‹ Les sauterelles: pièce en cinq actesChapitre 16 sur 27 · MADAME BLANCHET · texte numérisé non relu

MADAME BLANCHET

Il s'amuse de tout son cœu', ce soi'.

MADAME PIÉTREQUIN

Il ouvre des yeux émerveillés sur les splendeurs du Palais.

MADAME LAMBOURDE

Et il rit de nos toilettes.

MADAME LEBRAY

Tantôt, il regardait mes bras avec une insistance, le petit monstre! J'en étais presque gênée.

MADAME LAMBOURDE

Est-il vrai qu'il ait cinquante femmes dans son harem?

MADAME LEBRAY

Oui. Et on lui en donnera d'autres.

MADAME LAMBOURDE

Le pauvre gosse!

MADAME PIÉTREQUIN

Mon mari prétend que nous gouvernerons plus aisément un jeune prince efféminé...

FLORENT, de la véranda.

Mesdames, mesdames... le feu d'artiflce...

DES VOIX

Le feu d'artifice!... sur la Rivière Verte !...

MADAME LEFISGAL

Il parait qu'il sera très beau.

MADAME PIÉTREQUIN

Allons voir ca...

Des deux salons sortent des dames et des messieurs qui descendent au jardin.

En remontant, madame Lambourde rencontre madame Bérigny.

MADAME LAMBOURDE, e?i sorlsLUt avBC elle.

Chère amie... Je ne vous ai pas encore félicitée... Vraiment, vous avez été héroïque avec Nuono; Bà...

LAMBOURDE, VALAT, LEFISCAL, venant de la droite et remontant vers le fond.

LAMBOURDE

Non, monsieur Valat, non, il n'y a rien à redouter. Mais comme tous les colons, vous voyez des périls partout.

VALAT

Je connais bien les indigènes, je vous dis ! Leurs allures sont étranges depuis quelques

jours... Je ne serais pas surpris qu'ils préparassent une agression...

LAMBOURDE

Ils seraient fous!...

LEFiscAL riant.

Qu'ils s'y frottent ! Nous sommes bien gardés, bien armés, et en état de réprimer en vingtquatre heures une sédition, et fût-elle générale... {Ils solfient par la gauche. — Nam Trieu, qui circulait à travers la foule, est resté en scène. Gabriel, qui était immobile devant une colonne, voyant que tout lemonde s'est éloigné, s'a-p-proche de Nam Trieu.)

GABRIEL, bas.

Tout est prêt. On n'attend que le départ de l'empereur pour donner le signal.

Il n'y a que les miliciens de garde, au palais?

GABRIEL

Oui, Excellence, comme d'habitude.

NAM TRIEU

Les sergents ?

GABRIEL

Ils ont bu l'alcool et fumé l'opium. Seuls, ils savent comprendre les ordres des officiers et les

traduire aux hommes. Ce lien venant à manquer entre eux, chefs et soldats ne seront qu'un corps sans force, comme une bête à laquelle on a brisé l'épine du dos.

NAM TRIEU

La citadelle?

GABRIEL

Les hommes sont cachés dans les fossés. Au signal convenu, ils feront sauter le pont-levis...

NAM TRIEU

Ceux que j'attends?

GABRIEL

Ils ont dû se réunir à onze heures, dans le faubourg, près de la porte de Ten Fan Pao.

Les grilles du palais ?

GABRIEL

Elles sont ouvertes pour laisser passer les voitures et les automobiles des invités. Même en cas d'alerte, vos hommes seront ici avant qu'on les ait refermées

NAM TRIEU

C'est bien. Pars, Kaikinh te comptera la somme qui t'a été promise pour tes amis et toi.

GABRIEL

Son Excellence restera-t-elle ici ?

NAM TRIEU

Mes protestations ont convaincu ces gens de mon amitié, et ma présence endort tous les soupçons...

GABRIEL

La révolte éclatant, Votre Excellence se trouvera peut-être en fâcheuse posture, et des coups de feu seront sans doute tirés du dehors. Les balles ne choisissent pas leurs victimes... {Geste évasif de Nam Trieu.) Soit... Mais si Votre- Excellence le désire, je puis accompagner jusque chez elle l'épouse de Son Excellence.

NAM TRIEU

N'aie point d'inquiétude pour mon épouse... J'ai pourvu à son sort.(Darîs le salon, la, musique cittaque une valse. A ce moment, les couples qui étaient descendus au jardin rem.ontent. — Gabriel s'éloigne.)

MADAME LAMBOURDE

Mesdames ! Mesdames !.

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