‹ Les sauterelles: pièce en cinq actesChapitre 21 sur 27 · VAL AT · texte numérisé non relu

VAL AT

Fabuleux !

BÉRIGNY

Pourquoi de nouvelles troupes?... Sur le mamelon de l'hôpital, il y a une batterie dominant la ville, de là...

LE CAPITAINE TOSTAIN

Une batterie, oui, mais pas d'obus. Les arsenaux de France se sont trompés de calibre pour les boulets.

RÉGIAL

Mais, par le fleuve, avec les torpilleurs...

FLORENT

Nos torpilleurs sont à cinquante kilomètres, à Prabang, puisqu'on n'a pu nous construire des quais à Shong-Hoï, et la plupart sont désarmés, sans matelots spécialistes; nous en avons neuf sur quarante, les autres sont à Toulon.

RÉGiAL, à Lambourde.

Il nous reste alors les chaloupes de la douane.

LAMBOURDE

Ah! les chaloupes!

RÉGIAL

Pour lesquelles vous nous avez fait acheter les canons de la frégate hollandaise...

LAMBOURDE

Mais c'est que... après les avoir achetés...

RÉGIAL

Eh bien?

LAMBOURDE

On s'est aperçu que les canons étaient trop

longs...

RÉGIAL

Alors, qu'en a-t-on fait?

LAMBOURDE

On les a mis à fond de cale, pour servir de lest.

RÉGIAL, exaspéré, A fond de cale!...

LEBRAY

iQuoM pas moyen de se défendre?

DE DAMBRUN, revena/Tit.

Le téléphone vient d'être coupé; heureusement, j'avais déjà communiqué avec la caserne.

RÉGIAL

Eh bien, descendent-ils?

DK DAMBRUN

II? ne parviennent pas à réparer le pont. A mesure que des soldats de bonne volonté se mettent à l'ouvrage, d'en bas, les indigènes tirent sur eux. Pour établir même une passerelle de fortune, il faut que, du dehors, on déloge les indigènes de leur position.

LEBRA.Y

Comment! Ça nous est impossible!

RÉGIAL

Si les soldats ne sortent pas de la citadelle, les émeutiers se rendront les maîtres de la ville...

VALAT

Et nous sommes fichus!

/ TROU

Peutan de bouno méro !

MADAME LAMBOURDE

Messieurs... Messieurs...

2 J MADAME REGIAL

^ f Je vous en prie...

MADAME LEBRAY

Capitaine... Lieutenant...

FLORENT

Nous VOUS défendrons...

Cependant, il faut que nous trouvions quelque moyen...

DE DAMBRUN

Attendez... (/i remonte.) J'ai une idée... Battistini! Battistini!...

BATTiSTiNi, en coulisse.

Hein?... Quoi!...

DE DAMBRUN

Venez vile, venez !

BATTISTINI

Me voilà!... {Il psiraît.) Ils seront bientôt là, vous savez. Je les entends hurler dans la nuit...

DE DAMBRUN

On a fait sauter le pont-levis de la citadelle et les troupes sont prisonnières dans ce nid d'aigle ! Aidons-les à sortir, ou nous n'aurons qu'à attendre la mort en nous croisant les bras. Combien avez-vous d'hommes dans le palais?

BATTISTINI

Deux cents.

DE DAMBRUN

Qu'une centaine d'entre eux filent par la petite

porte de la cour et montent au pas de charge vers la citadelle, pour prendre les assaillants à revers.

RÉGIAL

11 a raison. Le coup est à risquer.

DE DAMBRUN

Moi et une dizaine de Français de bonne volonté, nous accompagnerons les miliciens pour leur mettre du cœur au ventre.

RÉGIAL, à Florent.

Voyez si la porte n'est pas gardée. {Florent sort par la. salle de bal.)

BATTISTINI

Je suis aux ordres de M. le capitaine Tostain.

LE CAPITAINE TOSTAIN

C'est moi qui irai à la citadelle avec une centaine d'hommes. Florent et vous, avec les autres, vous resterez ici et tiendrez bon jusqu'à demain matin.

BATTISTINI

Bien, capitaine.

LE CAPITAINE TOSTAiN

Mais, me faire obéir des miliciens, comment? Ils ne savent pas le français...

TRON

Les imbéciles ! Il y a trente*ciiaq ans que nou s sommes dans leur pays et ils ne parlent pas encore notre langue!

BÉRI6NY

Et les sergents?

BATTISTINI

Saouls d'alcool et d'opium.

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