‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 60 sur 96 · V. I K). Gardez-vous, dira lin, de eet l'Jsjjril crilif/ue · texte numérisé non relu

V. I K). Gardez-vous, dira lin, de eet l'Jsjjril crilif/ue

On ne srail bien souvent quelle mouche le pique : Mais c'est un jeune Fou qui se croit tout permis^ El qui pour un Inni mol va perdre vinql Amis.

Horace. Sat. 4> Liv. i.

Fœnum hahel in cornu, longe fuge : dummodo risum Excutiat sil)i, non hic cuiquam parcet amico. Pour juger combien nostre autheur ajoute à ce qu'il imite, et combien son imitation est au-dessus de celle de Régnier, il n'y a qu'à comparer le passage d'Horace avecceluy de celte satire et avec un endroit de Hegnier, sat. la, V. 5i :

Leurs femmes vous diront, fuiez ce médisant. Fâcheuse est son humeur, son parler est cuisant. Quoy; Monsieur? N'est-ce pas cet homme h la satire Qui perdroit son amy plustost qu'un mot pour rire ! Au reste, il est bon de dire icy en faveur des Etrangers que ce vers: On ne sçait bien souvent quelle mouche le pique est un proverbe françois. On dit, en effet, en parlant d'un homme plus chagrin et plus capricieux qu'à son ordinaire, je ne sçay quelle mouche l'a piqué. Et par là l'authcur imitant le fœnum habet in cornu d'Horace, a rendu proverbe pour proverbe.

// ne pjardonne pas aujc vers de la Pucelle, Et croit réijier le monde au y ré de sa cervelle. V. 125. Jamais dans le Barreau trouva-t-il rien de boni

(i) Celte explicaùou sur les coriiiclies n'est pas dans le commentaire de Brossette.

Satire IX. l\ n'est pas surprenant que le père de l'autlieur ait voulu le faire

avocat. Il a donc pendant quatre ans porté la robe au Palais. Et c'est là 011 trouvant des ridicules qui ne se trouvent point ailleurs dans un si haut degré de perfection, il ramassa ces caractères et ces personnages qui jouent leur rolle avec tant de grâces dans les Plaideurs de Racine. L'autheur n'a jamais fait de fonction d'avocat. Il a seulement une fois en sa vie esté chargé d'une cause qu'il ne plaida point, parce que l'affaire s'accomoda. Et cette cause ne luy a donné d'autre pêne que celle de songer qu'il falloit l'étudier avec soin pour la plaider, et de donner sa décision sur un fait de procédure dont les Procureurs qui ne pouvoient convenir entre eux le rendirent le juge et l'arbitre. Le Procureur de la partie de l'autheur soutenoit qu'il falloit faire interroger l'autre partie sur faits et articles. L'autre Procureur soutenoit au contraire qu'il n'y avoit pas lieu à interrogatoires, lis vont trouver l'autheur qui, dans ce moment-là, faisoit quelques vers dont il estoit plus occupé que de la cause. Les vers l'occupèrent toujours. Les deux Procureurs crièrent, se débatirent, chacun de son costé n'oublia rien pour persuader ce nouveau Jurisconsulte en sa faveur. Alors l'autheur qui n'avoit pas entendu un mot de tout ce qu'ils avoient dit leur demanda en riant de quoy il s'agissoit. Son Procureur répondit qu'il n'estoit question que de faire interroger la partie adverse sur faicts et articles. Et cela dcvroit déjà estre fait, répartit l'autheur. Les deux Procureurs reçeurent son arrest avec soumission. Et comme ils descendoient l'escalier, il entendit que le Procureur qui avoit esté condamné disoit à son confrère, ce jeune homme-là ira loin. Il n'y a qu'à considérer sur quoy estoit fondé la bonne opinion de ce Procureur '^>.

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