‹ Les savants illustres du XVIe et du XVIIe siècleChapitre 19 sur 40 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

Le premier a pour Litre : a Mémoire hisLoriqus snrdeux altéraliona notables du texte de l'Ëcrir ture », et fut composé vers l'année 1690. Les deux passages dont il s'agit o&t rapport âU mystère de la Trinité divine ; Newton prétend qu'ils ont été introduits après coup, el l'ensemble de sa diacuasion a donné lieu de supposer qu'il partageait les principes des doctrines Soeiniennes. Cette interprétation serait encore con* firmée par le second écrit intitulé ; i Questions paradoxalea concernant Athanase el sea adhérents, u Le grand évê(fuB y est traité d'une Façon très irrévérencieuse et s'y trouve chargé de plusieurs crimes, tandis que son adversaire Arius obtient une réhabilitation complète, el que la foi du concile de Nicée, au sujet de la Trinité, est vivement attaquée, (Juol était le but de Newton an composant ces dissertations? On l'ignore ; ce qu'on peut dire seulement à sa décharge, c'est qu'elles ne furent divulguéea qu'après sa mort, et que, de son vivant, il s'opposa toujours à leur licalion:

n cite encore do Newton un Byslème de chro* ■gie dans lequel il s'efforce de prouver que intiquilés grecques et latines se réduisent à fables et h des ûcliona poétiques sans valeur BUse, et de restituer l'histoire de ces périodes^

en s'appuyant sur certains faits astroHomiques et 9ur. diverses considérations théoriquesi Ge 9ys« ième, habilement conçu, a joui quel(|Ue temps d'une véritable faveur; mais, depuis, il a été tout à fait abandonné.

Les productions théologiques de Newion , comme on vient de le voir, .ne sont pas d'un or* dre élevé ni d'Ulie orthodoxie bien sûre, mais el« les prouvent du moitis que, chez lui, le sentiment religieux était très développé ; c'est aussi ce qui résulte de l'ensemble de sa vie et de sa conduite privée. La contemplation habituelle des merveil* les de la nature lui inspirait une viVe admiration ' et un profond respect pour le Créateur, et en môme temps l'expérience qu'il avait de rinsuffîsance de l'esprit humain pour atteindre l'extré'» mité des sciences, faisait encore ressortir davantage, à ses yeux, la grandeur de l'œuvre divine^ Comme on vantait uû jour, devant lui^ ses magnifiques découvertes^ il se contenta de répon* dre : c Je ne sais ce que le monde pensera de mes travaux, mais^ pour moi, il me semble que je n'ai rien été qu'un enfant jouant sur le bord de la mer, et trouvant tantôt un caillou plus poli^ tantôt une coquille plus agréablement variée, tandis que l'océa» de la vérité s'étendait inex^ ploré devanl moi. <

Les doctrines protestantes, dont il était un fervent partisan, ne restaient pas pour lui un simple objet de spéculation ; il les faisait passer avec exactitude dans le cours ordinaire de sa vie, et il accomplissait scrupuleusement les pratiques imposées par ses croyances. Lorsque ses coreligionnaires eurent à subir, en France, les conséquences de la révocation de l'édit de Nantes, il prit très chaudement leur défense, et l'on n'apprendra pas sans intérêt que le légîslateiir de l'astronomie délibéra sérieusement s'il ne partirait pas, un mousquet sur l'épaule, pour porter secours aux Camisards des Cévennes.

Newton ne fut jamais marié ; sans cesse abîorbé par de profondes méditations, il n'eut jamais le loisir de songer & ce qui n'était, pour lui, qu'un détait de la vie. Suivant quelques biographes, il aurait recherché, à une certaine époque, une veuve du nom de Norris ; mais la lettre sin* gulière qu'il écrivît à cette dame, et sur laquelle repose cette supposition, peut difOcilement être considérée comme une proposition sérieuse de mariage. Hâtons-nous d'ajouter que sa moralité est restée h l'abri de tout soupçon. La pureté de ses mœurs était même portée à tel point qu'il ne pouvait entendre, sans protester, un discours licencieux. Le chimiste Viganï, avec qui il était

fort lié, s'étant laissé aller à raconter, en sa présence, une histoire un peu leste, il rompit brusquement avec lui et ne voulut plus le revoir.

On raconte également que l'astronome Halley ayant une fois prononcé devant lui quelques paroles qui sentaient l'impiété, il le reprit vivement en lui disant qu'il avait lui-même étudié toutes ces choses et qu'il savait à quoi s'en tenir. C'est, du reste, une circonstance bien connue et souvent rappelée que Newton avait coutume de se découvrir avec respect quand il entendait prononcer en sa présence le nom vénéré de Dieu.

Malgré des qualités sérieuses, on voit cependant que le caractère philosophique de Newton n'atteignait pas un niveau très élevé ; on peut en dire autant de son caractère personnel, Cet homme, si grand dans la science, ne l'était pas également dans les détails de la vie privée ou publique ; l'admiration que nous inspirent ses magnifiques découvertes ne doit pas nous aveugler sur ses défauts et nous empêcher de signaler les ombres qui, dans diverses circonstances, ternissent jusqu'à un certain point l'éclat de son incomparable génie.

Le marquis de l'Hôpital demandait un jour à un Anglais de ses amis si l'auteur du livre des Principes^ soumis aux besoins vulgaires de l'hu-

manité, mangeait, buvait et dormait comme les autres ; on peut juger par là du degré d'enthousiasme que les travaux de Newton inspiraient à ses contemporains. Mais là se bornait la nature des sentiments qu'on éprouvait pour lui ; sa per-» sonne n'était point sympathique, elle était caractérisée par cette roideur et cette morgue qui pa» raissent être plus particulièrement l'apanage du protestantisme britannique. Malgré sa réserve et sa modération habituelle, on lui connaît beaucoup d'ennemis, aucun de ces amis de cœur dont Taf» fection et le dévouement n'ont rien à craindre du. temps ni des divergences d'opinion. Il ne pou-^ vait souffrir la contradiction. Le savant Whiston avait été d'abord son suppléant, puis son successeur à Cambridge; mais il finit par perdre ses bonnes grâces parce qu'il s'était permis d'émettre, sur certaines questions de critique historique, un avis différent du sien. Plus tard, lorsque Whiston fut présenté pour être admis à la Société Royale de Londres, dont Newton était président, celui-ci s'y opposa avec une animosité extrême, sous prétexte que le candidat professait des opinions hétérodoxes sur divers points de l'Ecriture, et déclara qu'il quitterait la présidence plutôt que de consentir à la nomination d'un hérétique. Whiston fut, en effet, obligé de retirer sa candide-

tiire. a Si le lecteur, dit-il ^ ce sujet dans un dé ses écrits, désire savoir la véritable cause de rinimitié de Newton contre moi, je rappellerai que, pendant plus de vingt années, j*avais été honoré de son amitié et de son estime ; mais,, comme il exigeait une soumission ponctuelle et absolue, dont je m'écartais quelquefois, efc comme il m*arrivait de le contredire, il s'éloigna de moi. Pendant les trente dernières années de sa vie, je ne le revis plus. Son tempérameiit était le plus craintif, le plus circonspect que j*aié ja-* mais connu. Jamais, de son vivant, je n'aurais osé publier la réfutation si complète et si triom-é phante de son système chronologique ; avec le caractère que je lui connaissais, un tel coup Tèût tué. »

La célèbre querelle de Newton contre Leibnitz fit paraître également des sentiments d'animosité peu dignes d'un philosophe. Sans revenir sur les détails de cette lutte regrettable, nous dirons seulement que Newton, fidèle à son système de politique ombrageuse et craintive, évita long-* temps de prendre une part personnelle aux dé-» bats^ se contentant d'exciter et de diriger les savants anglais qu'il lançait en avant comme des sentinelles perdues. Tous les partisans de son adversaire étaient compris dans la même inimiitié

tenace et persistante. En 1721, cinq ans après la mort de Leibnitz, Jean Bemoulli ayant écrit à Newton pour le prier de lui envoyer son portrait, celui-ci, au lieu de satisfaire ce désir, qui était en définitive un hommage rendu à sa per-« sonne, refusa d'une façon très déplaisante, sur ce motif que BernouUi n'avait pas suffisamment reconnu ses droits à diverses découvertes, notam'ment à celle du calcul différentiel.

Ses démêlés avec l'astronome Flamsteed nous montrent encore son caractère sous un aspect peu favorable. Flamsteed, en ôa qualité de directeur de rObservatoire Royal, avait accumulé un grand nombre d'observations qu'il communiquait volontiers à Newton, et dont ce dernier tirait bon parti pour perfectionner ses propres travaux. Toutefois il vint un moment où ces communications cessèrent d'être assez fréquentes et assez complètes, au gré de Newton ; il s'en plaignit amèrement, et, non content de témoigner sa mauvaise humeur à Flamsteed par des lettres et des procédés désagréables, il interrompit tout rapport avec lui et s'efforça, en outre, de le desservir auprès du roi.

' On peut encore ajouter que Newton se montra peu généreux à l'égard du géomètre Cotes, qui lui avait rendu des services considérables. Parvenu à

un âge avancé, Newton avait entrepris de donner une nouvelle édition de ses Principes^ après avoir corrigé les endroits défectueux et perfectionné ceux qui étaient susceptibles d'amélioration; mais sa vieillesse pouvait difficilement se prêter à une tâche de ce genre. Cotes, alors à peine âgé de vingt-sept ans, lui vint très utilement en aide et se livra pendant plusieurs années à un travail ardu et ingrat -de révision, reprenant la démonstration de toutes les propositions, vérifiant tous les calculs, et cela avec une abnégation et un talent dignes de tout éloge. Ce travail fut Tobjet d'une longue et intéressante correspondance où Ton voit les services très réels dont Newton fut redevable à Cotes, et cependant il ne prononça pas, même dans la préface, le nom de son jeune et dévoué collaborateur, et ne lui donna aucun de ces témoignages qui auraient eu tant de prix et qui auraient si peu coûté à un aussi riche génie.

Le rôle de Newton en politique n'est pas non plus de nature à lui faire grand honneur. En 1689 , l'université de Cambridge l'avait choisi pour la représenter au parlement. Dans le cours de la même année, le roi Jacques II ayant été détrôné et remplacé par son compétiteur Guillaume, Newton ne fit aucune difficulté de prêter

serment au nouveau roi, et pressa même ses collègues d'en faire autant. • L'allégeance, leur dit-il à cette occasion, et la protection sont ré* ciproques ; le roi Jacques ayant cessé de nous protéger, nous cessons de lui rien devoir. C'est Guillaume aujourd'hui qui nous protège, c'est à lui que nous devons obéissance. Je n'ai pas à juger les opposants; si le fait est blâmable, il est accompli, et je me borne à dire : Quod fieri non debuit, factum est, »

Dans une autrei^ circonstance, se trouvant à dîner avec des amis, il proposa un toast à la santé du nouveau roi; mais, voyant sa proposition mal accueillie, il reprit sans se déconcerter : a A la santé de tous les honnêtes gens, messieurs ; sur ce point du moins nous sommes tous d'accord. » Toutefois une telle facilité d'opinions parut peu admissible chez un personnage politique ; aussi ne fut-il pas réélu à la chambre des communes où il ne reparut qu'en 1701, pour y faire preuve de la même médiocrité.

C'est encore Newton qui, en 1714, proposait, pour être souscrite par toutes les personnes attachées à l'Etat, la formule suivante de serment, où l'on voit apparaître tout à la fois l'intolérance de ses convictions protestantes et la naïve facilité de ses opinions politiques : « Nous, soussignés,

reconnaissons et déclarons solennellement, et sans aucune équivoque ni restriction mentale, croire sincèrement que l'Eglise de Rome est, en doctrine et en culte, une Eglise fausse, sans charité et idolâtre, avec laquelle il n'est pas légalement permis de communiquer; que les Eglises luthérienne et calviniste de l'étranger sont des églises véritables, avec lesquelles on peut communiquer légalement ; que leUr baptême est valide et authentique; enfln, que l'Eglise d'Angleterre n'est pas mise en péril par l'accession de la maison de Hanovre au trône de la Grande- Bretagne. »

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