Avocat fameux et tres-mordant
Peindre Bellonne en feu tonnant de toutes parts,
Et le Belge effrayé fuiant sur ses ramparts'.
Sur un ton si hardi, sans estre temeraire,
Racan pourrait chanter au defaut d'un Homere ;
Mais pour Colin et moj-, qui rimons au ha:;ard,
Que l'amour de blâmer fit Poètes par art,
Quoi qu'un tas de Grimauds vante nostre éloquence,
Le plus seur est pour nous de garder le silence.
Un poème insipide et sottement flatteur Deshonnore à la fois le Héros et l'Auteur;
Enfin de tels projets passent notre faiblesse.
Ainsi parle un Esprit languissant de mollesse.
Qui, sous l’humble dehors d’un respect affecté,
Cache le noir venin de sa malignité.
Mais deussiej-vous en l’air voir vos ailes fonduès.
Ne valoit-il pas mieux vous perdre dans les nuès,
Que d’aller sans raison, d’un stile peu Chrestien,
Faire insulte en rimant à qui ne vous dit rien,
Et du bruit dangereux d’un livre téméraire A vos propres périls enrichir le Libraire?
Vous vous flatteq peut-estre, en vôtre vanité.
D’aller comme un Horace à l’immortalité :
Et dijà vous croyej, dans vos rimes obscures.
Aux Saumaises futurs préparer des tortures.
Mais combien d’Ecrivains, d’abord si bien receus,
1. Cette Satire a esté faite dans le temps que le Roy prit L’IsIc en Flandres.
SATIRK IX.
Sont de ce fol espoir honteusement deceus ?
Combien, pour quelques mois, ont vit fleurir leur livre. Dont les vers en paquet se vendent à la livre ?
Vous pourej voir un temps vos écrits estimej,
Courir de main en main par la ville semeq :
Puis de là, tout poudreux, ignoreq sur la terre.
Suivre cheq l’Epicier Neuf -Germain et la Serre;
Ou , de trente feuillets réduits peut-estre à neuf,
Parer demi rongeq les rebords du Pont-neuf.
Le bel honneur pour vous, en voyant vos ouvrages Occuper le loisir des Laquais et des Pages,
Et souvent, dans un coin renvoyeq à l’écart.
Servir de second tome aux airs du Savoyard ' !
Mais je veux que le Sort, par un heureux caprice,
Fasse de vos écrits prospérer la malice -,
Et qu’enfin vostre livre aille au gré de vos vœux.
Faire sifler Cotin chej nos derniers neveux.
Que vous sert-il qu’un jour l’avenir vous estime.
Si vos vers aujourd’huy vous tiennent lieu de crime.
Et ne produisent rien pour fruit de leurs bons mots,
Que l’effroi du Public et la haine des Sots ?
Quel Démon vous irrite, et vous porte à médire?
Un livre vous déplaist : Qui vous force à le lire ?
Laisseq mourir un Fat dans son obscurité;
Un Auteur ne peut-il pourir en seureté?
I. Fameux Chantre du Pont-neuf, dont on vante encore les chansons.
Le Jonas * inconnu seche dans la poussière,
Le David imprimé n’a point veu la lumière ;
Le Mo'ise commence à moisir par les bords.
Quel mal cela /ait-il? Ceux qui sont morts sont morts.
Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre ?
Et qu’ont fait tant d’ Auteurs pour remuer leur cendre ? Que vous ont fait Perrin, Bardin, Pradon, Haynaut, Colletet, Pelletier, Titreville, Quinaut,
Dont les noms en cent lieux, place^ comme en leurs niches. Vont de vos vers malins remplir les hémistiches?
Ce qu’ils font vous ennuie. O le plaisant détour!
Ils ont bien ennuié le Roy, toute la Cour,
Sans que le moindre édit ait, pour punir leur crime. Retranché les Auteurs ou supprimé la rime.
Ecrive qui voudra ; Chacun à ce métier Peut perdre impunément de l'encre et du papier.
Un Roman, sans blesser les loix ni la coûtume.
Peut conduire un Héros au dixiéme volume.
De là vient que Paris voit cheq luy de tout temps Les Auteurs à grands flots déborder tous les ans;
Et n’a point de portail où,jusques aux corniches.
Tous les piliers ne soient enveloppe^ d'affiches.
Vous seul, plus dégoûté, sans pouvoir et sans nom, Viendrez regler les droits et l’estât d’Apollon !
Mais vous qui raffine;^ sur les écrits des autres.
I . Poème héroïque qui n’a point reOssi, non plus que le David et le Moïse.
De quel œil pensez-vous qu'on regarde les vôtres ?
Il n’est rien en ce temps à couvert de vos coups:
Mais sçaveq-vous aussi comme on parle de vous ?
Gardej-vous, dira F Un, de cet Esprit critique,
On ne sçait bien souvent quelle mouche le pique ;
Mais c’est un jeune Fou qui se croit tout permis,
Et qui pour un bon mot va perdre vingt Amis.
Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle,
Et croit regler le monde au gré de sa cervelle.
Jamais dans le Barreau trouva-t-il rien de bon ? Peut-on si bien prêcher qu'il ne dorme au sermon ? Mais luy, qui fait içy le Regent du Parnasse,
N’est qu’un gueux revêtu des dépoüilles d’Horace.
Avant luy Juvenal avoit dit en Latin
Qu’on est assis à l’aise aux sermons de Cotin.
L’Un et V Autre avant luy s’étoient plaints de la rime. Et c’est aussi sur eux qu’il rejette son crime :
Il cherche à se couvrir de ces noms glorieux.
Tay peu lû ces Auteurs, mais tout n’iroit que mieux Quand de ces Médisans l’engeance toute entière Iroit la teste en bas rimer dans la riviere.
Voilà comme on vous traite : et le Monde, effraye'. Vous regarde déjà comme un homme noyé.
Envain quelque Rieur, prenant voslre défense.
Veut faire au moins de grâce adoucir la sentence. Rien n’apaise un Lecteur toujours tremblant d’effroy. Qui voit peindre en autrui ce qu’il remarque en soy. Vous fereq-vous toûjours des affaires nouvelles ?
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Et faudra-t-il sans cesse essuyer des querelles? N'entendrai-je qu' Auteurs se plaindre et murmurer ? Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer? Répondej, mon Esprit, ce n’est plus raillerie ;
Dites.... Mais, direj-vous : Pourquqy cette furie? Quqy.' pour un maigre Auteur que je glôqe en passant, Est-ce un crime après tout, et si noir et si grand?
Et qui, voyant un Fat s’applaudir d’un ouvrage Où la droite Raison trébuche à chaque page.
Ne s’écrie aussi-tost : L’impertinent Auteur I L’ennuyeux Ecrivain I le maudit Traducteur!
A quoy bon mettre au jour tous ces discours frivoles, Et ces riens enfermez dans de grandes paroles ?
Est-ce donc là médire, ou parler franchement? Non, non, la Médisance y va plus doucement.
Si l’on vient à chercher pour quel secret mystère Alidor à ses frais bâtit un monastère :
Alidor, dit un Fourbe, il est de mes Amis.
Je l’ay connu Laquais avant qu’il fust Commis.
C’est un Homme d'honneur, de pieté profonde.
Et qui veut rendre à Dieu ce qu’il a pris au monde.
Voilà jouer d’adresse, et médire avec art,
Et c’est avec respect enfoncer le poignard.
Un Esprit né sans fard, sans basse complaisance,
Fuit ce ton radouci que prend la Médisance.
Mais de blâmer des vers, ou durs, ou languissans,
De choquer un Auteur qui choque le bon sens,
De railler d’un Plaisant qui ne sçait pas nous plaire.
C’est ce que tout Lecteur eut toûjours droit de faire.
Tous les jours à la Cour un Sot de qualité Peut juger de travers avec impunité :
A Malherbe, à Racan, préférer Théophile,
Et le clinquant du Tasse à tout l’or de Virgile.
Un Clerc, pour quinze sous, sans craindre lehola. Peut aller au Parterre attaquer Attila,
Et, si le Roy des Huns ne luy charme l’oreille, Traiter de Visigots tous les vers de Corneille.
Il n’est Valet d' Auteur, ni Copiste, à Paris,
Qui la balance en main ne pe^e les écrits.
Dés que l’impression fait éclorre un Poëte,
Il est esclave né de quiconque l’achete.
Il se soûmet lui-mesme aux caprices d’autrui.
Et ses écrits tout seuls doivent parler pour luy.
Un Auteur à genoux, dans une humble Préface,
Au Lecteur qu’il ennuye, a beau demander grâce; Il ne gagnera rien sur ce Juge irrité.
Qui luy fait son proce^ de pleine autorité.
Et je serai le seul qui ne pourrai rien dire'?
On sera ridicule et je n’oserai rire?
Et qu’ont produit mes vers de si pernicieux.
Pour armer contre moi tant d’ Auteurs furieux? Loin de les décrier, je les ay fait paroistre;
Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connoistre, Leur talent dans l’oubli demeureroit caché.
Et qui sçauroit sans moy que Cotin a prêché?
La Satire ne sert qu’à rendre un Fat illustre :
Di««
C’est une ombre au tableau, qui luy donne du lustre.
En les blâmant, enfin, j'qy dit ce que j’en crqy,
Et Tel qui m’en reprend en pense autant que moy.
Il a tort, dira l’un. Pourquoy faut-il qu’il nomme? Attaquer Chapelain ! ah 1 c’est un si bon Homme ! Balzac en fait l’éloge en cent endroit divers.
Il est vrai, s’il m’eût crû, qu’il n’eût point fait de vers. Il se tué à rimer. Que n’écrit-il en prose?
Voilà ce que l’on dit. Et que dis-je autre chose ?
En blâmant ses écrits, ai-je d’un stile affreux Distilé sur sa vie un venin dangereux?
Ma Muse en l’attaquant, charitable et discrète,
Sçait de l’Homme d’honneur distinguer le Poëte.
Qu’on vante en luy la foy, l’honneur, la probité.
Qu’on prise sa candeur et sa civilité;
Qu’il soit doux, complaisant, officieux, sincere.
On le veut, j’y souscris, et suis prest de me taire.
Mais que pour un modèle on montre ses écrits.
Qu’il soit le mieux renté de tous les beaux Esprits ; Comme Roy des Auteurs, qu’on l’éleve à l’Empire,
Ma bile alors s’échauffe, et je brûle d’écrire ;
Et s’il ne m’est permis de le dire au papier.
J’irai creuser la terre et, comme ce Barbier,
Faire dire aux roseaux par un nouvel orgâne :
Midas, le Roy Midas a des oreilles d’asne.
Quel tort luy fais-je enfin? Ai-je par un écrit Pétrifié sa veine et glacé son esprit ?
Quand un Livre au Palais se vend et se débité,
Que chacun par ses yeux juge de son mérité,
Que Bilaine Vétale au deuxième Pilier,
Le dégoût d’un Censeur peut-il le décrier ?
Envain contre le Cid un Ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimene a les yeux de Rodrigue. L'Academie en corps a beau le censurer,
Le Public révolté s’obstine à l’admirer.
Mais lors que Chapelain met une œuvre en lumière, Chaque Lecteur d’abord lui devient un Liniere'. Envain il a receu l'encens de mille Auteurs,
Son Livre en paraissant dément tous ses Flatteurs. Ainsi, sans m’accuser, quand tout Paris le Joue,
Qu’il s’en prenne à ses vers, que Phébus désavoué'; Qu’il s’en prenne à sa Muse Allemande en François. Mais laissons Chapelain pour la demiere fois.
La Satire, dit-on, est un métier funeste.
Qui plaist à quelques gens, et choque tout le reste.
La suite en est à craindre : en ce hardi métier La peur plus d’une fois fit repentir Regnier.
Quitteq ces vains plaisirs, dont ï appas vous abuse;
A de plus doux emplois occupe^ vôtre Muse,
Et laisseq à Feuillet* reformer l'Univers.
Et sur quoi donc faut-il que s’exercent mes vers? Irai-je dans une Ode, en phrases de Malherbe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe,