DISCOURS SUR LA SATIRE
de mon exil ; il y aura du plaisir à estre relégué en si bonne compagnie. Raillerie à part, ces Messieurs veulent-ils estre plus sages que Scipion et Lelius, plus délicats qu’ Auguste, plus cruels que Néron ? Mais eux qui sontsi rigoureux envers les Critiques, d’où vient cette clémence qu’ils affectent pour les méchans Auteurs? Je voi bien ce qui les afflige : ils ne veulent pas estre détrompez. 11 leur fâche d’avoir admiré serieusement des ouvrages que mes Satires exposent à la risée de tout le monde, et de se voir condamnez à oublier, dans leur vieillesse, ces mesmes vers qu’ils ont autrefois appris par cœur comme des chefs-d’œuvres de l'art. Je les plains sans doute; mais quel remede? Faudra-t-il, pour s’accommoder à leur goût particulier, renoncer au sens commun ? Faudra-t-il applaudir indifféremment à toutes les impertinences qu’un Ridicule aura répanduës sur le papier? et au lieu qu’en certains païs on condamnoit les méchans Poètes à effacer leurs écrits avec la langue, les livres deviendront-ils désormais un azyle inviolable, où toutes les sottises auront droit de bourgeoisie, où l’on n’osera toucher sans profanation? J’aurois bien d’autres choses à dire sur ce sujet; mais comme j’ai déjà traité de cette matière dans ma neuvième satire, il est bon d’y renvoyer le Lecteur.
DISCOURS