‹ Les satires. Réimprimées conformément à l'édition de 1701, dite éd. favorite. Introd. et notesChapitre 2 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

celui de toute sa famille, puisque deux de ses frères, Gilles et Jacques Boileau, furent doués de ce caractère railleur et malicieux que Nicolas Boileau posséda au suprême degré.

Je ne veux pas, par lù, nier le mérite de Boileau dans tel ou tel autre de ses ouvrages : épîtres, art poétique, lettres même; il est permis de les admirer tous, mais il faut pourtant avouer qu'il doit au genre satirique la plus grande partie de sa gloire, et, si j'ose dire, sa personnalité tout entière.

Voyons-le nous confirmant lui-même ce que nous avançons ici :

Mais quand il faut railler, fay ce que je souhaite : Alors, certes, alors je me connais Poète. Phœbus, dès que je parle, est pr est à m exaucer ; Mes mots viennent sans peine, et courent se placer.

Je sens que mon esprit travaille de génie.

Et plus loin :

Oest par là que je vaux, si je vaux quelque chose.

Est-il possible de confesser une aptitude prédominante avec plus de franchise et aussi d'autorité? Non vraiment! Cette satire, dans laquelle la nature du poëte se révèle d'une façon si caractéristique, nous met à l'aise avec ceux de nos amis qui ont bien voulu nous demander pourquoi nous ne publions pas aujourd'hui l'œuvre poétique tout entière de Boileau. Nous laissons à autrui ce soin et peut-être cet honneur.

INTRODUCTION. Uj

De cette œuvre remarquable à tous égards nous avons extrait la partie qui, selon nous, peut surtout faire connaître l'homme dont nous nous occupons.

La critique faite à la légère, malveillante par système, injuste par principe, est un fléau pour la littérature et une tache ineffaçable dans la vie d'un écrivain; mais savoir discuter à propos, apprécier exactement les beautés et les défauts, voilà des qualités exquises qui font de la critique un art utile et noble. Ces qualités, nul plus que Boileau ne les eut jamais, et d'Alembert a pu dire avec raison que Boileau avait formé le goût de la nation.

Un contemporain du satirique, un moraliste éminent, La Bruyère, a écrit sur la satire une phrase que nous voulons rapporter :

o II ne faut point mettre un ridicule où il n'y en a point, c'est se gâter le goût, c'est corrompre son jugement et celui des autres ; mais le ridicule qui est quelque part, il faut l'y voir, l'en tirer avec grâce et d'une manière qui plaise et qui instruise. »

{La Bruyère, i" texte, éd. Jouaust, page loo.)

L'utile et l'agréable, voilà ce qu'exige La Bruyère, et voilà aussi ce que nous trouvons sans cesse chez Boileau dans son œuvre admirable de critique. On lui a souvent reproché d'avoir été un injuste censeur, d'avoir dépassé les bornes permises. Nous ne croyons pas l'accusation fondée, nous ne croyons pas à un parti pris de dénigrement chez un homme qui n'a pas hésité à dire et à prouver maintes fois que « le mérite lui fut toujours une chose précieuse >» (sat. VII, vers 55). Le pitoyable état de la littérature d'à-

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