‹ Les satires du sieur Nicolas Boileau Déspreaux introduction et notesChapitre 12 sur 31 · Fameux prédicateur, fort outré dans ses prédications · texte numérisé non relu

Fameux prédicateur, fort outré dans ses prédications

Délivrer de Sion le peuple gémissant,

Faire trembler Memphis ou paslir le Croissant ;

Et, passant du Jourdain les ondes alarmées,

Cueillir mal-à-propos les palmes Idumées?

Viendrai-je, en une Eglogue, entouré de troupeaux. Au milieu de Paris enfler mes chalumeaux.

Et, dans mon cabinet assis au pied des hestres.

Faire dire aux échos des sottises champestres? Faudra-t-il de sens froid, et sans estre amoureux. Pour quelque Iris en l’air faire le langoureux ;

Luy prodiguer les noms de Soleil et d’ Aurore,

Et toujours bien mangeant mourir par métaphore Je laisse aux Doucereux ce langage affeté Où s’endort un esprit de mollesse hébété.

La Satire, en leçons, en nouveauteq fertile,

Sçait seule assaisonner le plaisant et l’utile,

Et d’un vers qu’elle épure aux rayons du bon sens, Détrompe les Esprits des erreurs de leur temps.

Elle seule, bravant l’orgueil et l'injustice,

Vajusques sous le dais faire paslir le vice;

Et souvent sans rien craindre, à l’aide d’un bon mot. Va vanger la raison des attentats d'un Sot.

C’est ainsi que Lucile, appuyé de Lelie,

Fit justice en son temps des Cotins d’Italie ;

Et qu’ Horace, jetant le sel à pleines mains,

Sejoüoit aux dépens des Pelletiers Romains.

Cest Elle qui, m’ouvrant le chemin qu'il faut suivre. M’inspira dés quinqe ans la haine d’un sot Livre ;

Et sur ce mont fameux où j’osai la chercher,

Fortifia mes pas et m’apprit à marcher.

Cest pour elle, en un mot, que/ ai fait voeu d'écrire.

Toutefois, s'il le faut, je veux bien m’en dédire.

Et, pour calmer enfin tous ces flots d’ Ennemis, Reparer en mes vers les maux que fai commis.

Puisque vous le voulej, je vais changer de stile.

Je le déclaré donc : Quinaut est un Virgile,

Pradon comme un Soleil en nos ans a paru-.

Pelletier écrit mieux qu’Ablancourt ni Patru,

Cotin, à ses Sermons traînant toute la terre,

Fend les flots d’ Auditeurs pour aller à sa chaire : Sauf al est le Phénix des Esprits releveq,

Perrin... Bon, mon Esprit, courage, poursuive^.

Mais ne voyeq-vous pas que leur Troupe en furie Va prendre encor ces vers pour une raillerie ?

Et Dieu sçait, aussi-tost que d’ Auteurs en couroux. Que de Rimeurs blesseq s’en vont fondre sur vous ! Vous les verreq bien-tost, féconds en impostures. Amasser contre vous des volumes d’injures.

Traiter en vos écrits chaque vers d’attentat.

Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat.

Vous aureq beau vanter le Roy dans vos ouvrages,

Et de ce nom sacré sanctifier vos pages ;

Qui méprise Cotin n’estime point son Roi,

Et n’a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.

Mais quoi! répondrez-vous, Cotin nous peut-il nuire? Et par ses cris enfin que sçauroit-il produire?

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Interdire à mes vers, dont peut-estre il fait cas.

L’entrée aux pensions, où je ne prétens pas?

Non, pour louer un Roy que tout V Univers lotie,

Ma langue n’attend point que l’argent la dénoue ;

Et, sans espérer rien de mes foibles écrits.

L’honneur de le louer m’est un trop digne prix.

On me verra toûjours, sage dans mes caprices.

De ce même pinceau dont j’ay noirci les vices Et peint du nom d’ Auteur tant de Sots revêtus,

Luy marquer mon respect et tracer ses vertus.

Je vous crois, mais pourtant on crie, on vous menace.

Je crains peu, direq-vous, les Braves du Parnasse.

Hé, mon Dieu, craigneq tout d'un Auteur en couroux, Qui peut .. Quoi? Je m’entens. Mais encor? Taisez-vous.

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