‹ Les satires francaises du XVIe [i.e. Seizième]Chapitre 18 sur 35 · JEAN PASSER AT · texte numérisé non relu

JEAN PASSER AT

mais la peste l'obligea de se retirer quelque temps à Milly-en-Gâtinois. De retour à Paris, il occupa la chaire d'éloquence au collège Boncourt et il eut l'homieur d'expliquer les Commentaires de César à Pierre de Ronsard et Jean-Antoine de Baïf. S'étant convaincu qu'il ne pouvait pénétrer à fond l'éloquence latine, et celle de Cicéron en particulier, sans connaître la latinité des anciens jurisconsultes, il abandonna sa chaire poiu- redevenir étudiant. Il alla donc à Bourges, en compagnie d'Alphonse d'Elbène, depuis évêque d'Albi, afin de suivre les leçons de Cujas. Après trois ans de séjour, il revint en 1569 à Paris; là, protégé par le savant Henri de Mesmes, maître des Requêtes, il logea chez lui en qualité de précepteur de son fils unique. Il demeura vingt-neuf ans dans cet hôtel, c'est-à-dire jusqu'à sa mort; en recoimaissance, il ne manquait pas d'ofifrir, chaque i*^ janvier, une pièce de vers latins à son mécène. L'ensemble de ces étrennes fut publié sous ce titre : Kalendce Januarûe.

En 1572, il obtint la chaire de Professeur Royal d'éloquence et de poésie latine, laissée vacante par l'assassinat de Ramus. Son auditoire, attiré par ses leçons agréables, comptait plusieurs Présidents et Conseillers du Parlement de Paris. Charles IX et Henri III ne lui témoignèrent pas moins de bienveillance. Ses leçons furent interrompues par les troubles de la Ligue; il ne les reprit qu'en 1594, après avoir aidé, en quelque sorte, au triomphe de Henri IV par la Satyre Ménippée, avec Jacques Gillot, Pierre Le Roy, Florent Chrestien, Pierre Pithou, Durand de La Bergerie, et, enfin, son ami Nicolas Rapin. Il continua ses cours jusqu'au déclin de sa santé. Ils s'ou\Taient par ime harangue; ces harangues, au nombre de vingt-neuf, montrent qu'il avait expliqué plusieurs livres de Cicéron, Salluste, le Discours de Caton sur la loi oppienne, l'Epithalame de Catulle, la Consolation d'Ovide à Livie et son Jugement des Armes d'Achille; Properce, Tibulle, \'irgile, plusieurs comédies de Plaute, etc.

En 1597, ime hémiplégie l'enleva à son auditoire. De borgne qu'il était depuis un accident de jeu de paume, il devint aveugle. Il mourut cinq ans après, le 14 septembre 1602, à l'âge de 68 ans. Jean-Jacques de Mesmes, son ancien pupille, lui fit ériger im monument dans l'église des Dominicains de la rue Saint-Jacques. Les biographes se plaisent à dire qu'il dut sa fin tardive aux excès des plaisirs de l'amoiu: et de la bouteille, et prétendent que son nez, qu'il avait fort gros et coloré de vermillon, attestait sa dévotion à Bacchus. Nous y voyons, au contraire, que Vénus et Thyonée lui conservèrent l'amitié des Muses jusque dans un âge avancé. Il eût atteint celui d'Anacréon sans l'abus des lectures et des veilles.

t Passerai, le séjour et l'honneur des Charités », comme le dit Mathurin Régnier, était un esprit délicat, qui se plaisait au badinage et s'était formé sur les Anciens, sans affectation ni contrainte.

Il rappelle Marot, il devance La Fontaine, et, au dire du judicieux abbé Goujet, t il ne lui a manqué pour réussir parfaitement que d'être né cent ans plus tard »,

On peut considérer comme une satire son Invective contre Phœbus et les Muses, où il feint de les quitter, ainsi que la Métamorphose d'un homme en oyseau, et la Plainte où il déplore le mépris de ses contemporains pour les Lettres. Ajoutons-y l'Elégie de Solon, et surtout la Sauvegarde pour la maison de Baignolet, contre les Reistres. Passerat aurait composé un Commentaire sur Rabelais, que Colletet dit avoir été détruit sur les instances d'un confesseur. D'autre part, il paraît que les jésuites le conservèrent sous clef, dans leur collège de Clermont.

La Divinité des Procès, ingénieuse satire que nous publions d'après le Recueil Bonfons, 1598, est suivie, dans les Œuvres Paniques, d'un sonnet sur la ressemblance des femmes et des procès, que le poète termine ainsi :

Si Dieu doncques voulait faire de beaux accords Il faudrait qu'aux procès il tnariast les femmes.

Bibliographie. — Adieu à Phœbus et aux Mutes, avec une ode (à Bacchus), Paris, 1559; — Hymne de la Paix, faicte en l'an 1562, à Alfonse Delbene, abbé de HauUe-combe, avec le Commentaire de M. A., Paris, 1563; — Rien, à Henri de Mesme, pour estrenne trad. par Phil. Girard, Paris, s. d.; — Vers de chasse et d'amour, Paris, 1597; — Chant d'allégresse pour l'erdrée du Roy Charles IX, en sa ville de Troycs, Troyes, 1564; — Complainte sur le trépas d'Adrien Turnèbe, Paris, 1565; — Sonnets sur le Tombeau du steur de la Chastre, dit de Sillac, 1569; — Vers de chasse et d'Amour, Paris, 1597; — Kalenda januarice et Varia queedam Poëmatia, Paris, 1597; — it. Accesserunt ejusdem Miscellanea nunquam ante hac typis mandata, Paris, 1603; — Recueil d' Œuvres poétiques, Paris, 1602, 1603, 1606; — Apollodore (trad.), Paris, 1604; — De Litterarum inter cognatione et permutatione Liber, Paris, 1606; — Jo. Passeratii, Prœfationes et Oraiiones Colleclce d Joanne de Rougevalet, Paris, 1606, 162 1, 1637; — Commentarius in Catulum, Tibullum et Propertium, Paris, 1608; Conjecturarum Liber, Paris, 1612; — Prcefatiuncula in disputationem de Ridiculis, quœ est apud Ciceronem. Liber, 2, de Orat. Francofurti, 1595; — Les Poés. franc, de Jean Passerat, avec Notice et Notes par Prosper Blanchemain, Paris, 1880.

A consulter. — ScÉvoLE DE Sainte-Marthe, Elog. des hommes Illustres, trad. Guillaume Colletet, Paris, 1644. — La Croix du Maine. — Niceron, II, 320. — Goujet, XIV, i. — Le Clerc,

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