‹ Les savants GodefroyChapitre 21 sur 36 · M""" GITTARD · texte numérisé non relu

M""" GITTARD

LES GITTAllD

Catherine-Joseph, iiéc en avril 1702, troisième fille de M. Jean Godefroy d'Aumont et de Catherine-Ursule Le Gay du Chastel, fut la seule qui se maria, et un peu tard. Les correspondances de famille la dépeignent aimable, d'humeur vive et enjouée, chérissant ses parents, et fort goûtée dans leur cercle intime. On l'appelait dans le monde M"" de Langlée.

Le commandant du génie à Lille, logé au fort Saint- Sauveur, était un officier supérieur du nom de Giltard, chevalier de Saint-Louis. Il avait deux lils servant dans la même arme, lun et l'autre liés de jeunesse avec les deux frères de Catherine-Joseph. L'ainé, Claude-Louis, ayant le grade d'Ingénieur en chef de

la place de Maubeuge, obtint sa main en juin 1732, et l'emmena dans cette résidence, qu'il conserva quelques années encore ; résidence non sans agrément , le Chapitre noble des dames chanoinesses y formant un fonds de bonne compagnie, dont peut-être la médisance n'était pas assez bannie. La garnison, les inspections militaires, les allées et venues des Intendants entretenaient un certain mouvement. Le gouverneur, M. de Damas, homme de cour, aimait à représenter ; si bien que M. Gittard se plaignait d'être obligé d'y diner sans cesse.

En 1734, le siège de Philisbourg où il fut employé, sépara momentanément les deux époux ; il en revint sain et sauf, et demanda vainement à faire encore campagne l'année suivante.

En 1736 madame Gittard mit au monde une fdle qui vécut à peine assez pour recevoir le baptême. Tout Maubeuge prit part à ce malheur et s'empressa de le témoigner. L'une des chanoinesses, M"*" de Croy, dut se priver de le faire en personne. Elle partait pour un voyage et voulait auparavant porter ses condoléances. Mais c'était le neuvième jour, et les anciennes y mirent \Qveto en rappelant que, selon leur régie, les chanoinesses avaient défense de pénétrer dans la maison d'une accouchée avant le dixième jour.

L'affliction que la pauvre mère ressentit, jointe aux souffrances atroces de l'accouchement , altéra profondément son tempérament. Plus tard, un chagrin soudain et cruel que la correspondance ne spécifie

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point autrement, acheva de le délabrer. Elle arriva toute maladive à r.a Rochelle où sou mari s'installait en août I7'i;j, comme Directeur du Génie, après avoir occupé pendant quelque temps le poste dingénieur enchef des ville et citadelle de Lille. Mais elle n'était plusen état de jouir de cet avancement,ni des agréments de sa nouvelle position et de la société de La Rochelle qui l'accueillait avec tous les égards possibles. Minée par une toux incessante, dégoûtée de toute nourriture, ayant en aversion médecins et remèdes, elle aspirait au retour à Lille qu'elle n'était plus en état d'effectuer. L'enjouement chez elle avait fait place aux caprices d'une poitrinaire, aux inquiétudes et au découragement d'une personne frappée. Elle s'éteignit sur la fin de mars I74i, après douze ans d'une union •qui parait avoir été heureuse, si j'en juge par les lettres de son mari. Celui-ci prit naturellement en déplaisance le séjour de La Rochelle, empreint d'un si douloureux souvenir : il partageait d'ailleurs l'attrait (le sa femme pour la Flandre où il avait été élevé, et dont il croyait l'air plus favorable à sa santé ébranlée. Dès longtemps il souffrait d'un asthme; bientôt s'y joignirent des vapeurs et de l'engourdissement. Toutefois ses sollicitations pour obtenir un changement vers le Nord ne furent pas promptement exaucées; et en attendant il eut beaucoup à faire pour mettre en état de défense les côtes de l'Aunis menacées par la Hotte anglaise.

Enfin, en août 174(), il reçut une commission qui

était à la fois un avancement et un témoignage de confiance, celle de Directeur du Génie à Ypres et autres places nouvellement conquises des Pays-Bas. Mais à peine en fonctions, il mourut subitement à Lille dans la nuit du 28 au 29 novembre. Rien ne faisait présager un tel accident : il venait de diner et passer la soirée chez des amis. Son père l'avait précédé de cinq mois dans la tombe.

J'ignore l'époque à laquelle la croix de saint Louis récompensa ses services : il la portait en 1739.

Son frère cadet, M. Gittard du Plessis, employé d'abord à Aire dont il trouvait le séjour maussade, fut envoyé en septembre 1732 au siège de Saint-Omer, et attaché l'année suivante à la place de Givet où il demeura un assez long espace de temps. Il fit à larmée d'Allemagne, dans la brigade d'Aumale, la campagne de 1735, sur laquelle ses lettres fournissent quelques détails. Elle fut d'abord assez inactive ; les officiers généraux et les seigneurs charmaient les loisirs du campement en passant les nuits à table et au jeu. Elle finit à l'entrée de l'hiver par une retraite en deçà de la Moselle où nos troupes souffrirent durement du froid et du manque des subsistances.

En 174711 épousa M"*' Carpentierde Brannay dont la famille avait habité Lille et voyait beaucoup la mienne.EUe possédait en Bourgogne, prés de Pont-sur- Yonne, la terre de Brannay avec château, bois et vignes. Ces (^irpentier se croyaient anciens; il est question de recherches faites à leur requête sur un

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Siger Carpentier, soigneur de Vanes et dWttiches près Lille, lequel aurait, en 12Go, donné les dimes d'Attichesà l'abbaye de Cysoing. Quant aux Gittard, ils n'étaient pas sûrs de leur noblesse, et pour se mettre en régie, celui-ci, par le conseil de M. d'Hozier, acquit en 1747 une charge de secrétaire du Roi près le Parlement de Besançon, moyennant 30,000 livres, plus 2,000 pour frais de réception. Ces charges conféraient la noblesse héréditaire au titulaire mourant en exercice ou ayant exercé vingt ans, et rapportaient quatre pour cent d'intérêts du déboursé.

De Givet, il passa Ingénieur en chef à Bouchain. Détaché en 174i pour le siège d'Ypres, il en revint avec Lacroix de saint Louis. La commission de capitaine qu'il reçut en 1747, semble avoir satisfait son ambition. Il ne voyait pas. grand espoir à pousser plus loin la carrière. Le soin d'une santé devenue inégale, l'éducation d'un fds, l'intérêt de propriétaire le faisaient habiter le plus possible à Brannay; il aimait le séjour de cette terre dont il portait le nom depuis

En s'y installant, il avait dû d'abord vaquer à une liquidation la!)orieusc pour la dégrever, et se débattre contre un notaire de Lille, dont les exigences sont curieuses à citer. Ce digne homme, qui connaissait l'art de tirer d'un sac deux moutures, ne se contentait pas de ses droits de recette, honoraires et frais d'actes, etc. Il prétendait en outre à douze patars par heure consacrée aux affaires des clients; trois

patars poarchaouns de leurs lettres qa'il prenait la p3ine d3 lire; trsnte-six patars pour chacune de celles qu'il leur écrivait. (Le patar valait cinq liards.)

Je ne sais rien de M. Gittardde Brannay au-delà de 1 749.

Ce que j'ai consigné ici sur les deux frères m'est fourni principalement par leur correspondance avec mon grand père, correspondance qui, sauf des interruptions, va de 1732 à 1749. Elle est trés-affectueuse, familière, intini},et par là même remplie surtout de menus détails devenus sans intérêt d'un siècle à l'autre. J'y vois qu3 leur amitié n'eut point de nuages, que constamment on compte sur les avis et l'obligeance de mon grand père, qu'on ne le possède jamais assez : on ne le querelle qu3 sur son in3x.aclitude à répondre et sur son indéchiffrable écriture.

J'y démêle que les rapports de M. Gittard père avec ses fils étaient assez froids. Peu ouvert, peu généreux, il semble les avoir tenus volontiers à distance, et s'être contenté de conserver leur respect, sans provoquer leur confiance et leur tendresse.

Le style des deux frères est correct et naturel : l'aîné s'échappe à y mêler quelques gaillardises qui rappellent le temps oùlaPucelle de Voltaire trouvait beaucoup de friands en circulant sous le manteau. L'un et l'autre laissent poindre l'esprit indépendant et frondeur assez fréquent dans les armes savantes.

JEAN-BAPTISTE-ACHIU-E

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