‹ Les sauterelles: pièce en cinq actesChapitre 26 sur 27 · I MARCELLE · texte numérisé non relu

I MARCELLE

Pitié pour ces pauvres gens.

MADAME LEBHAY

Oh ! monsieur le gouverneur, ne vous montrez pas impitoyable.

-O MADAME LAMBOURDE

^ \ Ils ont des femmes et des enfants eux C^ aussi...

MADAME RÉGIAL

Mon ami...

MESDAMES LEFISCAL, LAMBOURDE et BLANCHET

\ Monsieur le gouverneur...

MADAME BÉRIGNY

Monsieur le gouverneur, deux fois vous avez fait appel à mon dévouement. Je ne vous l'ai pas marchandé. Je ne vous demande en retour qu'une récompense : la grâce de ces malheureux.

Ah ! madame. . . je n'ai rien à vous refuser. Au surplus, il ne me déplaît pas d'user modérément de la victoire, de donner aux indigènes une

leçon de civilisation et de leur montrer la magnanimité des Européens. {A Tostain.) La vie sauve à ceux qui se rendront... Et maintenant, une dépêche à Paris pour éviter le travestissement des faits... [Il appelle.) Maurin !]

LEBRAY

Ah ! cette dépêche, monsieur le gouverneur général!... Je méditais sur sa teneur. Avant tout, qu'elle réponde aux attaques injustifiées dont nous serons les victimes à propos de cette mutinerie, qu'elle en donne une explication; or je vais vous dire pourquoi et contre qui les indigènes se sont révoltés.

LAMBOURDE

Contre qui ? Contre nous !

LEBRAY

Non pas ! Contre les grands mandarins et la cour! La preuve, c'est que Nam Trieu s'est tué de désespoir et qu'on a assassiné l'empereur.

LAMBOURDE

Et pourquoi cette révolte ?

LEBRAY

C*est qu'à l'exemple des Français, les Tmères ont voulu être un peuple libre, s'administrant directement... par notre intermédiaire... Donc, messieurs, plus de mandarins, plus d'empe-

reur. Autrement dit, ce pays cessera d'être un pays de protectorat. Par la force des choses, il sera devenu...

Quoi?

Une colonie.

J'y pensais.

Mais oui.

Une colonie !

LAMBOURDE

LEBRAY

RÉGI AL

TRON

BLANGHET

PIÉTREQLIX

Rien de plus juste.

LEFISGAL

Cependant prenons garde que les indigènes...

RÉGIAL

Soyez paisible, monsieur Leiiscal... J'ai trouvé le moyen, je pense, d'obtenir ce que nous souhaitons, sans mécontenter les indigènes, car je leur ferai en retour un présent... inestimable! [Au sténographe qui vient d'entrer.) Écrivez : « Une révolte a éclaté cette nuit, dirigée contre la cour, les mandarins et l'empereur qui a été assassiné. J'ai pu apaiser les mutins. Tout est

rentré dans l'ordre. Mais il convient de faire droit aux vœux des indigènes qui réclament une plus grande liberté. Je vous propose donc, monsieur le ministre, d'annexer le pays en accordant aux Tmères une Chambre consultative indigène, élue par eux au suffrage universel. »

PIÉTREQUIX

Très bien !

Admirable \

LEFISGAL

LEBRAY

Parfait ! La France aura sa colonie et les Tmères seront électeurs. Si après ça les indigènes ne sont pas satisfaits !..

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