LE MARQVIS DE DANGEAU
La Noblesse, Dangeau, n'est pas une chimere.
Quand, sous l’étroite loi d’une vertu severe,
Un homme issu d’un sang fécond en Demi-Dieux Suit, comme toy, l'a trace où marchoient ses ayeux.
Mais je ne puis souffrir qu’un Fat, dont la mollesse N’a rien pour s’appuier qu’une vaine noblesse,
Se pare insolemment du mérité d’autruy.
Et me vante un honneur qui ne vient pas de Luy.
Je veux que la valeur de ses ayeux antiques Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques. Et que l’un des Capets, pour honorer leur nom,
Ait de trois fleurs de lys doté leur écusson.
Que sert ce vain amas d’une inutile gloire,
Si de tant de Héros célébrés dans V Histoire,
Il ne peut rien offrir aux yeux de F Univers Que de vieux parchemins qu’ont épargne^ les vers Si, tout sorti qu’il est d’une source divine,
Son cœur dément en luy sa superbe origine.
Et, n’ayant rien de grand qu’une sotte fierté, S’endort dans une lâche et molle oisiveté?
Cependant, à le voir avec tant d’arrogance Vanter le faux éclat de sa haute naissance,
On diroit que le Ciel est soûmis à sa loi.
Et que Dieu l’a paistri d’autre limon que moi.
Dites-nous, grand Héros, Esprit rare et sublime. Entre tant d' Animaux, qui sont ceux qu’on estime? On fait cas d'un Coursier qui, fier et plein de cœur. Fait paroître en courant sa bouillante vigueur ;
Qui jamais ne se lasse, et qui dans la carrière S’est couvert mille/ois d’une noble poussière :
Mais la postérité d’Alfane et de Bayard,
Quand ce n’est qu’une rosse, est vendue au haqard. Sans respect des ayeux dont elle est descenduë.
Et va porter la malle ou tirer la chafuë.
Pourquoy donc vouleq-vous que, par un sot abus. Chacun respecte en vous un honneur qui n'est plus? On ne m’éblouit point d'une apparence vaine ;
La vertu d’un cœur noble est la marque certaine.
Si vous estes sorti de ces Héros fameux, Montrej-nous cette ardeur qu’on vit briller en eux.
Ce ^ele pour l’honneur, cette horreur pour le vice. Respectez-vous les loix? Fuyez-vous l’injustice? Sçavez-vous pour la gloire oublier le repos,
Et dormir en plein champ le hamois sur le dos?
Je vous cannois pour Noble à ces illustres marques. Alors, soyez fameux Monarques,
Venez de mille ayeux, et, si ce n’est assez.
Feuilletez à loisir tous les siècles passez >'
Voyez Guerrier il vous plaist de descendre.
Choisissez de César, d’Achille, ou d’Alexandre. Envain un faux Censeur voudrait vous démentir,
Et si vous n'en sortez, vous en devez sortir.
Mais, fussiez-vous issu d’Hercule en droite ligne, Si vous ne faites voir qu’une bassesse indigne.
Ce long amas d'ayeux que vous diffamez Sont autant de témoins qui parlent contre vous;
Et tout ce grand éclat de leur gloire ternie Ne sert plus que de Jour à vostre ignominie.
Envain, tout fier d’un sang que vous des-honnorez, Vous dormez à l'abri de ces noms revereq;
Envain vous vous couvrez des vertus de vos Peres : Ce ne sont à mes yeux que de vaines chimères.
Je ne voi rien en vous qu’un lâche, un imposteur, Un traistre, un scélérat, un perfide, un menteur. Un fou dont les accès vont jusqu’à la furie.
Et d’un tronc fort illustre une branche pourie.
Je m'emporte peut-estre, et ma Muse en fureur Verse dans ses discours trop de fiel et d’aigreur.
Il faut avec les Grands un peu de retenue ;
Hé bien, je m’adoucis. Vôtre race est connue.
Depuis quand? Réponde j? Depuis mille ans entiers, Et vous pouveq fournir deux fois seitfe quartiers.
C’est beaucoup. Mais enfin les preuves en sont claires. Tous les livres sont pleins des titres de vos Peres; Leurs noms sont échappe^ du naufrage des temps. Mais qui m’assurera qu'en ce long cercle d’ans.
A leurs fameux Epoux vos Ayeules, fideles,
Aux douceurs des Galands furent toujours rebelles?
El comment sçavej-vous si quelque Audacieux N’a point interrompu le cours de vos Ayeux -,
Et si leur sang tout pur, avecque leur noblesse.
Est passé jusqu'à vous de Lucrèce en Lucrèce?
Que maudit soit le jour oit cette vanité Vint ici de nos moeurs soüiller la pureté!
Dans les temps bienheureux du monde en son enfance, Chacun mettoit sa gloire en sa seule innocence, Chacun vivoit content et sous d’égales loix ;
Le Mérité y faisoit la noblesse et les Rois,
Et, sans chercher l'appui d’une naissance illustre.
Un Héros de soy-même empruntait tout son lustre. Mais enfin, par le temps le Mérité avili Vit l’honneur en roture et le vice anobli.
Et l’Orgueil, d’un fau.x titre appuyant sa faiblesse, Maîtrisa les Humains sous le nom de Noblesse.
De là vinrent en foule et Marquis et Barons;
Chacun pour ses vertus n’offrit plus que des noms.
Aussi-tosl maint Esprit fécond en rêveries Inventa le blason avec les armoiries ;
De ses termes obscurs fit un langage à part,
Composa tous ces mots de Cimier et rf’Ecart,
De Pal, de Cohtrepal, de Lambel, et de Face,
Et tout ce que Segond dans son Mercure entasse.
Une vaine folie enyyrant la raison,
L'Honneur, triste et honteux, ne fut plus de saison.
Alors, pour soûtenir son rang et sa naissance,
Il falut étaler le luxe et la dépence;
Il falut habiter un superbe palais.
Faire par les couleurs distinguer ses valets.
Et, traînant en tous lieux de pompeux équipages,
Le Duc, et le Marquis, se reconnut aux Pages.
Bien-tost, pour subsister, la Noblesse sans bien Trouva l'art d'emprunter et de ne rendre rien.
Et, bravant des Sergens la timide cohorte.
Laissa le Créancier se morfondre à sa porte.
Mais, pour comble, à la fin, le Marquis en prison Sous le faix des procès vit tomber sa maison.
Alors le Noble altier, pressé de l’Indigence,
Humblement du Faquin rechercha l'alliance ;
Avec luy trafiquant d’un nom si précieux.
Par un lâche contract vendit tous ses Ayeu.x,
Et, corrigeant ainsi la fortune ennemie.
Rétablit son honneur à force d'infamie.
Car, si l’éclat de l’or ne releve le sang,
Envain l’on fait briller la splendeur de son rang ;
L'amour de vos ayeux passe en vous pour manie,
Et chacun pour parent vous fuit et vous renie.
Mais quand un Homme est riche, il vaut toujours son prix : Et Veust-on vû porter la mandille à Paris,
N'eust-il de son vrai nom ni titre ni mémoire,
D'Ho^ier luy trouvera cent ayeux dans l’histoire.
Toi donc, qui, de mérité et d'honneurs revêtu,
Des écueils de la Cour as sauvé ta vertu,
Dangeau, qui, dans le rang où nôtre Roy t'appelle,
Le vois, toujours orné d’une gloire nouvelle.
Et plus brillant par soi que par l'éclat des lis.
Dédaigner tous ces Rois dans la pourpre amollis.
Fuir d’un honteux loisir la douceur importune,
A ses sages conseils asservir la Fortune,
Et, de tout son bonheur ne devant rien qu’à soi.
Montrer à l’Univers ce que c’est qu’estre Roi :
Si tu veux te couvrir d’un éclat légitimé.
Va par mille beaux faits mériter son estime;
Sers un si noble Maistre, et fais voir qu aujourd’hui Ton Prince a des Sujets qui sont dignes de lui.
Qui frappe l’air, bon Dieu! de ces lugubres cris:* Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris:* Et quel fâcheux Démon durant les nuits entières Rassemble ici les chats de toutes les goutier es?
J'ai beau sauter du lit plein de trouble et d’effroi.
Je pense qu’avec eux tout l’Enfer est cheq moi : L’un miaule en grondant comme un tigre en furie. L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
Ce n’est pas tout encor. Les souris et les rats Semblent, pour m’éveiller, s’entendre avec les chats, Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure, Que jamais, en plein jour, ne fut l’Abbé de Pure.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage. Auront de cris aigus frappé le voisinage.
Qu'un affreux Serrurier, que le Ciel en couroux A fait, pour mes pechej, trop voisin de chej nous, Avec un fer maudit, qu'à grand bruit il appreste.
De cent coups de marteau me va fendre la teste. J'entens déjà par tout les charettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émuè's.
D'un funebre concert font retentir les nuè's,
El, se mêlant au bruit de la gresie et des vents.
Pour honnorer les morts font mourir les vivans.
Encor je benirois la bonté souveraine,
Si le Ciel à ces maux avoit borné ma peine :
Mais si seul en mon lit je peste avec raison.
C'est encor pis vingt fois en quittant la maison.
En quelque endroit que j'aille, il faut fendre la presse D'un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse ; L'un me heurte d'un ais, dont je suis tout froissé.
Je vois un autre coup mon chappeau renversé.
Là d’un enterrement la funebre ordonnance D’un pas lugubre et lent vers l’Eglise s’avance ;
Et plus loin des Laquais l’un l'autre s’agaçans Font aboyer les chiens et jurer les passans.
Des Payeurs en ce lieu me bouchent le passage :
Là je trouve une croix de funeste présagé.
Et des Couvreurs grimpeç au toit d'une maison En font pleuvoir Vardoise et la tuile à foison.
Là sur une charette une poutre branlante Vient menacer de loin la foule, qu'elle augmente ;
Six chevaux attele\ à ce fardeau pesant Ont peine à Vémouvoir sur le pavé glissant.
D’un carrosse en passant il accroche une roué,
Et du choc le renverse en un grand tas de bouë, Quand un autre, à l’instant s’efforçant de passer.
Dans le mesme embarras se vient embarrasser.
Vingt carrosses bien-tost arrivant à la file Y sont en moins de rien suivis de plus de mille ;
Et, pour surcroist de maux, un sort malencontreux Conduit en cet endroit un grand troupeau de bœufs. Chacun prétend passer; l'un mugit. Vautre jure ;
Des mulets en sonnant augmentent le murmure.
Aussi-tost cent chevaux, dans la foule appelle j.
De l'embarras qui croist ferment les défile^.
Et par tout des passons, enchaînant les brigades.
Au milieu de la paix font voir les barricades.
On n’entend que des cris pousse^ confusément ;
Dieu, pour s’y faire ouir, tonneroit vainement.
Mqy donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre. Le jour déjà baissant, et qui suis las d’attendre.
Ne sçachant plt{s tantost à quel Saint me vouer.
Je me mets au hasard de me faire rouer.
Je saute vingt ruisseaux, j’esquive, je me pousse : Guenaud sur son cheval en passant m’éclabousse,
Et, n’osant plus paroistre en l’état où je suis.
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.
Tandis que dans un coin en grondant je m’essuie. Souvent, pour m’achever, il survient une pluie.
On dirait que le Ciel, qui se fond tout en eau, Veuille inonder ces lieux d’un déluge nouveau.
Pour traverser la ruë, au milieu de Forage,
Un ais sur deux pavej forme un étroit passage ,
Le plus hardy Laquais n’y marche qu’en tremblant. Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant.
Et les nombreux torrens qui tombent des goutieres. Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières.
Ty passe en trébuchant ; mais, malgré rembarras,
La frayeur de la nuit précipite mes pas.
Car si-tost que du soir les ombres pacifiques D'un double cadenas font fermer les boutiques ;
Que, retiré cheq luy, le paisible Marchand Va revoir ses billets et compter son argent;
Que dans le Marché-neuf tout est calme et tranquille. Les Voleurs à l’instant s'emparent de la Ville.
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est, au prix de Paris, un lieu de seureté.
Malheur donc à celuy qu'une affaire impréveuë Engage un peu trop tard au détour d'une ruë.
Bien-tost quatre Bandits, luy serrant les costeq :
La bourse!... Il faut se rendre; ou bien non, résisté^, Afin que vostre mort, de tragique mémoire.
Des massacres fameux aille grossir l'Histoire.
Pour moy, fermant ma porte et cedant au sommeil, Tous les jours je me couche avecque le Soleil.
Mais en ma chambre à peine ay-je éteint la lumière. Qu’il ne m’est plus permis de fermer la paupière.
Des filoux effronté^, d’un coup de pistolet,
Ebranlent ma Fenestre, et percent mon vôlet.
Tentens crier par tout : Au meutref on m’assassine !
Ou ; Le feu vient de prendre à la maison voisine!
Tremblant et demi-mort je me leve à ce bruit.
Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit.
Car le feu, dont la flamme en ondes se déployé.
Fait de nostre quartier une seconde Troye,
Où maint Grec affamé, maint avide Argien,
Au travers des charbons va piller le Troyen.
Enfin, sous mille crocs la maison, abysmée,
Entraîne aussi le feu, qui se perd en fumée.
Je me retire donc, encor pâle d’effroi ;
Mais le jour est venu quand je rentre che^ moi.
Je fais pour reposer un effort inutile :
Ce n'est qu’à prix d’argent qu’on dort en cette Ville.
Il faudroit, dans l’enclos d’un vaste logement,
Avoir loin de la rué' un autre appartement.
Paris est pour un Riche un pa’is de Cocagne :
Sans sortir de la ville il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verJs,
Reculer le printemps au milieu des hyvers.
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries.
Aller entretenir ses douces rêveries.
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaist à Dieu.
Muse, changeons de stile, et quittons la Satire ; C'est un méchant métier que celuy de médire;
A l'Auteur qui l'embrasse il est toujours fatal :
Le mal qu'on dit d'autruy ne produit que du mal. Maint Poè'te, aveuglé d’ une telle manie.
En courant à l’honneur, trouve l'ignominie;
Et tel mot, pour avoir réjoui le Lecteur,
A coûté bien souvent des larmes à l'Auteur.
Un éloge ennuyeux, un froid panégyrique, Peutpourir à son aise au fond d’une boutique.
Ne craint point du Public les jugemens divers,
Et n’a pour ennemis que la poudre et les vers.
Mais un Auteur malin, qui rit et qui fait rire. Qu'on blâme en le lisant, et pourtant qu’on veut lire, Dans ses plaisans accès qui se croit tout permis.
De ses propres Rieurs se fait des ennemis.
Un discours trop sincère aisément nous outrage ;
Chacun dans ce miroir pense voir son visage,
Et Tel en vous lisant admire chaque trait,
Qui dans le fond de l'ame et vous craint et vous hait. Muse, c'est donc envain que la main vous démange;
S'il faut rimer icy, rimons quelque louange,
Et cherchons un Héros, parmi cet univers.
Digne de nostre encens et digne de nos vers.
Mais à ce grand effort envain je vous anime :
Je ne puis pour loiier rencontrer une rime;
Dés que fy veux rêver, ma veine est aux abois.
J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts, Je ne puis arracher du creux de ma cervelle Que des vers plus forcer que ceux de la Pucelle.
Je pense estre à la gesne, et pour un tel dessein La plume et le papier résistent à ma main.
Mais quand il faut railler, j’ay ce que je souhaite : Alors, certes, alors je me cannois Poè'te.
Phébus, dés que je parle, est prest à m'exaucer;
Mes mots viennent sans peine et courent se placer. Faut-il peindre un frippon fameux dans cette Ville ?
Ma main, sans que j’y rêve, écrira Raumaville.
Faut-il d’un sot parfait montrer l'original ?
Ma plume au bout du vers d’abord trouve Sofal.
Je sens que mon esprit travaille de genie.
Faut-il d’un froid Rimeur dépeindre la manie ?
Mes vers, comme un torrent, coulent sur le papier;
Je rencontre à la fois Perrin et Pelletier,
Bonnecorse, Pradon, Colletet, Tilteville,
Et pour un que je veux, j’en trouve plus de mille.
Aussi-tost je triomphe, et ma Muse en secret S’estime et s’applaudit du beau coup qu’elle a fait.
C’est envain qu'au milieu de ma fureur extrême Je me fais quelquefois des leçons à moi-même;
Envain je veux au moins faire grâce à quelqu’un :
Ma plume auroit regret d’en épargner aucun ;
Et, si-tost qu’une fois la verve me domine,
Tout ce qui s’offre à mqy passe par t étamine.
Le Mérité, pourtant, m’est toûjours précieux ;
Mais tout Fat me déplaist et me blesse les yeux.
Je le poursuis par tout comme un chien fait sa prqye.
Et ne le sens jamais, qu’ aussi-tost je n’ aboyé.
Enfin, sans perdre temps en de si vains propos.
Je sçai coudre une rime au bout de quelques mots.
Souvent j'habille en vers une maligne prose :
Cest par là que je vaux, si je vaux quelque chose.
Ainsi, soit que bien-tost, par une dure Iqy,
La Mort d’un vol affreux vienne fondre sur moy ,
Soit que le Ciel me garde un cours long et tranquille,
A Rome ou dans Paris, aiLx champs ou dans la ville,
Deust ma Muse par là choquer tout l’Univers,
Riche, gueux, triste ou gay,je veux faire des vers.
Pauvre Esprit, dira-t-on, que je plains ta folie !
Modère ces bouillons de ta mélancolie.
Et garde qu’un de ceux que tu penses blâmer.
N’éteigne dans ton sang cette ardeur de rimer.
s A T I K K Vil.
Hé quoi! lors qu'autre/ois Horace après Lucile Exhaloit en bons mots les vapeurs de sa bile,
Et, rangeant la vertu par des traits éclatans,
Alloit oster le masque aux vices de son temps;
Ou bien quand Juvenal, de sa mordante plume Faisant couler des flots de flel et d'amertume, Gourmandoit en couroux tout le peuple Latin,
L’un ou l’autre flt-il une tragique fln?
Et que craindre, après tout, d’une fureur si vaine? Personne ne connoist ni mon nom ni ma veine.
On ne voit point mes vers, à l'envi de Montretiil, Grossir impunément les feuillets d’un recueil.
A peine quelquefois je me force à les lire.
Pour plaire à quelque Ami que charme la satire. Qui me flatte peut-estre, et d’un air imposteur Rit tout haut de l'ouvrage et tout bas de l’Auteur. Enfin c’est mon plaisir, je veux me satisfaire.
Je ne puis bien parler, et ne sçaurois me taire ;
Et, dès qu'un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n’ai point de repos qu’il ne soit en écrit.
Je ne résisté point au torrent qui m’entraîne.
Mais c’est asseq parlé. Prenons un peu d’haleine. Ma main, pour cette fois, commence à se lasser. Finissons. Mais demain. Muse, à recommencer.
A MONSI E VR ***