fausse route, efface impitoyablement son texte avec des notes comme celles-ci: c Tout cela n'est point vrai t « Il faut retrancher toute cette remarque où tout est un peu pesamment dit et plein d'anachronismes » t H faut refaire tout cela car on ne l'entend point», etc., etc. ; il n'apporte pas le moindre ménagement dans ses rectifications. Aussi une impression très nette se

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