ACTE QUATRIÈME
Le hall central dans le nouveau palais du gouverneur.
A gauche: une immense véranda avec de hautes colonnes pour soutenir le toit. De cette véranda, on descend par trois marches dans le parc.
Au fond et à droite : portes à deux battants ouvrant, l'une sur la salle de bal (à droite), l'autre, sur le salon de jeu (au fond.)
Décoration magnifique, lustre allumé ; dans le parc, des ballons électriques.
Au lever du rideau, des groupes vont et viennent. On parle, on rit. Des dames boivent du Champagne ou prennent des glaces que des boys apportent. — Au fond: des gardes indigènes en grand uniforme.
A droite, un groupe composé de : BLANCHET DE MU- SIGNAN, LE CAPITAINE TOSTAIN, L'ENSEIGNE DE VAIS- SEAU FLOUENT, MESDAMES IJEBRAY, PIÉTREQUIN.
Madame Lebray est très décolletée.
BLANCHET, qui fciit visitev le Palais.
Pa' là, la salle de billa'd et le salon de jeu...
MADAME LEBRAY, regarclsi7it.
C'est féerique.
BLANCHET
Et dans les cuisines, en bas, et dans les écu'ies, pa'tout du ma'b'e et du po'phy'e. Ah ! on ne di'a pas que nous avons gaspillé ces neuf millions. Elles ja'dins?... Avez-vous vu lesja'dins?
MADAME LEBRAY
Non, pas encore. Mais j'y ferai un tour avant le bal.
l'enseigne FLORENT
Prenez garde, madame, vous avez les épaules nues...
MADAME LEBHAY, s'éveutant.
Oh! par cette température!
MADAME piÉTREQuiN, regsirdant la gorge nue de madame Lebray.
Vraiment, madame, vous ne devez pas avoir chaud...
MADAME LEBRAY
Si, si. Et encore, figurez-vous que je n'ai pas de chemise par là-dessous.
LE CAPITAINE TosTAiN, empvessé.
Madame la résidente, vous m'avez promis votre première valse.
Oui, capitaine. Mais si mon corsage bâille un peu, vous fermerez les yeux. Allez donc me chercher une coupe de Champagne... (A Tron qui passait, ayant madame Lambourde au bras.) Monsieur Tron, mes félicitations pour la cavalcade de tantôt. Vous avez eu des idées bien spirituelles.
TRON
Ah I les chars, n'est-ce pas? Le char du budget : un tonneau des Danaïdes, se vidant comme on remplissait ; le char de l'Administration : des piles de dossiers sous un gigantesque éteignoir ; le char des Travaux publics : un tombereau de décombres. Au passage des voitures, les indigènes écarquillaient leurs yeux de chouette. Ils en étaient babas !
MADAME LEFiscAL, Venant du fond.
Quelle foule, mesdames! Il y a longtemps que nous n'avions eu une fête pareille à Shong- Hoi.
MADAME PIÉTREQUIN
Cette soirée, c'est le triomphe de la politique de M. Réglai.
MADAME LEBRAY
Plus de pirates I Muong Bâ a fait sa soumission à madame Bérigny.
MADAME LAMBOURDE
Le vieil empereur est arrivé en Algérie.
Et ses anciens ministres ont été rendus aux douceurs de la vie privée.
MADAME LAMBOURDE, TlSint.
Sauf M. Nam Trieu, cramponné à sa place.
MADAME LEFISGAL
Sous prétexte qu'il est, avant tout, notre ami,..
MADAME LAMBOURDP:
Et indispensable au bonheur des Tméres... {Les phrases qui suivent sont ponctuées par les éclats de rire des dames.)
MADAME LEBRAY
Je soupçone Dambrun d'avoir vivement insisté auprès de M. le gouverneur pour qu'il laisse M. Nam Trieu à son poste.
MADAME PIÉTREQUIN
Naturellement.
MADAME LEFISGAL
Ces choses-là ne se font pas qu'em France !
MADAME LAMBOURDE
Tandis que Son Excellence se promène gravement dans les salons, j'ai aperçu, dans les jardins, sa femme, au bras de notre aimable chef de cabinet.
Délicieux.
MADAME LAMBOURDE
C'est à pouffer de rire.
MADAME BLANCHET, Venant de la. salle de danse.
M. le gouve'neu' est 'ayonnant! Il p'omène le petit empe'eu' dans les salons.
MADAME LAMBOURDE
Ah! le petit empereur! Il est charmant cet enfant !
MADAME LEBRAY
Quand il a débité au gouverneur cette espèce de harangue qu'on lui avait apprise, il était à croquer.