AVEC LES
CORRECTIONS AUTOGRAPHES DE DESPREAUX
Le texte de Le Verrier est en caractères romains.
Les corrections de Boileau sont le plus souvent en interligne, quelquefois dans la marge, et toujours en italique.
Le texte place entre crochets est celui de Le Verrier qui a été raturé par lui-même, raturé ou modifié par Boileau.
Les notes placées au bas des pages ont surtout pour objet de faire ressortir ce que le Commentaire de Le Verrier revu par Boileau nous apprend d'inédit sur les Satires, en d'autres termes, elles mettent en relief la partie en quebjue sorte nouvelle de ce Commentaire, c'est-àdire les indications qui ne se retrouvent ni dans celui de Brossctte (i^i6), ni dans ceux de Saint-Marc (1747) et de Berriat-Saint-Prix (i83o) qui résumaient en les complétant les recherches des annotateurs qui les avaient précédés.
Quol«jUf l'osliint; (jiic j'av loujours eu«^ |>our les ouvrages «le Monsieur Des Préaux rn'eusl Inspiré une violente passion de le coiinoislre, je ne pus pourtant remplir sur cela mes souhaits qu'en i(i8S. Noslre |)rcmirre (Milr<;veii<* se lit à Auteliil, où J'allai avec U'S illustres M' cl Mad*^ Dacier. Si les poésies de M' Des l*réau\ m a\oi<'nl rluiriii»', sa
s(i xincêrih^ conversation, [son bon cœurj, ses manières simples et naturelles, ne me touchèrent pas moins (jue ses |»oesies. Il me pliil infiniment. i*eul-
tnr(l<isines esire luv revins-je assez, et nous ne [demeurasmesj pas longtemps à lier une amitié (pii a lait un des plus grands plaisirs de ma vie ''. (iOmni»' je suis persuadé ((ue depuis noslre liaison, il n'a pas eu lieaucoup de choses cachées pour moy, je ne l'ay point prié de me découvrir les mystères et les secrets des ouvrages que je luy ay veu composer, puim/ue je les sçnis presque aussi bien que lui
mais pour ceux (ju'il avoil donnez au publie avant noslre connt)issance, je
certaines choses que je ne souhaitois extrêmement (ju'il m'instruisit de | certains traits qu'on ne poiioois
penl| apprendre (juc de luv-mr-me. Il y avoil dix ans ([ur je l'en sollicilois. Il y en avoil tout aulaiil (pi il me promelloil de me satisfaire. Néanmoins quoique nous nous soions veus régulit'rement trois ou quatre lois la semaine, moitié paresse de sa part, moitié envie de parler d'autre chose, lorstpie nous nous trouvions ensemble, je n'ay pu l'engager à lire
fournir la mulière des avec moy ses ouvrages, et à me [donner les] remarques que l'on trouvera icy, qu'au commencement du mois de mars i^oi. Il m'a dit qu'un Irr.s (galant et qu'il m'a tnnené deux au trois fois chez moi homme de Lion '-' '*"
(i) Le Verrier a ajouté on iiiiii'ge d'une écriture juislérieure « el t|ui a duré ju!M|u'à la fin île lii sienne arrivée le l'M d'Avril i^ii ». (al Drosselle.
('.\\ Le Icxie barré csl illisihle.
l^ ri\F;FA(.E
en partie luy avoil desjà fait la même prière, et qu'il avoit satisfait sa curiosité. Je ne sçay point de quelle manière cela s'est passé entre eux. Je sçay
je sçais de seulement que je ne diray rien icy que ce (jue monsieur Des l*réau.\ liii-mesme [a bien voulu m'ap[)rcndre], et que seurement l'on ])eut ajousier loy à
ilirc ce que je vais |raj)orlcr|.
K i:m \Kori:s
M' Dts rréaiiv narjuil le |i" "le 1)'" dt' l'cannéc mil six cens lifiilfsix. Les |)remi<'is iiioniens de sa jeunesse onl dunné des pn-jugez «ju'il
(lès lors seroil un jour ;^raii(l l'orle. Dès le collège, et llaiidis] (ju il n'esluil encore commença tlonl le sujet éloil pris d'un
(|u'en Iroisième, il [composai une Tragédie. [A eel âge, il fui plus Ho mail de chevalerie errante car en ce temps là il aimoil fort la lecture de heureux (|ue (jueUjues-uiis de nos Poètes qui onl fail lu-aucoup de ces sortes de livres. Il m'a conté lui-ménie <jue ce déinil était fort puéril pièces de lliéâtre, et qui n'ont pas l'ait un seul vers. Sa pièce esloil mais qn il y avait pourtant un vers (ju'il croyait pouvoir mettre en parallèle intitulée Houssardan « i\oy de Grillalar » '". (.)n voit parce litre qu<'. . . avec le plus beau des vers de Boyer à choisir entre plus de quatre rinyt mille que ne luy déplaisoit pas. Ce Hoy et son Irère et-lant sur le poinl d'en lioxjer a f'aicls. C estait un lioy qui parlait en se mettant entre trois géans venus à venir aux mains, leur Gouverneur paroist sur le théâtre, et enlr'aulres son secours qui avaient pris querelle et estaient presis à se battre. Voici le vers : choses leur dit :]
Géans arrestés-cous (Jardez pour l'ennemy la fureur de vos coups.
à mon sens au
\jH vcirsilication de M"" Des Dréaux est nohie et soutenue. Il a souverain defjré le choix des mots, le uomhre, l'harmonie, et jamais la rime ne l'a fail
(i) Le Verrier nous ii|)|)reiid ici le litre Je la Iragéilie que Hoiloau c<>ni|M)sa dans su jeunesse, lilro uniis par de l^osine de Muncliesiiay dans sun « llolaeana >> lAnisicrdain, i^.V->< !>■ ^^-i), el par (Tizcron-Uival dans ses « Héeréalions lilléraires » (i-Gô). (liiuse curiruse, la eorreelion auloj^raphe de Despréaux avec son coup de griffe contre le malheureux Claude IJoyer est répéléc presfpie lexluelleinenl dans le m Holacana » : « Il n'éU)il encore i|u"en (|uatriénie qu'il se sentit « du talent j>our la Poésie, et dés lors déjà tout plein de la lecture îles anciens romans, il entreprit « de l'aire une (loniédie. .le faisois, disoit-il, paroitre sur la scène trois (lénns prêts a se battre « pour la con(|uétc d'une coiuuuine Maîtresse, lorstpi'un i|uatriénie (îéani les sépamit par ces « vers :
Il (léans, arrêtez-vous
Il (iardez pour l'ennemi la fureur de vos coups.
u II déliait Boycr do lui montrer un seul ver» de cette force dans les cent mille qu'il a faits \>
G COIVIMKNTAIHE UE LE VEIUUEl;
liciuarques. de la raison ni la première de cette
écarter du génie de sa langue. Il dit que ce qui luy donna [1'] idée [d'une]
({Il on lui récita versification [si remplie et si grande], ce l'ut une pièce |<{uil luL|
et qui estoil d'un Auteur point
dans sa jeunesse, [mais] dont il ne sçait [ny le sujet nj] le nom
(jiie cet Auteur |de lautlieur et (lonl| il a seulement retenu ces deux vers : (lisuit à propos de Jules César à qui sa femme Calpurnie n'acoil pas esté fort /idèle et qui portoit toujours comme on sçait une couronne de laurier : Sui- son Iront couronné par les mains de la Gloire Les cornes sélevoient à l'envi des lauriers. |(i'est en parlant de César qui pour cacher quil estoit chauve portoit toujours une couronne de laurier. |
Disrorns m koi
luut an plus \r Des Pn'aiix lit «elle pi^ce esUinl âjçé de «/| ans. ('e fut on l'année
|i(W)i| i«|»rvs la disji^râc»' (!«' M' l''oiiqu»'L II ii»- l'aclKna |ioiirtaiil «|u'»mi
|iOG/,| (').
Jeune et vaillant Hrro.s, dont la haute sar/esse X'est point le fruit tardif d'uni' Ivnte vieillesse, V. '.S. l'U ([ui si'ul, sans Ministre, à l'exemple des Dteu.r,
Sontie/ts tout par Toi-mesme, et vois tout par Tes yeujc,
Horace, Liv. 2, rp. i. A Aujy^usle.
Cum lot suslineas ol lanla negolia soins ; Res Ilalas armis tuloris, morihus ornes, Legihus emendes
Ainsi, sans ni'iirt>u(/ler d'une vaine manie. Je mesure mon vol à mon foihie gfinie : V. iT). Plus sage en mon respect, que res hardis Mortels Qui <Vun indigne encens pi'ofancnl Tes autels : Qui dans ce champ d'honneur, oit le r/ain les ameine, Osent clidnler Ton nom sans force et sans haleine ; Et qui vont tous les Jours, (Tune importune voix, Ten nuyer du récit de Tes propres exploits.
Toul cela esl dit à l'orcasion des pensions (jue le IU)v donna en ififi'i à plusieurs aullieurs. M' Chapelain eut beaucoup de pari à la dislri-
car M^ Colberl le ccnisulloil alors I)Ution de ces pensions, cl quoique M' Des Préaux paroisse icy fort indifji'né du choix que l'on avoit fait de quelques personnes pour ces
(1) Boileau a corrigé la iioïc de Le Verrier pour fixer la date exacte de la coinposilion do ce <i Discours » : ifiGa (il avait alors aG ans ot non i'O.lo poolo y ajouta seulement quelques vers on ifift.ï (voir plus loin la noie de Le Verrier sur le vers G'i). Berrial-Sainl^Prix comme Saint- Marc et lîrosselte sont a rectifier sur ce point, puisqu'ils donnent ififi.î: l'édition de i-i3 portait 1664.
Discours ou Roi. largesses, on ne pont pas dire que son intérest particulier le fist parler. Car, dans ce temps là, il n'estoit pas connu, je ne sçay s'il se connoissoit bien luv-même. A proprement parler, il ne fut bien connu dans le monde qu'à cinq ou six années de là.
[qu'après avoir passé douze années à étudier dans son cabinet tout ce que l'antiquité nous a laissé do meilleur et à composer de génie d'ii[)rès de si excellens originaux.] <"
V. 21. L'Un €71 stile pompeux habillant une églogue, De ses rares vertus Te fait un long prologue, Et mesle, en se vantant soi-mesme à tout propos, Les louanges d'un Fat à celles d'un Héros.
C'est de Charpentier qu'il parle : Cet aulheur avoit composé une qu'il intitidoit ég-logue |intitulée| Kglogue roialle, où en louant le Roy, il se donnoil à
la bouche d'un Berger quil introduisoit luy-même par [le secours de quelques bergers], des louanges [si] outrées [qu'il n'ostoit pas possible de les souflrir. j
V. 25. L'Autre en vain se lassant à polir une rime, Et reprenant vingt fois le rabot et la lime, Grand et nouvel effort d'un esprit sans pareil ! Dans la fin d'un sonnet Te compare au Soleil.
dans ce temps là assez mauvais Chapelain que M' Des Pn'aux attaque icv avoit fait un sonnet à la oii En voici le premier vers :
loiiange du Roy [dans lequel] il comparoit ce Monarque au Soleil.
Quel Asti'e flamboyani sur nosfre Parnasse erre? ^2)
(i) lîrossolt.c ne s'est pas arrélo à ce passage du Discours au Roi. Le commonlaire de Le Verrier nous vaut cet aveu de Boileau qu'il ne fut guère conrni et apprécié que vers 1669, il ne pouvait donc être signalé par Chapelain à Golbert pour une pension en ifiG/j.
(2) Boileau a soin de citer lui-nicine, mais Inexactement, le premier vers du sonnet de Chapelain auquel Le Verrier l'ait allusion. Nous avons trouve le texte de ce sonnet dans le Recueil de Conrart (5i32. Rlbl. de l'Arsenal) et dans le manuscrit dos Poésies do Chapelain (Bibl. Nat., Nouv. acq. l'r., 1890).
Voici la version du Ms. des Poésies de Chapelain (p. 209 verso).