EBRAY
Mesdames, vous ne risquez rien.
RÉGIAL
Mais c'est donc une vraie révolte?
BÉRIGNY
N'en doutez pas.'
MADAME BLANGHET. Elle pOUSSe Uïl CVi SLIQU et
s'évanouit.
Ah!... [Madame Lebray elle docteur la soignent.)
RÉGIAL
Une révolte ! sous un proconsulat ! Ils ne voient donc pas qu'ils me déshonorent!... Si je mettais mon grand uniforme et que j'aille les haranguer ?
BÉRIGNY
Vous vous feriez tuer !
RÉGIAL
Se révolter! Après ce que j'ai fait pour eux !
PIÉTREQUIN
Ah ! quand cette nouvelle arrivera en France ! . . . Qu'est-ce qu'on dira au ministère?
LEBRAY
Et dans les journaux!... C'est nous, encore, les fonctionnaires qui trinquerons...
LEFISGAL et LAMBOURDE
Ce serait un comble I...
TRON reparaît sans cravate et les vêtements en désordre.
Ah! le gredin! Il m'a glissé entre les doigts !...
RÉGIAL
Vous vous êtes battu? Avec qui?...
TRON
Nam Trieu.
RÉGIAL
Nam Trieu?
TRON
C'est un traître!...
RÉGIAL
Allons donc! Où est-il?...
TRON
Parti à votre insu... Mais je le surveillais... J'avais surpris un geste tout à l'heure, et sa sortie m'a paru insolite. Je l'ai suivi... Je l'ai
rejoint près de la porte... Il avait pris la clef du portier indigène, et il ouvrait les grilles s?ins doute pour nous livrer aux rei)elles !...
RÉGJAL
Est-ce possible!...
TROU
Il m'a vu; il m'a sauté à la gorge... Je l'ai envoyé rouler à dix pas... Mais il s'est relevé avec la prestesse d'un chat, s'est accroché aux i)arreaux de la grille, l'a franchie et s'est élancé dans la nuit.
RÉGIAL
Le fourbe ! Il était du complot !
TRON, à Régial.
Comprenez-vous pourquoi il demandait qu'on ne dérangeât pas la troupe?
RÉGIAL
Ah ! la troupe ! Dambrun, téléphonez à la citadelle... Qu'ils sortent de là-haut comme ils pourront, mais qu'ils accourent!... Je les attends!... (De Dainbrun sort.)
BÉRiGNY, à Batti&tini.
Battistini, postez vos soldats dans le jardin et mettez le Palais en éta^t de défense.
MADAM^E JIÉGIAL
On viendra à notre secours, n'-est-ce pas?
MADAME PIÉTREQUIN
Pour nous délivrer !
RÉGIAL
Oui! Oui!
Vite, d'autres vêtements!...
RÉGIAL
Mesdames, ce n'est qu'une mauvaise nuit à passer.
TRON
Surtout ne vous alarmez pas. J'ai déjà bien vu des révoltes dans les colonies, elles tournent toujours au triomphe des blancs. (Madame Lebray sort avec quelques dames.)
LAMBOURDE, les hvas au ciel.
Mais pourquoi une révolte, pourquoi?...
RÉGIAL
Quelles qu'en soient les causes, rien ne saurait excuser la lâcheté de cette agression.
BÉHIGNY
Pas de récriminations vaines. Songeons plutôt à défendre nos os. Le temps presse. .{On l'entoure.)
RÉGIAL
Messieurs, vite un plan de défense, et discu-
tons avec sang-froid. Nous devons à tous l'exemple du courage. D'ailleurs, avec nos armements, nos soldats, les ressources dont nous disposons, ce doit être un jeu pour nous de nous rendre en peu de temps les maîtres de la rébellion.
LAMBOURDE
Évidemment!
LEFisCAL, désignant Valat.
C'est ce que je disais tantôt à monsieur.
BÉRIGNY
Nos troupes vont marcher. Qui les commandera? Le général deTourmalin est parti.
RÉGIAL
Le général Breton n'est pas arrivé et le colonel Pollet est en tournée d'inspection.
BÉRIGNY
C'est donc le lieutenant-colonel Barbier qui, malgré son état de santé, prendra le commandement.
LE CAPITAINE TOSTAIN
Si on ne l'a pas tué chez lui. D'ailleurs, les douze cents hommes delà caserne Courbet peutêtre ne suffiront pas à ces opérations. Télégraphiez dans l'île des Salanganes oîi il y a deux bataillons.
LEBRAY
Télégraphier? Le câble n'arrive pas jusqu'à l'île.
LE CAPITAINE TOSTAIN
Pourquoi?
Une gaffe des ingénieurs. Ils ont fait leurs calculs comme si le fond de la mer était plat comme un billard. Il manque dix kilomètres de fil.