‹ Les sauterelles: pièce en cinq actesChapitre 20 sur 27 · EBRAY · texte numérisé non relu

EBRAY

Mesdames, vous ne risquez rien.

RÉGIAL

Mais c'est donc une vraie révolte?

BÉRIGNY

N'en doutez pas.'

MADAME BLANGHET. Elle pOUSSe Uïl CVi SLIQU et

s'évanouit.

Ah!... [Madame Lebray elle docteur la soignent.)

RÉGIAL

Une révolte ! sous un proconsulat ! Ils ne voient donc pas qu'ils me déshonorent!... Si je mettais mon grand uniforme et que j'aille les haranguer ?

BÉRIGNY

Vous vous feriez tuer !

RÉGIAL

Se révolter! Après ce que j'ai fait pour eux !

PIÉTREQUIN

Ah ! quand cette nouvelle arrivera en France ! . . . Qu'est-ce qu'on dira au ministère?

LEBRAY

Et dans les journaux!... C'est nous, encore, les fonctionnaires qui trinquerons...

LEFISGAL et LAMBOURDE

Ce serait un comble I...

TRON reparaît sans cravate et les vêtements en désordre.

Ah! le gredin! Il m'a glissé entre les doigts !...

RÉGIAL

Vous vous êtes battu? Avec qui?...

TRON

Nam Trieu.

RÉGIAL

Nam Trieu?

TRON

C'est un traître!...

RÉGIAL

Allons donc! Où est-il?...

TRON

Parti à votre insu... Mais je le surveillais... J'avais surpris un geste tout à l'heure, et sa sortie m'a paru insolite. Je l'ai suivi... Je l'ai

rejoint près de la porte... Il avait pris la clef du portier indigène, et il ouvrait les grilles s?ins doute pour nous livrer aux rei)elles !...

RÉGJAL

Est-ce possible!...

TROU

Il m'a vu; il m'a sauté à la gorge... Je l'ai envoyé rouler à dix pas... Mais il s'est relevé avec la prestesse d'un chat, s'est accroché aux i)arreaux de la grille, l'a franchie et s'est élancé dans la nuit.

RÉGIAL

Le fourbe ! Il était du complot !

TRON, à Régial.

Comprenez-vous pourquoi il demandait qu'on ne dérangeât pas la troupe?

RÉGIAL

Ah ! la troupe ! Dambrun, téléphonez à la citadelle... Qu'ils sortent de là-haut comme ils pourront, mais qu'ils accourent!... Je les attends!... (De Dainbrun sort.)

BÉRiGNY, à Batti&tini.

Battistini, postez vos soldats dans le jardin et mettez le Palais en éta^t de défense.

MADAM^E JIÉGIAL

On viendra à notre secours, n'-est-ce pas?

MADAME PIÉTREQUIN

Pour nous délivrer !

RÉGIAL

Oui! Oui!

Vite, d'autres vêtements!...

RÉGIAL

Mesdames, ce n'est qu'une mauvaise nuit à passer.

TRON

Surtout ne vous alarmez pas. J'ai déjà bien vu des révoltes dans les colonies, elles tournent toujours au triomphe des blancs. (Madame Lebray sort avec quelques dames.)

LAMBOURDE, les hvas au ciel.

Mais pourquoi une révolte, pourquoi?...

RÉGIAL

Quelles qu'en soient les causes, rien ne saurait excuser la lâcheté de cette agression.

BÉHIGNY

Pas de récriminations vaines. Songeons plutôt à défendre nos os. Le temps presse. .{On l'entoure.)

RÉGIAL

Messieurs, vite un plan de défense, et discu-

tons avec sang-froid. Nous devons à tous l'exemple du courage. D'ailleurs, avec nos armements, nos soldats, les ressources dont nous disposons, ce doit être un jeu pour nous de nous rendre en peu de temps les maîtres de la rébellion.

LAMBOURDE

Évidemment!

LEFisCAL, désignant Valat.

C'est ce que je disais tantôt à monsieur.

BÉRIGNY

Nos troupes vont marcher. Qui les commandera? Le général deTourmalin est parti.

RÉGIAL

Le général Breton n'est pas arrivé et le colonel Pollet est en tournée d'inspection.

BÉRIGNY

C'est donc le lieutenant-colonel Barbier qui, malgré son état de santé, prendra le commandement.

LE CAPITAINE TOSTAIN

Si on ne l'a pas tué chez lui. D'ailleurs, les douze cents hommes delà caserne Courbet peutêtre ne suffiront pas à ces opérations. Télégraphiez dans l'île des Salanganes oîi il y a deux bataillons.

LEBRAY

Télégraphier? Le câble n'arrive pas jusqu'à l'île.

LE CAPITAINE TOSTAIN

Pourquoi?

Une gaffe des ingénieurs. Ils ont fait leurs calculs comme si le fond de la mer était plat comme un billard. Il manque dix kilomètres de fil.

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