AVANT- PROPOS XI
préparait un livre sur Despréaux ou plutôt une édition de ses Œuvres (,\ mais ce projet n'a pas été réalisé. La Fidélité de Le Verrier à la gloire du Satirique était d'autant plus méritoire que Brossette, son émule et même son rival sur ce terrain, l'avait devancé en faisant imprimer, quatre années auparavant (chez Fabreet Barillot, (ienève, 1716), une édition des écrils de Boileau dont le titre défiait toute concurrence : « Œuvres de Mr Boilcau- Despréaux avec des éclaircissements historiques donnez par lui-même ». Cette magistrale publication en deux volumes in-quarto ornés du beau portrait du poète peint par H. Rigaud et gravé par F. Chéreauet de celui du Régent Philippe d'Orléans était bien faite cependant pour décourager le plus persévérant!
Nous ignorons la date du décès de Le Verrier.
Mathieu Marais mérite également de ne pas être oublié. 11 était un de ceux qui virent le plus assidûment Boileau dans sa vieillesse, aussi le jugement qu'il en a porté est-il à retenir : « Il y a plaisir à entendre cet c homme-là, c'est la raison incarnée, si Ton peut parler ainsi. Au reste c c'est un homme d'une innocence des premiers temps et d'une droic ture de cœur admirable, doux et facile, et qu'un enfant tromperait. On c ne croirait jamais que c'est là ce grand satirique. Le portrait qu'il a c lait de lui-même dans l'Epitre à ses vers ne peut être plus ressemc blant <*> ».
Chaque fois que Marais quittait Boileau, il écrivait, dit Sainte-Beuve, la substance de ses entretiens avec lui, les jugements, les pensées qu'il avait recueillis de sa bouche : « Ce serait, si l'on avait le tout, la matière c d'un Bolaeana bien supérieur à celui de Monchesnay. Boileau, vieux, o discourait volontiers à tout propos un peu abruptement, et parlait seul, à c la façon d'un Royer-Collard ; mais les sujets étaient circonscrits ; il se c renfermait dans la poésie et les lettres pures ».
Bayle, compétent en la matière, a rendu pleine justice à son collaborateur, il lui écrivait le 2 octobre 1698 : c Que j'admire l'abondance des faits c curieux que vous me communiquez touchant MM. Arnauld, Rabelais, c Santeuil, La Fontaine, La Bruyère, etc ! Cela me fait juger, Monsieur, c qu'un dictionnaire historique et critique que vous voudriez faire serait c l'ouvrage le plus curieux qui se pût voir. Vous connaissez mille partic cularités, mille personnalités, qui sont inconnues à la plupart des
( 1 ) Mathieu Marais, parlant de la lettre de La Monnoyc sur les portraits de Boileau, dit à Le Verrier : « Sur les portraits de Despréaux, lettre curieuse qu'il faut imprimer, et ajouter à votre « livre, avec les vers françois qui sont à la Gn » . Cette lettre adressée au poète Lainez le 9 Septembre 1709 est dans le Ménagiana, T. 11, p. 399, éd. de i?i5. Marais ajoute que Lainez était un grand admirateur de Despréaux et que ce dernier disait que c'était un homme qui ne ressemblait à rien. Ses poésies ont été publiées en 1^53; nous en connaissons d'inédites.
(a) P. 28. Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, publiés, pour la première fois, avec une introduction et des notes par M. de Lescure. Finnin-Didot, i863, 4 v°l-
AVAHT-MIOPOS
€ auteurs, et vous pourriez leur donner la meilleure forme du monde l« Nous n'avons rien a ajouter à ce! éloge de l'illustre critique, Brossette, Le Verrier et Mathieu Marais, et particulière me ni les deux premiers, se sonl consacrés avec le plus paifnit ou Mi d'eux-mêmes à élever par leurs commentaires des œuvres de Hoileau une sorte de monument à la mémoire de leur auteur favori- Si un tel exemple d'abnégation les honore, il honore également celui qui en a été l'objet.
C Ad tenu Je C.ourmthril (Orne), septembre 4ttfML