VAL AT
Fabuleux !
BÉRIGNY
Pourquoi de nouvelles troupes?... Sur le mamelon de l'hôpital, il y a une batterie dominant la ville, de là...
LE CAPITAINE TOSTAIN
Une batterie, oui, mais pas d'obus. Les arsenaux de France se sont trompés de calibre pour les boulets.
RÉGIAL
Mais, par le fleuve, avec les torpilleurs...
FLORENT
Nos torpilleurs sont à cinquante kilomètres, à Prabang, puisqu'on n'a pu nous construire des quais à Shong-Hoï, et la plupart sont désarmés, sans matelots spécialistes; nous en avons neuf sur quarante, les autres sont à Toulon.
RÉGiAL, à Lambourde.
Il nous reste alors les chaloupes de la douane.
LAMBOURDE
Ah! les chaloupes!
RÉGIAL
Pour lesquelles vous nous avez fait acheter les canons de la frégate hollandaise...
LAMBOURDE
Mais c'est que... après les avoir achetés...
RÉGIAL
Eh bien?
LAMBOURDE
On s'est aperçu que les canons étaient trop
longs...
RÉGIAL
Alors, qu'en a-t-on fait?
LAMBOURDE
On les a mis à fond de cale, pour servir de lest.
RÉGIAL, exaspéré, A fond de cale!...
LEBRAY
iQuoM pas moyen de se défendre?
DE DAMBRUN, revena/Tit.
Le téléphone vient d'être coupé; heureusement, j'avais déjà communiqué avec la caserne.
RÉGIAL
Eh bien, descendent-ils?
DK DAMBRUN
II? ne parviennent pas à réparer le pont. A mesure que des soldats de bonne volonté se mettent à l'ouvrage, d'en bas, les indigènes tirent sur eux. Pour établir même une passerelle de fortune, il faut que, du dehors, on déloge les indigènes de leur position.
LEBRA.Y
Comment! Ça nous est impossible!
RÉGIAL
Si les soldats ne sortent pas de la citadelle, les émeutiers se rendront les maîtres de la ville...
VALAT
Et nous sommes fichus!
/ TROU
Peutan de bouno méro !
MADAME LAMBOURDE
Messieurs... Messieurs...
2 J MADAME REGIAL
^ f Je vous en prie...
MADAME LEBRAY
Capitaine... Lieutenant...
FLORENT
Nous VOUS défendrons...
Cependant, il faut que nous trouvions quelque moyen...
DE DAMBRUN
Attendez... (/i remonte.) J'ai une idée... Battistini! Battistini!...
BATTiSTiNi, en coulisse.
Hein?... Quoi!...
DE DAMBRUN
Venez vile, venez !
BATTISTINI
Me voilà!... {Il psiraît.) Ils seront bientôt là, vous savez. Je les entends hurler dans la nuit...
DE DAMBRUN
On a fait sauter le pont-levis de la citadelle et les troupes sont prisonnières dans ce nid d'aigle ! Aidons-les à sortir, ou nous n'aurons qu'à attendre la mort en nous croisant les bras. Combien avez-vous d'hommes dans le palais?
BATTISTINI
Deux cents.
DE DAMBRUN
Qu'une centaine d'entre eux filent par la petite
porte de la cour et montent au pas de charge vers la citadelle, pour prendre les assaillants à revers.
RÉGIAL
11 a raison. Le coup est à risquer.
DE DAMBRUN
Moi et une dizaine de Français de bonne volonté, nous accompagnerons les miliciens pour leur mettre du cœur au ventre.
RÉGIAL, à Florent.
Voyez si la porte n'est pas gardée. {Florent sort par la. salle de bal.)
BATTISTINI
Je suis aux ordres de M. le capitaine Tostain.
LE CAPITAINE TOSTAIN
C'est moi qui irai à la citadelle avec une centaine d'hommes. Florent et vous, avec les autres, vous resterez ici et tiendrez bon jusqu'à demain matin.
BATTISTINI
Bien, capitaine.
LE CAPITAINE TOSTAiN
Mais, me faire obéir des miliciens, comment? Ils ne savent pas le français...
TRON
Les imbéciles ! Il y a trente*ciiaq ans que nou s sommes dans leur pays et ils ne parlent pas encore notre langue!
BÉRI6NY
Et les sergents?
BATTISTINI
Saouls d'alcool et d'opium.