‹ Les satires du sieur Nicolas Boileau Déspreaux introduction et notesChapitre 23 sur 31 · SUR L’ÉQUIVOQUE · texte numérisé non relu

SUR L’ÉQUIVOQUE

Du langage François bigarre Hermaphrodite,

De quel genre te faire, Équivoque maudite ,

Ou maudit? Car sans peine au Rimeur hasardeux L’usage encor, je croi, laisse le choix des deux.

Tu ne me répons rien. Sors d'ici, Fourbe insigne. Mâle aussi dangereux que femelle maligne Qui crois rendre innocens les discours imposteurs ; Tourment des Écrivains, juste effroi des Lecteurs, Par qui, de mots confus sans cesse embarassée.

Ma plume en écrivant cherche en vain ma pensée. Laisse-moi, va charmer de tes vains agrémens Les yeux faux et gâte^ de tes louches amans.

Et ne viens point ici de ton ombre grossière Enveloper mon stile, ami de la lumière.

Tu sais bien que jamais che^ toi, dans mes discours,

Je n'ai d'un faux brillant emprunté le secours.

Fui donc. Mais non, demeure : un Démon qui m’inspire Veut qu’encore une utile et dernière Satire,

De ce pas en mon livre exprimant tes noirceurs.

Se vienne, en nombre pair, joindre à ses On^e Sœurs,

Et je sens que ta vûë échauffe mon audace.

Viens, aproche. Volons, malgré l’àge et sa glace.

Si ma Muse aujourd’hui, sortant de sa langueur.

Pourra trouver encore un reste de vigueur.

Mais où tend, dira-t-on, ce projet fantastique ?

Ne vaudroit-il pas mieux dans mes vers, moins caustique, Répandre de tes jeux le sel réjouissant.

Que d’aller contre toi sur ce ton menaçant Pousser jusqu’ à l’excès ma critique boutade?

Je ferois mieux, jentens, d’imiter Benserade.

Cest par lui qu’autrefois, mise en ton plus beau jour.

Tu sus, trompant les yeux du feuple et de la Cour,

Leur faire, à la faveur de tes bluettes folles.

Goûter comme bons mots tes quolibet s frivoles.

Mais ce nest plus le tems. Le Public, détrompé ,

D’un pareil enjoûment ne se sent plus frappé.

Tes bons mots, autrefois délices des ruèiles.

Approuve^ che^ les Grans, applaudis cheç les Belles,

Hors de mode aujourd’hui cheç nos plus froids badins, Sont des collets-monteç et des vertugadins.

Le Lecteur ne sait plus admirer dans Voiture De ton froid jeu de mots l'insipide figure.

C'est à regret qu’on voit cet Auteur si charmant,

Et pour mille beaux traits vantej si justement,

Che:( toi toujours cherchant quelque finesse aiguë, Présenter au Lecteur sa pensée ambiguë,

Et souvent du faux sens d'un proverbe afecté Faire de son discours la piquante beauté.

Mais laissons-là le tort qu’à ces brillans Ouvrages Fit le plat agrément de tes vains badinages.

Parlons des mots sans fin que ton sens de travers. Source de toute erreur, sema dans l’ Univers;

Et pour les contempler jusques dans leur naissance , Dès le tems nouveau-né, quand la Toute-Puissance D'un mot forma le ciel, l’air, la terre et les flots. N’est-ce pas toi, votant le monde à peine éclos.

Qui, par Féclat trompeur d’une funeste pomme Et tes mots ambigus fis croire au premier homme Qu'il allait, en goûtant de ce morceau fatal.

Comblé de tout savoir, à Dieu se rendre égal?

Il en fit sur le champ la folle expérience.

Mais tout ce qu'il aquit de nouvelle sience Fut que, triste et honteux de voir sa nudité.

Il sut qu'il n'étoit plus, grâce à sa vanité,

Qu’un chétif animal pétri d’un peu de terre,

A qui la faim, la soif, par-tout faisaient la guerre, Et qui, courant toûjours de malheur en malheur,

A la mort arrivait enfin par la douleur.

Oui, de tes noirs complots et de ta triste rage Le genre humain perdu fut le premier ouvrage;

Et bien que l’homme alors parût si rabaissé,

Par toi contre le Ciel un orgueil insensé Armant de ses neveux la gigantesque engeance.

Dieu résolut enfin, terrible en sa vengeance.

D'abîmer sous les eaux tous ces audacieux.

Mais avant qu’il lâchât les écluses des deux.

Par un fils de Noé fatalement sauvée,

Tu fus comme serpent dans l’Arche conservée.

Et d! abord, poursuivant tes projets suspendus,

Che\ les Mortels restans, encor tout éperdus.

De nouveau tu semas tes captieu.v mensonges,

Et remplis leurs esprits de fables et de songes.

Tes voiles offusquant leurs yeux de toutes parts,

Dieu disparut lui-même à leurs troubles regards.

Alors tout ne fut plus que stupide ignorance,

Qu impiété sans borne en son extravagance.

Puis, de cent dogmes faux la Superstition Répandant l'idolâtre et folle illusion.

Sur la terre en tout lieu disposée à les suivre.

L’art se tailla des Dieux d’or, d’argent et de cuivre;

Et V Artisan lui-même, humblement prosterné Aux pieds du vain métal par sa main façonné.

Lui demanda les biens, la santé, la sagesse.

Le monde fut rempli de Dieux de toute espèce :

On vit le peuple fou qui du Nil boit les eaux Adorer les serpens, les poissons, les oiseaux,

Aux chiens, aux chats, aux boucs, offrir des sacrifices, Conjurer l’ail, l’oignon, d’être à ses vœux propices,

SATIKE XII.

Et croire follement maîtres de ses destins Ces Dieux nej du fumier porté dans ses jardins. Bien-tôt se signalant par mille faux miracles.

Ce fut toi qui par-tout fit parler les Oracles.

C’est par ton double sens, dans leurs discours jette. Qu’ils surent en mentant dire la vérité i Et, sans crainte rendant leurs réponses Normandes, Des peuples et des Rois engloutir les offrandes.

Ainsi, loin du vrai jour par toi toujours conduit. L’homme ne sortit plus de son épaisse nuit.

Pour mieux tromper ses yeux, ton adroit artifice Fit à chaque vertu prendre le nom d’un vice;

Et, par toi de splendeur faussement revêtu.

Chaque vice emprunta le nom d’une vertu.

Par toi l’humilité devint une bassesse,

La candeur se nomma grossièreté, rudesse.

Au contraire, l’aveugle et folle ambition S’appela des grans cœurs la belle passion ;

Du nom de fierté noble on orna l’impudence.

Et la fourbe passa pour exquise prudence :

L’audace brilla seule aux yeux de l'Univers,

Et pour vraiment héros, che^ les hommes pervers, On ne reconnut plus qu usurpateurs iniques.

Que tyranniques Rois censeq grans Politiques, Qu'infâmes scélérats à la gloire aspirans.

Et voleurs revêtus du nom de Conquérons.

Mais à quoi s’attacha ta savante malice?

Ce fut sur-tout à faire ignorer la justice.

SATIRE Xll.

Dans les plus claires loix ton ambiguité Répandant son adroite et fine obscurité,

Aux yeux embarrasse^ des Juges les plus sages Tout sens devint douteux, tout mot eut deux visages; Plus on crut pénétrer, moins on fut éclairci.

Le texte fut souvent par la gloire obscurci :

Et, pour comble de maux, à tes raisons frivoles L’ Éloquence prêtant l'ornement des paroles,

Tous les jours accablé sous leur commun effort.

Le vrai passa pour faux et le bon droit eut tort. Voilà comment, déchu de sa grandeur première. Concluons, l'homme enfin perdit toute lumière Et par tes yeux trompeurs se figurant tout voir.

Ne vit, ne sut plus rien, ne put plus rien savoir.

De la Raison pourtant, par le vrai Dieu guidée,

II resta quelque trace encor dans la Judée.

Cheq les hommes ailleurs sous ton joug gémissans, Vainement on chercha la vertu, le droit sens :

Car, qu'est-ce loin de Dieu que l'humaine sagesse? Et Socrate, l'honneur de la profane Grèce, Qu'étoit-il en effet, de près examiné.

Qu'un mortel par lui-même au seul mal entraîné. Et, malgré la vertu dont il faisoit parade.

Très-équivoque ami du jeune Alcibiade?

Oui, j'ose hardiment l’affirmer contre toi.

Dans le monde idolâtre asservi sous ta loi.

Par Vhumaine raison de clarté dépourvûé',

L'humble et vraie équité fut à peine entrevue;

s A T IKK XII,

Et par un sage allier, au seul faste attaché,

Le bien, même accompli, souvent fut un péché.

Pour tirer l'homme enfin de ce désordre extrême. Il falut qu' ici-bas Dieu, fait homme lui-même.

Vint du sein lumineux de l’éternel séjour De tes dogmes trompeurs dissiper le faux jour.

A l’aspect de ce Dieu les démons disparurent ; Dans Delphe, dans Delos, tes oracles se tûreni; Tout marqua, tout sentit sa venuè' en ces lieux ; L’estropié marcha, l’aveugle ouvrit les yeux.

Mais bien-tôt contre lui ton audace rebelle,

Che^ la Nation même à son culte fidèle De tous côte^ arma tes nombreux sectateurs.

Prêtres, Pharisiens, Rois, Pontifes, Docteurs. C’est par eux que l’on vit la Vérité suprême De mensonge et d’erreur accusée elle-même.

Au tribunal humain le Dieu du Ciel traîné.

Et l’Auteur de la vie à mourir condamné.

Ta fureur toutefois à ce coup fut deçûè'.

Et pour toi ton audace eut une triste issuè’.

Dans la nuit du tombeau ce Dieu précipité Se releva soudain tout brillant de clarté.

Et par tout sa doctrine en peu de tems portée Fut du Gange et du Nil et du Tage écoutée ;

Des superbes Autels à leur gloire dresse^

Tes ridicules Dieux tombèrent renverse^.

On vit en mille endroits leurs honteuses statué's Pour le plus bas usage utilement fonduè's.

Et gémir vainement Mars, Jupiter, Venus,

Urnes, vases, trépiés, vils meubles devenus.

Sans succomber pourtant tu soutins cet orage ,

Et, sur ridolatrie enfin perdant courage.

Pour embarasser l'homme en des nœuds plus subtils. Tu courus chej Satan brouiller de nouveaux fils .

Alors, pour seconder ta triste frénésie.

Arriva de ïenfer ta fille l’Hérésie.

Ce monstre, dès l’enfance à ton école instruit,

De tes leçons bien-tôt te fit goûter le fruit.

Par lui r erreur, toujours finement apprêtée.

Sortant pleine d'attraits de sa bouche empestée.

De son mortel poison tout courut s’abreuver.

Et l’Église elle-même eut peine à s’en sauver.

Elle même deux fois presque toute Arienne,

Sentit cheq soi trembler la vérité Chrétienne.

Lors qu’attaquant le Verbe et sa Divinité,

Dune sillabe impie un saint mot augmenté Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières. Et fit de sang Chrétien couler tant de rivières.

Le fidèle, au milieu de ces troubles confus Quelque tems égaré, ne se reconnut plus ;

Et dans plus d’un aveugle et ténébreux Concile Le mensonge parut vainqueur de V Évangile.

Mais à quoi bon ici du profond des enfers.

Nouvel Historien de tant de maux soufferts, Rappeller Arius, Valentin et Pélage,

Et tous ces fiers Démons que toujours d’âge en âge

Dieu, pour faire éclaircir à fond ses vérité^,

A permis qu’aux Chrétiens l'enfer ait suscitej ? Laissons heurler là-bas tous ces damne^ antiques, Et bornons nos regards aux troubles fanatiques Que ton horrible fille ici sut émouvoir,

Quand ** et ** remplis de ton savoir,

Et soi disant choisis pour réformer l’Église, Vinrent du célibat affranchir la Prêtrise,

Et, des vœux les plus saints blâmant l’austérité. Aux Moines las du joug rendre la liberté.

Alors, n’admettant plus d’autôrité visible.

Chacun fut de la foi censé Juge infaillible,

Et, sans être aprouvé par le Clergé Romain,

Tout *** fut Pape une Bible à la main.

De cette erreur dans peu nâquirent plus de Sectes Qu’en Automne on ne voit de bourdonnans insectes Fondre sur les raisins nouvellement meuris.

Ou qu’en toutes saisons sur les murs à Paris,

On ne voit affiche:^ de recueils d’amourettes.

De vers, de contes-bleus, de frivoles sornettes, Souvent peu recherche^ du Public nonchalant.

Mais vantej à coup sur du Mercure Galant.

Ce ne fut plus par-tout que fous Anabaptistes, Qu'orgueilleux Puritains, qu’éxécrables Déistes; Le plus vil artisan eut ses dogmes à soi.

Et chaque Chrétien fut de differente loi.

La Discorde, au milieu de ces sectes altières.

En tous lieux cependant déplo'ia ses bannières.

Et ta fille, au secours des vains raisonnemens Appelant le ravage et les embrasemens.

Fit, en plus d’un pais, aux Villes désolées.

Sous l'herbe en vain chercher leurs Églises brûlées. L'Europe fut un champ de massacre et d'horreur. Et l’Orthodoxe même, aveugle en sa fureur,

De tes dogmes trompeurs nourrissant son idée, Oublia la douceur aux Chrétiens commandée.

Et crut, pour vanger Dieu de ses fiers ennemis, Tout ce que Dieu défend légitime et permis.

Au signal tout à coup donné pour le carnage.

Dans les Villes, par-tout, théâtres de leur rage. Cent mille faux qélej, le fer en main courans, Allèrent attaquer leurs amis, leurs parens.

Et, sans distinction, dans tout sein hérétique. Pleins de joie, enfoncer un poignard catholique. Car quel Lion, quel Tigre, égale en cruauté Une injuste fureur qu’arme la Pieté?

Ces fureurs, Jusqu’ici du vain peuple admirées. Étaient pourtant toûjours de l’Église abhorrées ; Et dans ton grand crédit pour te bien conserver,

Il fallait que le ciel parût les aprouver.

Ce chef-d'œuvre devait couronner ton adresse. Pour y parvenir donc, ton active souplesse,

Dans l’Ecole abusant tes grossiers Ecrivains,

Fit croire à leurs esprits ridiculement vains Qu’un sentiment impie, injuste, abominable,

Par deux ou trois d’entr’eux réputé soûtenable.

Prenait che^ eux un sceau de probabilité Qui même contre Dieu lui donnait sûreté;

Et qu’un Chrétien pouvait, rempli de confiance, Même en le condamnant, le suivre en consience.

C’est sur ce beau principe, admis si follement, Qu aussi-tôt tu posas l’énorme fondement De la plus dangereuse et terrible Morale Que Lucifer, assis dans la Chaire infernale, Vomissant contre Dieu ses monstrueux sermons. Ail jamais enseigné aux Novices Démons.

Soudain, au grand honneur de l’Eglise paienne, On entendit prêcher dans l’Ecole Chrétienne,

Que sous le joug du vice un pécheur abbatu Pouvait, sans aimer Dieu ni même la vertu,

Par la seule fra'ieur au Sacrement unie.

Admis au ciel, jouir de la gloire infinie.

Et que les clefs en main, sur ce seul passeport. Saint Pierre à tous venans devait ouvrir d'abord.

Ainsi, pour éviter l’éternelle misère.

Le vrai qèle au Chrétien n’étant plus nécessaire. Tu sus, dirigeant bien en eux l’intention.

De tout crime laver la coupable action.

Bientôt, se parjurer cessa d’être un parjure; L’argent à tout denier se prêta sans usure;

Sans simonie on pût contre un bien temporel Hardiment échanger un bien spirituel;

Du soin d’aider le pauvre on dispensa l’avare.

Et même che^ les Rois le superflu fut rare.

C’est alors qu’on trouva, pour sortir d’embarras ,

L’art de mentir tout haut en disant vrai tout bas.

C’est alors qu’on apprit qu’avec un peu d’adresse,

Sans crime un Prêtre peut vendre trois fois sa Messe , Pourvû que, laissant là son salut à l'écart,

Lui-même en la disant n’y prenne aucune part.

C’est alors que l’on sut qu'on peut pour une pomme,

Sans blesser la justice, assassiner un homme.

Assassiner! Ah non, je parle improprement:

Mais que, prêt à la perdre, on peut innocemment. Sur-tout ne la pouvant sauver d’une autre sorte, Massacrer le voleur qui fuit et qui l’emporte.

Enfin ce fut alors que, sans se corriger.

Tout pécheur... Mais où vais-je aujourd’hui m’engager? Veux-je d’un Pape illustre armé contre tes crimes A tes yeux mettre ici toute la Bulle en rimes ;

Exprimer tes détours burlesquement pieux,

Pour disculper l'impur, le gourmand, l’envieux ;

Tes subtils fauxfuians pour sauver la mollesse.

Le larcin, le duel, le luxe, la paresse:

En un mot, faire voir à fond developej Tous ces dogmes affreux d'anathème frappeq.

Que, sans peur débitant tes distinctions folles,

L erreur encor pourtant maintient dans tes Ecoles?

Mais sur ce seul projet soudain puis-je ignorer A quels nombreux combats il faut me préparer ? y entens déjà d’ici tes Docteurs frénétiques Hautement me compter au rang des hérétiques;

M'appeler scélérat, traître, fourbe, imposteur,

Froid plaisant, faux boufon, vrai calomniateur ,

De Pascal, de Wendrock, copiste misérable.

Et, pour tout dire enfin, Janséniste éxécrable.

J'aurai beau condamner, en tous sens explique^.

Les cinq dogmes fameux par ta main fabrique^ , Blâmer de tes Docteurs la Morale risible.

C'est, selon eux, prêcher un Calvinisme horrible;

C’est nier qu'ici bas, par l'amour appelé.

Dieu pour tous les humains voulut être immolé.

Prévenons tout ce bruit : trop tard, dans le naufrage. Confus on se repent d'avoir bravé l'orage.

Alte-là donc, ma plume. Et toi, sors de ces lieux, Monstre à qui, par un trait des plus capricieux. Aujourd’hui terminant ma course satirique.

J’ai prêté dans mes vers une ame allégorique.

Fui, va chercher ailleurs tes patrons bien-aimej.

Dans ces pais par toi rendus si renomme^,

Où l’Orne épand ses eaux, et que la Sarthe arrose :

Ou, si plus sûrement tu veux gagner ta cause.

Porte-la dans ****, à ce beau tribunal Où de nouveaux Midas un Sénat monacal.

Tous les mois, apüié de ta sœur flgnorance ,

Pour juger Apollon, tient, dit-on, sa séance

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

L’édition de 1713, attribuée k Boiieau, renferme un grand nombre de notes. Bien que nous ne reconnaissions pas, comme on a pu le voir dans notre introduction, la participation entière du satirique à cette édition, nous reproduisons ces notes toutes les fois que cela nous a paru nécessaire.

Celles qui accompagnent en marge le texte de 1701 étant de Boileau luimème, sans aucun doute possible, ont été réimprimées dans le cours de notre édition.

Pour distinguer nos remarques d’avec celles de l’édition de 1713, nous ferons enivre ces dernières du signe (B.).

Page i3. — Q}tand je donnai pour la première fois mes satires au public.

Voici la description bibliographique du volume dans lequel parurent réunies pour la première fois les sept premières satires de Boileau :

Satires du sieur D***. Paris, Billaine, 1666 (des exemplaires portent le nom de Barbin, d’autres celui de Léonard). C’est un petit in- 12 de 71 pages; en plus, six pages renfermant l’avis au lecteur et une l’extrait du Privilège délivré le 6 mars 1666. Le discours au roi se trouve placé entre la et la 6° satire (pages 49 à 57).

NOTES

Page 19. — Balandran.

Casaque de campagne (B.).

Page 21. — Soutiens tout par Toi-méme.

Toutes les fois que le pronom ou le verbe se rapportent au roi, ils sont respectueusement écrits avec une grande lettre, exactement comme dans un placet. Il faut voir là un usage reçu et non une plate flatterie.

Page 22. — Habillant une églogue.

Charpentier avait fait dans ce temps-là une églogue pour le roi , en vers magnifiques , intitulée Eglogue royale (B.). Charpentier était de l’Académie (1620-1702).

— — L'autre.

Il est ici question de Chapelain (i593'i694), la bête noire de Boileau. Méchant poète, mauvais rimeur, il mit trente ans à faire son poème de la Pucelle, que dans ses satires Boileau ne manque pas une seule fois de ridiculiser avec raison. Boileau fit heureusement perdre à Chapelain, grâce à ses satires, une espèce d’auréole de gloire fort usurpée, dont le mauvais goût du public s’était plu à l’entourer.

Page 23. — Parmi les Pelletiers.

Poète du dernier ordre qui faisait tous les jours un sonnet.

Page 24. — Ton bras, des peuples redouté.

Va, la foudre à la main, rétablir l’équité.

Figure difficile à concevoir. Brossette (éd. 1716) met en note ceci : Le bras est employé ici pour la personne, c’est.à-dire la partie pour le tout. Il faut, disait Boileau, être poète pour sentir la beauté de ce vers et justifier cette faute qui n’en est pas une... Racine a dit aussi :

Et mes derniers regards ont vn fuir les Romains.

(Mithrioate, dernière scène.)

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Page a5. — Craint Tartufe et Molière.

Molière, environ vers ce temps-U(i664), fit jouer son Tartufe (B.).

Page 26. — Nous faire de la mer une campagne libre.

Allusion à la victoire que le duc de Beaufort remporta en i665 sur les pirates d’Alger et Tunis.

— — Rendre à l'aigle éperdu.

Six mille Français étaient venus au secours de l’empereur Léopold I*', et le i’' août ils défirent, avec les Autrichiens, les Turcs i Saint-Gothard (Basse-Hongrie).

Page 27. — Damon...

J’ai eu en vue Cassandre, celui qui a traduit la Rhétorique d’Aristote (B.).

Cette traduction, l’un des meilleurs ouvrages de Cassandre, était fort prisée par Boileau. Voici ce qu’il en dit à la fin de sa préface sur le Traité du sublime de Longin (édition de i6y5) : « Je puis respondre au lecteur que jamais il n’y a eu de traduction ni plus claire, ni plus exacte, ni plus fidelle. C’est un ouvrage d’extrême utilité, et pour moi j’avoue franchement que sa lecture m’a plus profité que tout ce que j’ay jamais lu en ma vie. »

— — Bureau.

Bureau, étoffe grossière; ce mot est d’ailleurs un ancien synonyme de celui de bure.

Page 28. — Ou que d’un bonnet vert

Du temps que cette satire fut fiiite, un débiteur insolvable pouvait sortir de prison en faisant cession, c’est-àdire souffrant qu’on lui mît, en pleine rue, un bonnet vert sur la tête (B.).

Page 29. — Rt Rolet un fripon.

Rolet est un hûtelier du Blaisois, écrivit d’abord en note Boileau dans ses éditions de 1667 et 1668 : « Or, dit M. Ed. Fournier (PEsprit des autres), il arriva que dans les environs de Blois se trouvait réellement un au-

NOTES

bergistc du nom de Rolet, ù qui l'un répéta l’hémistiche, et qui, furieux, adressa par la poste au poète, tout ébaubi et tremblant, cent coups de bâton, en attendant qu’il pût aller les lui administrer lui-méme. »

Dans l’édition de ijiS, on lit ceci : « Procureur fort décrié, qui a été dans la suite (1681) condamné à faire amende honorable et banni à perpétuité (B.). » M. Viollet-lc-Duc, dans l’édition de Boileau donnée chez Desoér en 182], parle, sans preuve aucune à l’appui, d’une simple condamnation à neuf ans de bannissement ; plus loin, il ajoute que, déchargé de cette condamnation, Rolet obtint une place de garde au château de Vincennes, où il mourut. Cette dernière assertion n’est pas plus fondée que la première.

Page 2<). — Sçail faire un duc et pair.

L’abbé de la Rivière, dans ce temps-là (t665), fut fait évêque de Langres. 11 avait été régent dans un collège (celui du Plessis) (B.).

Page 3o. — Tandis que Colletet.

Colleter, fameux poète, fort gueux, dont on a plusieurs ouvrages (B.).

— — Dont Montmaur autrefois...

Célèbre parasite dont Ménage a écrit la vie (B.).

Bizarre existence que celle de ce Pierre de Montmaur. D’abord charlatan à Avignon, il vint à Paris, où il fut tour à tour avocat, poète et professeur en langue grecque au Collège royal. Il mourut en 164S, après avoir été l’objet de la plus virulente critique de la part de tous ses contemporains.

— — réparant du sort l’aveuglement fatal.

Le roi, en ce temps-là, donna plusieurs pensions aux gens de lettres (B.). Au sujet de ces pensions, notons un curieux détail : Colbert, succédant en 1661 à Fouquet disgracié, voulut, pour la gloire du roi, accorder aux

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ET ÉCLAIRCISSEMENTS

lettres et aux sciences une généreuse et utile protection.

11 chargea Chapelain et Costar de dresser une liste des littérateurs et savants les plus connus. Ce fut en 1662 que Chapelain présenta à Colbert son travail. Dans la liste faite par lui il ne se refuse aucun éloge et parle ainsi de Boileau ;

« Il a de l’esprit et du style, et sçait les deux langues anciennes aussi bien que la sienne. Il pourroit faire quelque chose de fort bon, si la jeunesse et le feu trop enjoué n’empéchoient point qu’il s’y assujetît. »

Ce ton de protection insolente nous a paru digne d’étre cité ici. En i663. Chapelain reçut une pension de 3,000 livres. Dans la liste des pensions de cette année, il est dit de ce même Chapelain : «< qu’il est le premier poète françois qui ait jamais été, et du plus solide jugement. »

Boileau a fait heureusement justice de ces louanges mal placées du sieur Costar. Ce n’est qu’en 1674 que Boileau reçut une pension de 2,000 livres.

Page 3o. — Saint- Amand...

On a plusieurs ouvrages de lui où il y a beaucoup de génie; il ne savait pas le latin et était fort pauvre (B.).

Saint- Amand (1594-1661), bien que de l’Académie, ne fut jamais qu’un détestable poète, et ce mot de génie que lui applique ici Boileau ne signiâait alors qu’aptitude à telle ou telle chose.

Page 3 1 . — Il parut à la cour.

Sairit-Amand porta effectivement à la cour un poème (qu’on na pas retrouvé) intitulé le Poème de la Lune. Il y louait le roi de savoir bien nager. Louis XIV en rit trèsfort, et cette disgrâce fut peut-être la cause de la mort de ce pauvre Saint-Amand. Boileau paraît l’affirmer.

— — L’Angely.

Célèbre fou que M. le Prince avait amené avec lui des Pays-Bas et qu’il donna au roi (B.).

NOTES

Page 3 i. — Bariole.

Jurisconsulte fameux, né en Italie en i 3 oo ou i 3 i 3 , mort à Pérouse en i 356 .

— — Louet, Brodeau.

Deux avocats célèbres au XVll* siècle. Le dernier a fait beaucoup d’additions à un recueil d’arrêts avec remarques publié par Louet en 1602.

— — Paint.

Patru, avocat et littérateur distingué, entra à l’Académie en 1640. Il ne fut jamais riche, et sa probité était proverbiale. Huot et Le Mazier, ses deux confrères, étaient moins scrupuleux que lui sur le choix des causes à plaider, ce qui leur procura une rapide fortune.

— — Pé-Fournier.

Célèbre procureur. Il s’appelait Pierre Fournier, mais les gens du palais, pour abréger, l’appelaient Pé-Fournier (B.).

Page 35 . —

Cette satire, selon Brossette, fut composée en 1664. La même année, ajoute l’auteur, étant chez M. Du Broussin avec M. le duc de Vitri et Molière, ce dernier y devait lire une traduction de Lucrèce en vers français, qu’il avait faite dans sa jeunesse. En attendant 1 e dîner, on pria M. Despréaux de réciter la satire adressée à Molière ; mais après le récit Molière ne voulut plus lire sa traduction, craignant qu’elle ne fût pas assez belle pour soutenir les louanges qu’il venait de recevoir. Il se contenta de lire le premier acte du Misanihrope, auquel il travaillait en ce temps-là, disant qu’on ne devait pas s’attendre à des vers aussi parfiiits et aussi achevés que ceux de M. Despréaux, parce qu’il lui faudrait un temps infini s’il voulait travailler ses ouvrages comme lui.

Page 36 . — L'abbé de Pure.

Né à Lyon, mort à Paris en 1680, l’abbé de Pure est

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

auteur d’une traduction de Quintilien. 11 prit parti contre Molière dans son roman des Précieuses, et la chose ne lui réussit guère. Ménage eut pius d’esprit à partir du jour de la première représentation de la comédie de Molière : 11 brûla tout ce qu’il avait adoré, et laissa là désormais les niaiseries et les sornettes de l’hdtel de Rambouillet, que l’abbé de Pure s’obstina à défendre.

Page 36. — Qjtinaut.

Né à Paris le 3 juin i635, et non à Felletin (Creuse), où l’on a eu le tort de lui élever une statue, Quinaut mourut le 6 novembre 1688. 11 débuta au théâtre par de très-mauvaises tragédies ou comédies. Plus tard, il s’éleva au-dessus du médiocre, grâce à la Mère coquette et à d’autres opéras qui font aujourd’hui sa gloire. 11 fut reçu à l’Académie en 1670, malgré Boileau. Cette inimitié cessa cependant, car, en 1687, voici ce qu’écrivait à Racine notre satirique : « Vous pouvez assurer M. Quinaut que je le compte présentement au rang de mes meilleurs amis O

Page 38. — Scudéri.

Scudéri, né au Havre en 1601, mourut à Paris le 14 mai 1667. Fameux auteur de beaucoup de romans, comme dit Boileau, tous ses ouvrages sont aujourd’hui tombés dans un bien juste oubli, et pourtant il étût de l’Académie !

— — n plaît à tout le monde et ne sauroit se plaire.

En cet endroit (raconte Brossette), Molière dit à notre auteur en lui serrant la main : « Voilà la plus belle vérité que vous ayez jamais dite. Je ne suis pas du nombre de ces esprits sublimes dont vous parlez, mais tel que je suis, je n’ai rien fait en ma vie dont je ne sois véritablement content. »

NOTES

Page 41. — Satire III.

Cette satire fut composée en 166 5,

M. du Broussin est, selon Brossette, l’empoisonneur que Boileau a voulu dépeindre. 11 se reconnut fort bien dans cette satire, mais il n’en sut nullement mauvais gré à l’auteur. La lettre A et plus loin la lettre P se rapportent, la première à l’éditeur, la seconde au poète.

— — Plus pasle qu'un rentier.

Le roi rendit, en 1664, un arrêt qui supprimait un quartier des rentes constituées sur l’hStel de ville.

Page 4». — Boucingo.

Illustre marchand de vins (B.), qui, selon Chapelle :

Posséda dès son ige tendre La fameuse sauce à Robert.

Avant même qu'il p&t apprendre Ni son 4>v, ni son Pater.

— — Villandry.

Homme de qualité qui allait souvent dîner chez le commandeur de Souvré (B.).

Page 43. — Cyrus.

C’est un roman de dix tomes de M"* Scudéri (B.).

— — Cassaigne.

Jacques de Cassaigne ou Cassagne (né à Nîmes en i636, mort en 1679) était prieur de Saint-Étienne. Il remplaça Saint-Amand à l’Académie française en 1661. Ses oeuvres (sermons, traductions, poésies) sont fort médiocres.

— — Cotin.

Membre de l’Académie, ce Cotin fut un mauvais prédicateur et un pédant grotesque. Sa rage lui inspira contre Boileau de fort plates satires. Il mourut en janvier 1682. (Voir la satire VllI.)

ET ECLAIRCISSEMENTS. 169

Page 43. — Mignot.

Fameux pâtissier de la rue de la Harpe. Traité d’empoisonneur par Boileau, il porta plainte. Débouté par le lieutenant criminel, il s’imagina d’envelopper ses biscuits avec la satire que Cotin venait de faire paraître contre Boileau. Il dut à cet accès de colère heureux une grande partie de sa vogue et de sa fortune.

Page 44. — Auvernat, Lignage.

Deux femeux vins du terroir d’Orléans (B.).

— — Crenet.

Fameux marchand de vins, logé à la Pomme-de-Pin (B.). Ce cabaret était situé en la Cité, contre le pont de Notre-Dame. Le sieur Crenet fit une grande fortune avec son établissement, où vinrent depuis 'Villon les plus fameux poètes.

Page 47. — Un recteur.

Le recteur, quand il va en procession, est toujours accompagné de deux massiers (B.).

Les massiers étaient alors ce que nous nommons aujourd’hui les appariteurs.

— — A vaincu la Hollande ou battu l'Angleterre.

L’Angleterre et la Hollande étaient alors en guerre

— — Théophile.

Ce Théophile (iSgo-iôaô), dont notre hôte hit ici l’éloge, commit entre autres vers déplorables les deux suivants, cités par Boileau dans la préface de 1701 ;

Le voici, ce poignard qui du sang de son maître

S'est souillé lâchement : il en rougit , le traître t

(PnuHE ET Thisbé, tragédie.)

— — /îonsard (i5ï5-i585).

NOTES

Page 48. — La Serre.

Écrivain célèbre par son galimatias (B.). Pourtant, dirons-nous après Boileau, certain ouvrage de La Serre (i 6 oo-i 665 ) sur PArt épistolaire atteignit la trentième édition et fut épuisé en moins de vingt années.

— — Le Pays.

Écrivain (1636-1690) estimé chez les provinciaux à cause d’un livre qu’il a fait, intitulé : Amitiés, Amours et Amourettes (B.).

— — L’Astrate.

La moins médiocre des tragédies de Quinaut, VAstrate, fut donnée en décembre 1664. L’Othon du grand Corneille, représenté à la même époque, ne fut pas aussi goûté. L’on peut, à ce sujet, consulter utilement Voltaire (Commentaires sur Corneille.)

Page 5 o. — Vins de Brie.

Boileau a dit des vins de Brie qu’ils étaient les plus méchants de France (Note inédite d’après Berriat-Saint- Prix). Une vieille chanson disait aussi :

Mais tout vin est de Brie Quant on le boit avec un fat.

Page 5 i. — Satire IV.

Brossette donne 1664 comme la date certaine de la composition de cette satire.

L’abbé le Vayer (1629-1664), à qui elle est dédiée, était le fils unique du célèbre La Mothe le Vayer, de l’Académie française, qui avait été historiographe de France, conseiller d’État et précepteur de Monsieur, frère de Louis XIV. L’abbé le Vayer a traduit et commenté Florus, sous le nom de Philippe de France (i 656 ).

Page 5 ». — La Neveu.

Infâme débordée connue de tout le monde (B.). Dans

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

une note inédite, il ajoute que c’était une courtisane fameuse du temps de Louis XIII, que Monsieur, duc d’Orléans, frère du roi, s’avisa de promener toute nue dans Paris.

Le Furetierana dit que ce fut sur un âne qu’eut lieu cette curieuse promenade.

Page 54. — Frédoc.

Brossette qualifie du nom pompeux d’ Académie le tripot que tenait ce Frédoc, homme très-taré, sur la place du Palais- Royal.

— — Chapelain,

Cet auteur, avant que sa Pucelle fût imprimée, passait pour le premier poète du siècle. L’impression gâta tout (B.).

— — Cfiep Ménage.

On tenait toutes les semaines chez Ménage une assemblée où allaient beaucoup de petits esprits (B.). Ce terme méprisant de Grimauds ne plut guère à Ménage, et dans son Dictionnaire étymologique il s’en plaignit fort.

Page 55 . — Joly.

Illustre prédicateur (1610-1678), alors curé de Saint- Nicolas-des-Champs à Paris, et depuis évêque d’Agen (B.).

Page 57. — Satire V.

Cette satire a été faite en i 665 , dit Brossette. Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau (1638-1720), à qui elle est dédiée, était fort estimé par Louis XIV. Le 1 1 janvier 1668, il remplaça Scudéri à l’Académie française. Il obtint de Louis XIV une faveur unique, et ce détail est peu conni). Par brevet daté de Saint-Germain-en-Laye le 23 septembre 1670, il lui fut permis « d’entrer librement et à toutes les heures qu’il voudra en tous les lieux de sa maison où Sa Majesté pourra estre pendant les plus secrètes alTaires etc. <>

NOTES

Les Mémoires de Dangeau, publiés naguère (Didot, 19 vol. in-8), forment, avec ceux de Saint*Simon, une mine inépuisable de documents sur le règne de Louis XIV.

Page 58 . — Alfane.

Cheval du roi Gradasse dans l’Arioste (B.).

— — Bayard.

Cheval des quatre fils Aymon (B.).

Page 61. — Segond.

Segond, c’est ainsi qu’écrit Boileau dans toutes ses éditions, à partir de celle de 1674. Auparavant c’était, tantôt Vulson, tantôt Melson; Segond se trouve pourtant dans l’édition d’Amsterdam de 1686. On a mis (dit Brossette) Segoing dans celle de 171 3 . On a mis ne veut pas dire que Boileau soit l’auteur de cette correction. Si Boileau a écrit Segond, c’est qu’il ne lui plaisait en aucune façon de désigner davantage, comme on veut bien le dire, l'avocat au parlement du nom de Segoing, qui a effectivement publié en 1667 un Mercure armorial. Notons en passant une remarque curieuse fournie par M, A. Jal, et qui explique peut-être la réserve de Boileau, bien que le fait soit postérieur. En 1697, lorsque le Roi eut ordonné une réforme sur la noblesse, en permettant à tout bourgeois de prendre, moyennant vingt livres seulement, des armes composées par d'Hozier, Nicolas Boileau se rendit auprès du commissaire de son quartier, se fit inscrire sur le registre du délégué du roi, où l’on lit : « Nicolas Boileau, sieur Des Préaux, l’un des quarante de l’Académie françoise, porte de gueules au chevron d’argent, accompagné de trois molettes d'éperon d’or, deux en chef et une en pointe. » Que deviennent devant cette description toutes les diatribes de la satire V ?

Page f)2. — Mandille.

Petite casaque qu’en ce temps-là portaient les laquais (B.).

Digilizcd Coos^k

ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Page 63 . — Satire VI.

S’il faut en croire Brossette, cette satire fut composée dans le même temps que la première. Selon lui elle en faisait partie, et ce n’est que plus tard que Boileau en fit un morceau à part.

Très-décriée par quelques-uns, cette satire est pourtant un très-curieux et très-vivant tableau du Paris de cette époque.

— — L'abbé de Pure.

(Voir satire II.) Ennuyeux célèbre, fait-on dire à Boileau dans l’édition de iyi 3 .

Page 64. — S’ agaçons.

L’indécHnabilité du participe fut seulement adoptée en 1679 l’Académie, et l’usage fut long à s’en répandre. Boileau s’écarte ici, comme tant d’autres à son époque, de cette règle très-arrêtée aujourd’hui.

— — Une croix de funeste présage.

On faisait pendre alors du toit de toutes les maisons que l’on couvrait une croix de latte pour avertir les passans de s’éloigner. On n’y pend plus maintenant qu’une simple latte (B.).

Page 65 . — Guenaud.

C’était le plus célèbre médecin de Paris ; il fut celui de la reine. Selon Brossette, quand on parlait de Guenaud, on ajoutait : « et son cheval », tant ils se quittaient peu.

Page 66. — Le marché neuf.

Ce marché était situé entre le pont Saint-Michel et le Petit-Pont (B.).

— — S'emparent de la ville.

On volait beaucoup en ce temps-là dans les rues de Paris (B.).

De la Rcynie, nommé premier lieutenant général de la

NOTES

police en 1667, apporta d’utiles et salutaires réformes qui firent de Paris autre chose qu’un guêpier dangereux. Voir à ce sujet un excellent ouvrage de M. Pierre Clément, la Police sous Louis XIV. Voir aussi les Lettres de Gui Patin du 36 septembre 1664 et du 28 octobre i666.

Page 69. — Satire VII.

Composée vers la fin de l’année i 663 (Bross.).

Page 70. — La Pucelle.

D’après une note de l’édition de 1713, tous les vers de ce poème héroïque paraissaient à Boileau faits en dépit de Minerve.

Page 71. — Je n’ aboyé.

Pradon (1632-1698), dans ses Remarques critiques sur Boileau, lui décocha, en jubilant sans doute, ces deux vers :

A bon droit par ton air, ton style et ta grimace,

On te peut appeler le dogue du Parnasse.

Les essais dramatiques de ce Pradon sont d’une nullité pitoyable, et si l’une de ses tragédies, Phèdre, arriva à seize représentations, il ne le dut qu’à une injuste cabale formée contre Racine, dont sottement il se croyait l’égal. Cette cabale est l’une des plus fameuses du XVII' siècle. Le duc de Nevers, la duchesse de Bouillon et M""' Deshoulières en étaient les instigateurs. (Voir les Curiosités théâtrales de M. V. Fournel, page i 5 i.)

Il faut lire aussi, dans ce même volume, l’histoire grotesque de Pradon, sifflé, battu et mécontent, à la première représentation de sa tragédie de Statira (page iSy).

Page 72. — Personne ne connaît ni mon nom ni ma veine.

L’édition de 1701 porte seule le nom de Boileau, comme nous l’avons remarqué dans notre Introduction.

— — De Montreuil.

L’abbé Mathieu de Montreuil (1620-1692), membre de

ET ÉCLA IRCISSEHENTS. 175

l’Académie, avait la veine poétique féconde, et il accaparait tous les recueils du temps.

Page 73. — Satuie VIII.

1667 est la date de composition assignée à cette satire par Brossette. L’initiale M*** désigne, paraît-il encore selon lui, Claude Morel, doyen de la Faculté de théologie de Paris et ennemi déclaré des Jansénistes, contre lesquels il accumula ouvrages sur ouvrages.

Page 75. — Des saints qu'a celebreq Bussi.

Bussi (1618-1693), dans sa lettre du 8 août 1674 à la veuve de Scudéri, dit avec une certaine humeur contre Boileau, que ces saints sont les cocus de son Histoire amoureuse des Gaules. Cette publication occasionna du reste la disgrâce du comte de Rabutin.

Page 76. — Galet.

Il est fait mention dans Regnitr (satire XIV) de ce joueur fameux, qui perdit en un coup de dé l'hôtel de Sully qu’il avait fait bâtira Paris, rue Saint-Antoine. (Voir l’éd. de Regnier donnée par M. Louis Lacour.)

Page 77. — Senaut, la Chambre, Coéffeteau.

Ce sont là trois auteurs de divers traités sur l’usage, le caractère, les causes et les effets des passions.

Page 78. — Le congrès.

C’était, dit Brossette, une preuve honteuse qui se faisait en présence de chirurgiens et de matrones, par ordonnance des juges ecclésiastiques, quand une femme demandait la dissolution du mariage à cause de l’impuissance du mari. M. le président de Lamoignon abolit cette coutume infâme en 1677.

Cette abolition n’empécha pas toutefois dans la suite

NOTES

les procès en séparation pour cause d’impuissance d’avoir leur cours.

Une feuille supplémentaire des Mémoires di Jean Rou, avocat du parlement de Paris (1638-1711), donne le récit curieux d’une de ces épreuves juridiques du Congrès. Elle eut lieu chez le baigneur Turpin, entre le marquis de Langey et sa femme Selon Tallemant des Réaux, l’épreuve tourna au désavantage du marquis, qui, s’étant remarié plus tard, eut pourtant des enfants. (Voir, sur toute cette affaire, Tallemant des Réaux, tome Vil, p. 223 et suiv., Techener, éd. in-8.)

Page 80. — Le Guidon.

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