SATIRE IX
On a déjà dit ((lie celte satire fut l'aitte avant la satire de l'Homme. L'autlieur avoit 25 à aG ans lorsqu'il la composa. Tous les portes irritez des traits satiriques qu'il avoit lancez contre eux, se déchaisnoient contre luy de toutes les manières, et son frère l'académicien encore plus que tout autre. Enfin l'authour las de recevoir des injures, surtout animé par les libelles dinamatoires que l'on publioit dans le monde et par où l'on attaquoit ses ouvrages et sa personne, se mit à composer en vers une apologie sérieuse. Mais il s'aperceut bientost qu'il joiioit le personnage d'un homme en colère et qu'il tomboit luy même dans le défaut dont il avoit repris tous ces Poëtes. Ainsy il changea de dessein. Dez qu'il eut trouvé le moyen de parler à son esprit, il ne fut plus embarassé de dire tout ce qu'il vouloit dire. Aussy personne ne s'est oflensé de ce qu'il a mis dans cet ouvrage, quoiqu'il soit presqu'ontièrement composé des mêmes termes et des mêmes invectives que la colère arrachoit à tant de Poëtes malcontens. Tant il est vray que souvent le tour qu'on donne aux choses sert infiniment à les faire passer "*.
Cette satire est entièrement à la manière d'Horace, qui estoit un philosophe toujours gav, toujours riant, au lieu que Perse estoit un fort galant homme, mais qui se divertissoit dans son humeur satirique et dont le chagrin divertit aussy tous ses lecteurs '-'.
L'autheur ne songeoit point à obtenir aucune pension du Roy, ny même à publier ses ouvrages. Il se contentoit de les lire à quelques-uns de ses amis particuliers, à Molière, à Ghappelle, à Racine, au Duc de Vivonne, au Duc de Lédiguière, au Comte de Fiesque, au Duc de La Rochefoucault, à M^ le Prince. Tout cela se passoit d'ordinaire au cabaret. M' de Ranché alors capitaine aux Gardes et à présent Gouverneur du Quesnoy estoit souvent des parties les plus particulières. Il fit tant à force de prières, et peut-:;stre plus encore à force de paier souvent
(i) Cette satire fut composée en ifiG^, d'après Brossetlc. Le Verrier penche pour la date de i66a ou iC63 en donnant à l'auteur af) à aG ans et il ajoute que le satirique avait d'abord commencé une apolo^-io sérieuse en vers à laquelle il a renoncé pour ne pas tomber dans le travers qu'il reprochait aux poètes qui l'attaquaient et, parmi ces poètes, il cite Gilles Boilcau.
(a) Le Verrier avait mis cette note à la suite de son commentaire du vers i8 de cette satire
Satire IX. à la Croix-blanche, fameux cabaret du Simmetière St-Jean, où s'assembloient les beaux Esprits que par complaisance l'autheur luy confia son manuscrit des huit premières satires. M"^ de Ranché avoit juré qu'elles ne sortiroient point de ses mains et qu'il n'en donneroit aucunes copies. Dez qu'il les eut en son pouvoir, il prit des copistes chez luy et les distribua à qui en vouloit. Il fit plus car il les fit imprimer. Et ce ne fut pas sans beaucoup de fautes. C'est de cette avanture dont il est parlé dans l'édition qu'il fut contraint de faire faire lui-même en 1669 O. Aux huit premières satires que M^" de Ranché avoit données au public, l'autheur ajouta celle-cy et son discours sur la satire. Mais quand on présenta l'édition des huit premières au Roy >-', il dit qu'il en avoit une qui selon son g-oust valoit encore mieux que toutes les autres. En effet le Roy avoit cette neuvième satire qu'il avoit enfermée dans sa cassette. S'-Mory <3) qui avoit montré à tirer au Roy, et que l'autheur avoit connu chez Mad® Pelissari luy avoit demandé cette pièce pour la donner au Roy qui souhaitoit de la voir. Quelque résolution que l'autheur eust prise de cacher ses ouvrages, il n'eut g-arde de désobéir, et le Rov luy garda le secret, jusqu'à ce que M"^ de la Motte et Mad. de Montespan pillèrent la cassette et enlevèrent cette satire W.