SATIRE VII
Cette satire, dans l'ordre de la composition, est la quatrième que rauteur ait composée. Klle est toute entière dans l'air d'Horace. L'abbé D'Atihignac Fapprouvoit fort. Furetière (U l'aiant entendu lire dit, voilà
ouvrages de ces [choses] que l'on lait heureusement une fois en sa vie, mais on n'y revient plus.
Ce fut à l'occasion de cette satire [et pour l'entendre réciter à I'autheur]
homme que Du Tôt [homme d'esprit et] commis de M' de (iuénégaud [mena de beaucoup d'esprit maïs fort débauché mena Vuulheur chés Chappelle. Ils I'autheur au cabaret. Ce fut aussy à cette occasion que Du Tôt luv lit allèrent en suitte au cabaret A la Croix-blanche où M1 Duranché alors capitaine faire connoissance avec Chapelle qu'il n'avoit point encore veu et qui aux gardes et frère du liroussin les vint aussitost trouver, disant avec sa mugniestoit de ce repas. Du Hanche les suivit à la piste. Il alla les trouver et, ficence ordinaire en entrant à la Maîtresse de la Croix-blanche : Au moins, en entrant il dit : Messieurs c'est moy qui paie. Un lut plusieurs fois la Madame, il ny a plus que moi qui paye. On lut plusieurs fois la satire et de satire et elle fut trouvée belle. On but beaucoup et le vin fut trouvé bon.] plus elle fut fort applaudie bien que les Déhanchés de la Croix-Blanche fussent yens assez chiches de louange.
Petit- Val officier de la Chambre des Comptes estoit aussy de cette
et qui paraissait fort doux, mais qui avec partie. C'estoit un homme d'esprit [qui parloit d'un ton radouci comme un ton radouci sçavoit le mieux dire à ceux à qui il parlait les choses qui pouune jeune fille. Mais Chapelle disoit de lui qu'avec toute sa douceur voient le plus leur déplaire comme Chappelle sçavoit bien le lui reprocher. '-' apparente, et pourtant sans avoir dessein d'estre ny malin ny désobligeant, la Nature Iuy fournissoit tout ce qui pouvoit déplaire, et tous les termes qui pouvoient choquer celuv à qui il parloit.]
(i) Le Verrier avait d'abord écrit : Molière, d'après sa propre note au crayon. (2) Toute cette note de lioileau sur la satire VII est inédite, elle nous donne de curieux détail* sur les relations du poète avec Chapelle et Du Toi.
Satire VIL La première satire du Liv. 2 d'Horace a fait naistre celle-cy.
Et Tel en vous lisant, admire chaque trait, v. 20. Qui dans le fond de l'âme, et vous craint et vous hait.
Horace. Sat. ire, Liv. 2, v. 23.
Quum sibi quisque timet, quamquam est intactus, et odit ! M
J'ay beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts. Je ne puis arracher du creux de ma cervelle, v. 3o. Que des vers plus forcez que ceux de la Pucelle :
L'abbé de Châteauneuf dont le mérite est connu de tous ceux qui le fréquentent demanda il y a quelque temps à l'autheur s'il avoit leu [tout] tout entier. Si je Uavois lu, répliqua-t-il brusquement, il faudrait le poème de la Pucelle. [Le feu de l'indignation parut aussytost sur le me monstrer à la foire et mettre sur la porte du lieu ou Von me verroit Céans visage de l'autheur, ses yeux étincelèrent de colère et il dit, si j'ay leu on montre un homme qui a là toute la Pucelle. £)
tout le poème de la Pucelle, il n'y a qu'à m'exposer à la Foire et me faire voir comme le monstre qui a leu la Pucelle toute entière.]
les sujets de plainte que Chapelain avoit contre l'auteur Malgré [le mal que l'autheur disoit des vers de Chapelain, ou plutost
on dit qu'un jour malgré la justice qu'il rendoit à ses ouvrages,] Chapelain lisant cette
un de ses Amis, il ne pût s'empescher de s'escrier satire avec [l'abbé de Bourzey, et pressé par l'effet que les beautez dont elle est remplie produisoient sur luy, il s'escria] f il faut avouer que ce coquin-là fait de beaux vers. <3>
Faut-il peindre un fripon fameux dans cette Ville ? v. 38. Ma main, sans que j'y rêve, écrira Haumaville.
Ce Haumaville est Saumaville, libraire qui tenoit la boutique aujourd'hui qu'occupe là Barbin sur les degrez de la Sainte-Chapelle. (i)
(1) Ce rapprochement avec Horace n'est signale ni par Brosscttc ni par Saint-Marc, il est dans Rerriat-Saint-Prix.
(2) Boileau étale ici toute sa haine contre Chapelain.
(3) En rappelant ce trait tout ù l'honneur de l'auteur de la Pucelle, Boileau ne montre aucune équité à l'égard de ce dernier, car il ne cherche pas à atténuer tout ce que la première partie de sa note a d'excessif.
(4) Les trois commentateurs de Boileau n'ont pas fait remarquer que ce Haumaville ou Saumaville n'était autre que le libraire Antoine de Sominaville, né en i.mjo, mort en i665. Il fut libraire le i4 août 16-20, adjoint au syndic. le y.'J mai iGôi. (Voir sur Sominaville, Jal : Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, 2' éd. i«S-a.)
Satire VIL Faut-ild'un sot parfait montrer l'original?
v. 4o- Ma plume au bout du vers d'abord trouve Sofal.
cette his- [Sofal, c'est Sauvalle, petit esprit et fort ignorant. Il avoit composé un
t véritable |jvre jes Antiquitez de Paris. A force dimportunitez, il entroit chez
ut Cendroit M^zeray> rhez Patru, chez d'Ablancour et plusieurs autres. Un jour,
prime point lisant à Girv quelque morceau de son livre qui estoit escrit d'un style
ntu* roulés fort plat et fort bas, Girv dit, il faudroit un peu relever vostre stile. Ce
qui es for consej| pQp^ Sauvalle à changer toute sa manière d'escrire. Voicy une
période de sa nouvelle façon. Par là on pourra juger du reste du livre.
Il raconte icy, comme dans des temps moins esclairez que celuy-cy, on
assignoit une rue aux Courtisannes pour y demeurer, et comme on les
fit sortir de la rue Chapon pour les faire aller dans la rue Brise-miche.
Deux noms fort propres l'un et l'autre à soutenir le stile d'un autheur.
Voicy de quelle manière Sauvalle les avoit mis en œuvre :
€ Ces sales Impudiques et ces infâmes Débauchées allèrent chercher un azile dans la rue Brise-miche, et de là, elles contemploient comme en seureté les tempestes et les orages qui continuellement s'élevoient dans la rue Chapon. » ] !)
v. 55. Le Mérite pourtant m'est toujours précieux :
Horace. Sat. i, Liv. 2, v. 70.
Scilicetuni ;equus virtuti, atque ejusamicis. ,è)
C'est par là que je vaux, si je vaux quelque chose. v. 63. Ainsi, soit que bien-tost, par une dure loi,
La Mort d'un vol affreux vienne fondre sur moi; Soit que le Ciel me garde un cours long et tranquille, A Rome ou dans Paris, aux champs ou dans la ville, Deust ma Muse par là choquer tout l'I'nivers, Riche, gueux, triste ou gag, je veux faire des vers.
Y. 63. Horace. Sat. 1, Liv. 2, v. 5-,
Seu me tranquilla senectus
Expectat, seu mors atris circumvolat alis : Dives, inops, Roma», seu fors ita jusserit, exsul, Quisquis erit viUe, scribam, color.
(1) La note do Lo Verrier complète, sur quelques points, les détails plus étendus donnés sur Sauvai par Brosse t te.
(a) Ce rapprochement avec Horace n'est pas signalé par les trois commentateurs de Boileau.
Satire VIL Pauvre Esprit, dira-t-on, que je plains ta folie!
Modère ces bouillons de ta mélancolie, v. 71. Et garde qu'un de ceux que tu penses blâmer, N'éteigne dans ton sang cette ardeur de rimer. Hé quoi? lors qu'autrefois Horace après Lucile, Exhaloit en bons mots les vapeurs de sa bile, Et vangeant la vertu par des traits éclatans, Alloit oster le masque aux vices de son temps : Ou bien quand Juvénal de sa mordante plume, Faisant couler les flots de fiel et d'amertume, Gourmandoit en couroux tout le peuple Latin, L'un ou Vautre fit-il une tragique fin ?
0 puer ut sis