‹ Les satires de Boileau, commentées par luimême et publiées avec des notesChapitre 61 sur 96 · V. 126. Peut-on si bien prêcher quil ne dorme au sermon · texte numérisé non relu

V. 126. Peut-on si bien prêcher quil ne dorme au sermon

Il est vray qu'il n'y a guères de sermon où l'autheur ne s'endorme. Mais quand il trouve un excellent Prédicateur, l'envie de dormir luy prend moins qu'à personne. Pour juger de son goust pour les sermons, il n'y a qu'à sçavoir ce qu'il dist un jour au Roy. Le Père Gaillard, jésuite, avoit prêché à Versailles. Le Boy l'avoit entendu et approuvé. Il n'en fallut pas davantage. Les courtisans le louèrent à l'excez; suitout M"^ le Cardinal de Bouillon en parla comme d'un sermon merveilleux. L'autheur estoit présent et gardoit le silence. Le Boy luy demanda ce qu'il pensoit du Prédicateur. L'autheur répondit qu'il avoit assez bien prêché. Le Boy témoigna que cette réponse ne luy déplaisoit pas, et

(i) Brossetle ne nous dit rien de l'anecdote racontée par Le Verrier sur la façon dont Boileau a compris l'exercice de sa profession d'avocat.

COnUKCTIONH AI;T0(J»AIMIKS I)K DKSPHKAUX f)^

/A. M' [c. (laidirial i\r lioiiilloii voyant (jue les liictirs n'ostoiful j).«s (1<; son costé, (•hanj^«îa de (liscoiiis, cl dist que la plus iielle uclioii qu'on eusl l'aitte on ciiaire, c'estoit l'oraison func'hre de M"^ de Turenne que M"" Mascaron, évoque d'Agcn, avoil composée. Le Hoy voulut encore sçavoir ce (ju'on pensoit ratitlicur. II répondit qu'après le récit de celte pièce, tout le monde l'admiioil, mais (pie l'admiration cessa de/ qu'on vil cet ouvrage sur le papier, et que la première période ne s'enlendoit pas. A propos de tout cela le Hoy demanda encore ce que c'estoit que M"" Joly, ancien évc(pi(! d'Agen. L'aiithcur ri'pondit (pic c'estoit un Nomme de (|ui on ne disoit point (|uand son sermon csloit iini, (pi'il avoit iiicn prcsché, mais que tout le monde crioit tout haut, alons à confesse. Et M*" Le Tourneur dont j'entends si fort parler, reprit le Hoy, quel homme est-ce? Sire, c'est un grand prestre mal hasli de (|ui on dit lorsqu'il monte en chaire, pounjuov y montc-t-il. I^t (juand il en descend tout le monde se demande l'un à l'autre, pour((uoy en descend-il. Mais encore, ajousta le Hoy, d'où vient (jue tout ce peuple court en foule après luv. Sire, répondit l'autheur, c'est qu'il presche l'Evangile *•'.

Mais lui qui fait ici le Réf/enl dit Parnasse, V. 128. N'est qtinn f/ueax revêtu des dépouilles d'Horace.

St-Pavin (2) reprochoit à l'autheur (ju'il pilloit Horace, Juvénal et Hegnier.

v. liW . L'Un et V Autre avant lui s'estaient plaints de la rune. Et c'est aussi sur eux qu'il rejette son crime :

Les Grecs ny les Latins ne connoissoient point la Rime. C'est une grande question que de sçavoir en quel pais elle a pris naissance. Les Provençaux soutiennent qu'ils en sont les Inventeurs. Peut-eslre ne sont-ils pas mal fondez. Mais toujours y a-l-il beaucoup d'aparence qu'elle a pris son origine parmi les Gaulois.

J'ai peu lu ces Auteurs : ntai^ tout n'irait que mieux, V . I '^^) . Quand de ces Médisans l'cnf/eance toute entière irait la teste en bas rimer dans hi rlrii-rt'.

M. le Duc de Montauzier disoit qu'il faudroit envoier l'autheur aux

(1) Le Verrier se fait ici le clironiqiicur des faits et dits de son auteur favori, c'est une conlributiou utile — et inédite — pour l'élude du caractère de Boileau.

(2) Le Verrier fait allusion au fameux sonnet de Saint-Favin reproduit par Brossettc, p. 44a, T. \.

Desjiréaux grimpé sur Parnasse

Satire IX. galères avec une couronne de laurier *''. Voilà commeut Platon cliassoil Homère de sa République (Platon, lib. 'A, p. 3(j8, édit. Serran), et par les fragmens de Gicéron l'on trouve que dans son 4' livre de la République il avoit copié cet endroit de Platon car il dit : ego vero eodem quo ille Homerum rediniitum coronis et delibulum uncjenth mititej^tY^ urbe quant ipse sibi lingit.

Toute la Cour sçait que le Duc de Montauzier qui souvent se conduisoit plutost par les loix de l'amitié que par les loix de la raison, n'estoit pas content de la manière dont l'autheur traitoit Chapelain dans ses satires. Cependant il pressa plusieurs fois Puy-morin de mener l'autheur disner chez luy. Mais l'autheur qui naturellement est distrait, qui est extrêmement vif et qui accompagne ses discours d'une action véhémente, craignoit de se trouver à la table de ce duc, car avec un très grand fond de bonté, il ne pardonnoit point la moindre faute. Un jour il trouva dans la Chambre du Roy l'autheur à qui il dit : voulez-vous que toute la Cour croye que nous sommes mal ensemble. Si vous ne le voulez pas, venez donc disner avec moy. Il y alla. Le Duc luy enseigna comment il falloit se tenir sur son siège, de quelle manière il falloit d'abord mettre la nape sur ses genoux, puis la serviette par dessus, enfin tout ce qu'il falloit pour observer les règles d'une politesse et d'une adresse fort outrées. L'autheur sortit de ce repas sans avoir fait de faute, et il s'admire encore aujourd'huy là-dessus (2).

Rien n'appaise un Lecteur toujours tremblant d'effroi, V. \l\i. Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarque en soi.

Ce vers contient une grande vérité.

Cum sibi quisque timet, quamquam est intactus, et odit

(Horat. Sat. i, lib. 2)

Est-ce un crime après tout, et si noir et si grand ? Et qui voyant un Fat s'applaudir d'un ouvrage, Cù la droite Raison trébuche à chaque page. Ne s'écrie aussi-tost : L'impertinent Auteur ! V. i5/|. L'ennuyeux Ecrivain ! le maudit Traducteur !

(i) Le mot du Duc de Montausler est rapporté différemment par Le Verrier et Brossette. D'après le premier, M' de Montausier aurait dit « qu'il faudrait envoyer Boilcau aux galères avec une couronne de laurier », d'après le second « qu'il faiulrail envoyer Boileau et tous les satiriques rimer dans la rivière ». Le Duc de Montausier a cependant traduit en vers les satires de Perse et la dixième satire de Juvénal. (Rec. Conrart, 5.i3i, Bibl. de l'Arsenal.)

(a) Tous les détails donnés par Le Verrier sur les relations du Duc de Montausier et du poète ne sont pas dans le commentaire de Brossette.

CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPR^AUX ijij

>iiiiiri\. C'est do l'abhé de Marollrs dont l'aiillinir (»ail. i, \ i

. 1 (/nui hun mettre au Jour tous ces discours frivoles, V. i."»!). /'Jt ces riens e/tfer/uez dans de ifrandes jtarules f

Voilà, à mon sens, un des plus beaux vers qu'il ait faits. Oue ne fait-il point entendre! Il me semble «{u'IIorace n'alloit point si loin quand il disoit

Versus inopes icrum nujf^a-que canora;

iCx)

iS/ Von vient à clierclier, pour quel secret mystère,

Alidor à ses frais bâtit un monastère :

Alidor, dit un Fourbe, il est de mes Amis.

Je lai connu Laquais avant qu'il fust Commis.

C'est un Homme d'honneur, de piété profonde.

Et qui veut rendre à Dieu, ce qu'il a pris au monde.

Iloiace. Liv. i, v. (jG, Sat. f\ .

Me Capilolinus convictore usus amicoque

A puero est : causaque mea permulla rogatus

Fecit, et incolumis lœtor quod vivit in urbe,

Sed tamen admiror quo paclo judicium illud

Fugerit. Hic nigne succus loliginis, ha'c est

iErugo mera

V. iGi. Cet Alidor est Dalibert dont on a cb'jà parlé. Furetière avoil fait contre luy cette épigramme '-'.

V. iG3. C'est du bonhomme Pinet que cela avoit estt- dit il abord, mais très mal à propos, de l'aveu même de raulbcur '■^'.

A Malherbe, à Racan, préférer Théojdiile, V. I jG. Et le clinquant du Tasse, à tout l'or de Virt/ile

(i) Celle allusion à Michel de Marolles, n'est pas signalée dans lo commcnlairo do Brossetle.

(2) Brossolto parle seulement d'un riiho parlisnn, il le nonuno dans lo Ms. l'ta-jïi. Le Verrier nous conlirmc (|ii(' rôlait Dalibert (jui a été surintendant do la maison du Une d'Orléans. Voici rc'pi^ranimo de Furetière (Talleniant. T. V., p. 80) :

Tandis cju'Alidor fut laquais, 11 fut soumis, humble et docile.

Mais quand il eut fait force acquêts, 11 fut roguc, allier, difiiciie.

On l'eut pris pour un Roitelet, Tant d'orgueil le lit méconnoitro.

Je vois bien que d'un bon valet On ne sauroit faire un bon Maître.

(3) Le Verrier nous apprend une application inexacte qui avait été faite do ce vers à Pinet, cependant Bro^i'^eiie iMs. i.ja^ô) cite égalemeni. :t ce propos, Nicolas Pinette. trésorier de Gaston d'Orléans.

Satire IX. On parle icy d'une dispute que l'autheur eut chez Mad. de Mazarin avec le Duc de Nevers qui préféroit Le Tasse à Virgile *^), Quelle différence, bon Dieu ! Virgile ne s'escarte pas un moment du vray-semblable même dans la fable. L'autre ne s'en aproche presque jamais dans une histoire vraye. Dez l'invocation qui est au commencement de son poëme, il dit à la Vierge qu'il introduit :

Tu rischiava il mio canto, e Tu pardona • S'infesso fregi al ver Voilà une belle manière de disposer son lecteur à croire que tout ce qu'on va luy dire est plein de vérité. L'Arioste en use avec plus de sagesse. Car en racontant les plus grandes absurditez, il leur donne un air de vérité qui, quoique connues pour fausses, paroissent du moins suportables et comme vray-semblables au lecteur.

Un Clerc, pour quinze sous, sans craindre lehola, V. I ;;8 . I^eut aller au Parterre attaquer Attila;

179. Et si le Roi (les Huns ne lui charme l'oreille, Traiter de Visigots tous les vers de Corneille.

C'est à l'Attila que Corneille commença à ne se plus faire connoistre pour le Poëte de qui sont sortis les Horaces, les Cinnas, les Polyeuctes.

Et quant produit mes vers de si pernicieux, Pour armer contre moi tant d'Auteurs furieux ? Loin de les décrier, je les ay fait paroistre; Et souvent, sa?îs ces vers qui les ont fait connoistre, Leur talent dans l'oubli demeurerait caché. V. 198, Et qui sçauroit sans moi que Cotin a prêché?

Bien des gens nioient que Cotin eust presché, et ne doutoient que tout ce que l'autheur raconte de ses sermons ne fust une fiction toute pure (2).

// a tort, dira Vun, Pourquoi faut-il quil nomme ? Attaquer Chapelain! ah! c'est un si bon Homme. \. 2o5. Balzac en fait l'éloge en cent endroits divers.

U est vrai, s'il m'eût crû, qu'il n'eût point fait de vers. Il se tue à rimer. Que n'écrit-il en prose ?

(i) Il n'est pas question dans Brossetto de la dispute de Boileau avec le Duc de Nevers chez Madame de Mazarin au sujet du Tasse et de Virgile.

(a) Boileau, d'après Brosselte, appliqua à Colin ce qu'il avait dit de Cassagne.

nOMKKirioNs MîTfuJH M'IIIS DC !)KV|'HKMX I (> I

Satire l.\. Tout cela est raporté mot à mol pour l'avoir entendu dire à Larré, abbé de la Victoire.

Vuilei ce que Von dit. Et que dis-je autre chose ? V. 209. En bldnifuit ses écrits , ni- je d'un stile uffreux, 210. Dislilc sur sa vie tin venin dangereux ?

Ma Muse en Vatlaquant^ charitable et discrette, Sçait de l'Homme d honneur distinf/uer le Poète.

l'ar là M. Arnauld justifiait les escrits de l'autheur '".

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