LES TKOIS DE JUSSIEU
calice monophyle ou polyphyle, Tovaire simple ou multiple, le nombre, la proportion, la connexion des étamines, le nombre des loges du fruit et sa manière de s'ouvrir, la position des feuilles et des fleurs, etc., etc.
Grâce à cette classification des signes par lesquels se classent les plantes , Laurent a toujours devant lui le classificateur qui le guide. Il ne s'agit plus que de respecter partout cette première classification qui donne Tautre. Ne laissez jamais s'introduire un caractère de genre dans la définition d'un ordre, ni un caractère d'ordre dans la définition d'un genre. L'ordre naturel est si bien là que la moindre interversion ferait dissonnance.
En 1793, le Jardin des Plantes reçut une organisation nouvelle et prit le titre de Muséum d'histoire naturelle. Daubenton en fut le premier directeur. M^ de Jussieu lui succéda. Dans ces temps difficiles, il se dévoua tout entier à l'administration de ce bel établissement. Les bibliothèques des corps religieux venaient d'être supprimées; il obtint d'y choisir tout ce qui avait trait à l'histoire naturelle, et réunit ainsi les éléments de la bibliothèque, aujourd'hui si riche, du Muséum.
Presque toujours enfermé dans son cabinet, M. de Jussieu était demeuré étranger à toutes les agitations politiques qui, alors, remuaient la France. On lui avait fait quelques reproches de n'avoir jamais paru aux assemblées populaires. 11 jugea opportun, après avoir toutefois donné le dernier bon à tirer de §on Gênera, d'aller à sa section qui était celle des Sans-Culottes. On
nommait, ce jour-là, un président : à sa grande stupéfaction, il fut immédiatement promu aux honneurs du fauteuil. A partir de ce moment, les dignités municipales plurent sur lui, qui ne demandait ni n'osait refuser ces honneurs dangereux, et ne cherchait qu'une occasion de rentrer au plus vite dans sa botanique.
M. Adrien (de Jussieu) avait noblement compris, noblement accepté le grand poids de la renommée de ses ancêtres. Ses travaux marqués au coin de la vraie supériorité, témoignent par leur petit nombre même, dû à ce qu'il ne voulait s'en permettre que d'excellents, de son respect pour ses aïeux et pour lui-même, d'ailleurs si richement pourvu de tous les moyens de bien faire. Quelques-uns de ses mémoires sont des modèles achevés de cette étude complète et approfondie des familles, qui embrasse non seulement tout ce qui tient à la formation des groupes, mais tout ce qui se rapporte à l'anatomie, à la physiologie, à la géographie végétale. Son Traité élémentaire de botanique est le résumé le plus substantiel, le plus précis , et le plus élégant à la fois ; enfin son article Taxonomie du Dictionnaire universel d'histoire naturelle est le morceau le plus sensé et le plus profond qui ait été écrit de nos jours sur la grande question des Méthodes.
Son père qui lui avait laissé sa chaire du Muséum en 1826, eut le bonheur de le voir, en 1831^ prendre place à côté de lui à TAcadémie.
Flourens.