‹ Les savants illustres du XVIe et du XVIIe siècleChapitre 18 sur 40 · S() LES SAVANTS ILLUSTRES · texte numérisé non relu

S() LES SAVANTS ILLUSTRES

OU bien conçoit des inquiétudes au sujet de ]a stabilité des mouvements célestes; aussitôt il s'empresse de conclure que l'intervention directe de la puissance divine devient dès lors nécessaire, et Dieu se trouvera ainsi prouvé. Mais si, par suite du progrès des sciences, les géomètres parviennent à interpréter les mêmes faits en les rattachant à des causes purement naturelles, que deviendront les arguments qu'on prétendait en tirer en faveur de l'existence de Dieu ? Les athées ne vont-ils pas Us retourner à leur profit et en tirer un avantage considérable? Et ceci n'est pas une simple supposition : la plupart des difficultés qui arrêtaient Newton sont aujourd'hui résolues par les principes mêmes de l'attraction. En particulier, personne ne partage plus ses craintes au sujet des inégalités planétaires qui, par leurs accroissements successifs, devaient enfin amener fatalement la ruine de notre système, à moins que Dieu n'intervînt de temps en temps pour remettre les choses en bon état. La machine céleste n'est point sujette à de telles perturbations, car le Créateur l'a pourvue, avec une sagesse merveilleuse, de tous les éléments nécessaires pour en assurer la perpétuelle harmonie ; et, il faut bien le reconnaître , la preuve qu'on en tire en faveur du plan divin est

infiniment supérieure à celle qui aboutit à nous montrer Dieu comme un ouvrier malhabile, sans cesse occupé à retoucher son œuvre. « Singulière philosophie et bien religieuse! dit à ce sujet M. Biot, qui place le pouvoir divin immédiatement à la limite de l'ignorance de l'homme ; de sorte que Dieu devient ainsi moins nécessaire à mesure que l'homme, sa créature, devient un peu plus savant. »

Il ne sera pas sans intérêt de remarquer que la tâche de compléter l'œuvre de Nevs^lon, et en particulier de donner une preuve mathématique à la stabilité du bel ordre de l'univers, était réservée à des savants très éloignés, par les habitudes de leur vie, de partager ses sentiments ro* ligieux. Laplace, Lagrangc, Poissonn'avaient pas, à cet égard, des prétentions fort élevées, et, sans accueillir aveuglément les accusations graves que certains biographes font peser sur leur mémoire, il est cependant permis de dire que le sentiment des vérités surnaturelles et divines laissait beaucoup à désirer de leur part i. Mais

1. On raconte que l'empereur Napoléon, ayant un jour manifesté à Laplace son étonnement do ne trouver nulle part l'idée de Dieu inscrite dans son grand ouvrage, l'auteur de la Mécanique céleste aurait répondu ; qu'il n'en avait pas eu besoin. Ces paroles, prises à la lettre, ne se-*

c'est le propre de toute étude consciencieuse de conduire inévitablement le savant à la vérité, et de le rendre, souvent à son insu, l'instrument de découvertes dont il ne prévoyait pas les conséquences.

Les idées de Newton sur la divinité se trouvent encore exposées dans le célèbre scolie placé à la fln du livre des Principes. Sous le rapport des idées, cet écrit est bien supérieur aux lettres à Bentley ; cependant on peut lui reprocher son caractère de philosophie lourde cl compassée, sa forme sentenlieuse et presque géométrique, qui laisse le lecteur froid et indifférent. Le Dieu de Newton a droit sans doute à nos hommages et à nos respects, mais il faudrait quelque chose de plus pour le faire aimer.

Le Commentaire sur les prophéties de Daniel , sur l'Apocalypse de saint Jean se présente avec [1 appareil scientifique encore plus prononcé, 'auteur commence par établir ses définitions et !S axiomes, ni plus ni moins qu'un géomètre ;

ient rien mains qu'impies; mais ce qui précède permet m donner une inlerp relation adoucie et de n'y voir qu'une iticjue paradoxale et trop peu ménagée des idées philosoiquea de Newton. On sait, du reste, que l'empereur n'élait s de caractère à tolérer en sa présence une profession ithéisme.

une tète d'animal signifie un chef d'état; les cor-^ nés de cette tête caractérisent les divers royaumes placés sous sa domination ; la vue symbolise rintelligence, la bouche un législateur et ainsi du reste. Ces principes une fois concédés, Nevyrton développe son argumentation avec une dialecti* que rigoureuse, et, pour ainsi dire, sous forme de théorèmes. Dans ce système, TËglise catholique est fort maltraitée, comme on pouvait s'y attendre de la part d'un protestant zélé. Aux yeux de New^ton, le pouvoir des papes est évidemment représenté par la onzième coî'ne des prophéties de Daniel ; la naissance de ce pouvoir et ses pro-» grès successifs sont expliqués et prédits par Daniel et saint Jean, ainsi que sa décadence et sa ruine prochaine dont la date précise est annoncée, avec assurance. Tout cela est exposé, du reste, avec beaucoup de calme et de modération; si Ton rencontre parfois des termes personnellement injurieux pour Rome et pour le souverain pontife, ce sont les paroles mêmes des prophètes et c'est par leur propre bouche que Newton prétend dresser l'acte de condamnation de la papauté.

Deux autres écrits théologiques nous présentent l'orthodoxie de Newton, considéré même comme protestant, sous un jour assez fâcheux.

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