‹ Les satires de Louis PetitChapitre 13 sur 18 · L. Petit · texte numérisé non relu

L. Petit

ous direz sans doute, Lecteur, que je suis bien hardy de donner des Satyres au public, après celles qui y ont paru depuis quelques années, avec un applaudissement gênerai qu'on ne pouvoit leur refuser sans injustice. Je vous assure que je me le suis dit moy-méme plus d'une fois, et je ne sçay pas trop d'où me vient cette hardiesse, ny si je m'en dois prendre à mon estoillé, ou bien à une certaine vanité presque toujours inséparable de ceux qui composent. Les petits poètes, non plus que les grands poètes, n'en sont point exemps. Je suis de ces premiers, et je puis dire avec plus de sincérité que ne l'a dit Horace, et mesme sans allusion à mon nom :

Parvus Car mina fingo.

Vous verrez bien que je dis vray, si vous pre*

nez la peine de lire ces discours qui n*en veulent à personne en particulier. Cependant , sans que vôtre nom y soit employé, vous vous y trouverez en plus de six endroits. Ne vous en fâchez point, je m'y trouve en plus de douze. Pourquoy vous aurois-je épargné, puisque je ne me suis pas épargné moy-mesme ? Si vous me dites que vous n'y rencontrez rien que vous puissiez vous appliquer, je vous répondray que vous vous connoissez mal, ou que vous n*estes pas sincère ; je ne le dis point pour vous chagriner, mais pour vous tirer d'erreur.

Que cette liberté de parler ne vous oblige point à déclamer contre mes Satyres : cela ne seroit pas d'un honneste homme. Peut-estre ne vous plairont-elles point, parce que tout le monde y est en masque ; mais chacun a sa sorte de génie, et le mien n'eût jamais rien d'amer. J'avoue qu'il n'est pas d'une grande élévation : ainsi ma Muse chante assez uniment, elle n'est point soutenue de ces expressions fortes et recherchées qui font la grande beauté d'un ouvrage, et qui obligent souvent à se récrier. Enfin vous ne la trouverez pas trop riche, n'estant point de ces hardies volieuses qui se parent à tous propos du bien d'autruy. Elle a un peu de facilité, je pense que c'est tout ce

qu'elle a de bon. Qu'il n'y ait bien des choses à reprendre dans mes vers, je ne m'en deffens point; bien loin de cela : qui me les corrigeroitbien exactement me feroit un insigne plaisir. Enfin, Lecteur, condamnez-les, approuvez-les, ils n*en seront ny pires ny meilleurs. Je recevray vôtre censure sans chagrin, et vôtre approbation sans m'en applaudir; ce sera assez pour moy si je puis dire sûrement :

Vitavi denique culpam, Non laudem merui.

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