AVANT- PROPOS IX
dégage-t-elle des surcharges répétées, c'est l'impossibilité pour le commentateur le mieux intentionné d'expliquer les allusions de l'auteur sans la revision de cet auteur. Le Verrier en recueillant pieusement les explications qu'il provoquait, croyait ingénuement s'être substitué à Boileau, parler pour ainsi dire par sa bouche, et, le plus souvent, il avait compris en quelque sorte t tout de travers »! A ce point de vue, les notes de Le Verrier constituent un document précieux. A un autre point de vue, il n'a pas moins de valeur, il consacre définitivement l'exactitude minutieuse de Brossette — sauf pour la date de la composition des satires (1> — en montrant, par exemple, que Berriat-Saint-Prix (i) s'est trompé lourdement en contredisant Brossette au sujet de certainesallusions hostiles des satires visant plusieurs membres delà propre famille de Despréaux.
Personne n'est exempt de faiblesses ou de ridicules. Fort riche, Pierre Le Verrier — il se qualifiait lui-même d't intéressé dans les affaires de Sa Majesté » — tenait à passer pour poète,3), bel esprit et homme à bonnes fortunes ; on l'appelait ironiquement le t Traitant renouvelé des Grecs » parce qu'il affectait de porter à la messe un livre grec revêtu d'une reliure bariolée (4). On peut lui pardonner ces petits travers en présence de son culte désintéressé pour Boileau, culte presque touchant dans sa naïveté. Il fit graver à ses frais le beau portrait de Despréaux par Drevet, avec le fameux quatrain <5> :
Au joug de la raison asserv Usant la rime, Et, même en imitant, toujours original, Xai su dans mes écrits, docte, enjoué, sublime, Rassembler en moi Perse, Horace et Juvénal.
auquel Boileau répondit :
Oui , Le Verrier, cest là mon fidèle portrait : Et le graveur en chaque trait A su très finement tracer sur mon visage De tout faux bel esprit t ennemi redouté.
(1) Boileau a écrit de sa propre main Tordre de la composition des Satires I à XI, voir p. n, et cet ordre est encore confirmé par le poète et Le Verrier dans les notices placées en tête dos dites satires. Les dates données par Brossette, Saint-Marc et Berriat-Saint-Prix, sont généralement loin de coucorder avec celles fixées par Boileau.
(a) L'édition de Œuvres de Boileau, de Berriat-Saint-Prix (Paris, i83o, 4 vol. in-8 et i83^. 4 vol in-8) mérite, à juste titre, les plus grands éloges. La partie bibliographique particulièrement est presque irréprochable.
(3) Le Verrier a fait une Plainte contre les Tuileries, mais Boileau remania si profondément le texte de son ami qu'il inséra cette pièce dans ses propres œuvres. Voir sa lettre VI à Mr L«* Verrier, p. 427, éd. de i?i3, cette lettre serait de 1703.
(4) André Hallays. En flânant. Auteuil au xvn* siècle (Journal des Débats, 4-u août 190Ô).
(5) Ce quatrain est-il de Le Verrier, comme l'a affirmé Boileau en parlant de quatre vers de la façon de son ami, ou de Boileau lui-même, suivant Brossette ?
AVAJrr-FBOPOS
Mais, dans Us vers pompeux qu'au bas de eei ouvrage
Tu me fais prononcer avec tant de fierté,
D'un ami de la vérité
Qui peut reconnaître l image ?
Le Verrier acheta à Boileau, en 1709, pour la somme de 8.000 livres payable le 26 janvier 17 12. avec intérêts au denier vingt, et une pension viagère de 3oo livres, sa maison d'Auteuil, v compris les meubles et tableaux '* . lui donnant l'assurance que, dans cette maison, il continuerait d'être chez lui. Peu de temps après la vente, Boileau retournant à Auteuil constata avec chagrin que son berceau préféré avait été abattu par son ex -jardinier Antoine sur Tordre de Le Verrier. Dépité, il serait remonté dans sa voiture pour ne plus revenir. Si cette anecdote n'a pas été inventée a plaisir, il est certain que Boileau n'en garda nulle rancune à Le Verrier, car il entretint avec lui les meilleures relations (* jusqu'à sa mort ;irri vée le 1 3 avril 1 7 1 1 .
L'enthousiasme de Le Verrier ne se refroidit pas — comme il arrive ordinairement — après la disparition de l'illustre écrivain. Une lettre Inédite de l'avocat Mathieu Marais ,3» — un des collaborateurs de Bayle pour son Dictionnaire critique — qui avait été de l'entourage semifamilier de Boileau 4 , nous en apporte le témoignage décisif. Marais adresHv neuf ans après la mort du poète, le 2 mai 1720, à Le Verrier un rallier de remarques :' sur un commentaire que ce dernier avait fait des Satires XI et XII et des Epitres, commentaire complétant celui des Satires I à X. Malheureusement, Boileau était resté étranger à ce travail, ' e qui atténue fortement les regrets que l'on pourrait avoir de sa perte. Les observations de Mathieu Marais nous apprennent que Le Verrier
(i) La » opie de lacté <] acquisition a paru dans le Bulletin du Bibliophile, i8y3. p. i8j. Boileau < tant i\iié-,\,-, ],• i.'f avril 1711, «e sont ses héritiers qui ont du toucher cette somme.
(j) Voir I*- ■ lettres échangées entre Boileau et Brossette des 17 Décembre 1700, et 11 Février 1710 '< ••! Lawrd'-t. p .Wi ei .'Jivn. Il est question de Le Verrier dans les lettres de Brossette a Boileau •I' 1 \ Juin 170'Wp. i\'») '.' \hr. \-o\ (p. 189). 12 Février 170") (p. 19.S , kj Mars 1705 (p. 198), 1 Mai 170*1 (p. xoo). i'|l)ér. 1707 (p. x'hj), 17 Dec. 1710 (p. .W>) : de Boileau a Brossette <)'j <f J;ifi\ier 170'Wp. iqi), \>. Jan\ier 170."» (p. 192), G Mars 17*»."» (p. 19*)), i."> Mai 170J (p. 202), '. !).< 171»^ (p <'»7), 7 Janvier 1709 (p. uKo), 12 Février 171»» (p. ."i 1 a ) . Brossette a écrit Le
N.ff er. h- ,8 |)er 170', (p. «90)
( '>) M.itlueii Marais, ne en o. tobrc l'iO'j. en la paroisse de Saint-Lustache. rue du Bouloi, mort