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GEORGES-LOUIS DE BUFFON

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de Daubenton, il préparait des matériaux à jamais précieux pour Tanatomie comparée.

Buffon eut deux grandes passions, celle du travail et celle de la gloire; et il eut le bonheur que celle du travail fût la première. « Je passais, a-t-il dit lui-môme, « douze heures, quatorze heures à Tétude : c'était tout « mon plaisir. En vérité, je m'y livrais bien plus que je « ne m'occupais de la gloire ; la gloire vient après si « elle peut, et elle vient presque toujours. »

Nommé intendant du Jardin du Roi, il partagea son temps entre ce jardin qui lui doit tant de gloire, et sa retraite de Montbar : c'est à Montbar qu'il a écrit sa grande Histoire naturelle^ comme Montesquieu son Esprit des Lois à La Br,ède. Les deux grands ouvrages du dix-huitième siècle sont les fruits du génie qui a eu le courage de la solitude.

Ce qui domine dans le caractère de Buffon, c'est la force, c'est l'amour de la grandeur et de la gloire : il aimait la magnificence en tout. Sa belle figure, son air majestueux semblaient avoir quelque rapport avec la grandeur de son génie; et la nature ne lui avait rien refusé de tout ce qui pouvait fixer sur lui Tattention des hommes.

Flourens. [Histoire des travaiut et des idées de Buffon. )

Les idées de Buffon, alors même qu'elles ne s'accordent pas exactement avec les faits, sont fécondes, et c'est sur ce point qu'il convient d'appuyer. Buffon a exercé sur ses successeurs l'influence d'un maître. Il n'a pas fondé

la Géologie, mais le premier il a pensé et dit que notre globe avait son histoire, que des bouleversements successifs avaient préparé Tétat dans lequel nous le voyons, que dans les entrailles de la terre et à sa surface se trouvaient les témoins de ces révolutions. Il n'a pas non plus été le fondateur de la paléontologie, mais il Ta annoncée en termes prophétiques, émouvants : le premier encore, il a émis cette opinion que différents états de création s'étaient succédé et qu'il y avait des esp^ces perdues. Il n'était pas anatomiste, mais ses idées sur l'unité du plan de la nature dans la formation des êtres étaient des vues supérieures, qui devaient, après lui, être généralisées, et qui ont d'abord otivert la voie à une science nouvelle : l'Anatomie comparée. Il a parlé de la transformation des espèces et des générations spontanées, et les partisans de ces doctrines se font forts de son autorité. D'autres savants viendront qui, dans quelques passages inaperçus, trouveront le germe ou la justification de théories nouvelles. Buffon appartient déjà à deux siècles et c'est le nôtre, ce semble, qui lui doit le plus. Il nous éclaire d'une lumière qui se projettera sans doute dans un avenir lointain. 11 est un inspirateur de vérités et de découvertes. Il prépare la venue d'autres grands naturalistes qui le continuent, qui parfois, le redressent, mais sans le surpasser. D'où lui vient ce pouvoir qu'il a de se communiquer? Certainement de la force et de la portée de ses conceptions, de sa puissance. Mais cela ne suffirait pas à expliquer l'empire qu'il a tout aussitôt exercé. Si Buffon n'avait revêtu ses pensées d'une forme incomparable, il serait encore un grand savant, mais il est davantage. Personne n'a mieux compris que lui quel lien intime

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unit ridée à l'expression, par quelle corrélation organique ridée façonne la phrase à son image et reçoit des mots eux-mêmes les dehors les plus propres à lui donner tout son prix. C'est d'abord par l'éloquence que le savant s'est imposé, et quand ses ouvrages parurent, la société à laquelle il s'adressait, sans aller au fond des choses, applaudit surtout en lui le grand écrivain. Aujourd'hui que nous avons davantage la mesure scientifique de Buffon, nous subissons encore le charme de sa manière d'écrire et nous nous inclinons devant sa perfection. Qu'on lise les premières pages des Epoques de la Nature : la pensée et la période se développent avec une égale et indivisible majesté. On ne saurait s'y méprendre: c'est la démarche du génie. Tout a été dit sur ce style qui est Buffon lui-même. Sa clarté, son ampleur, sa noblesse ont été louées sans réserve, et, dans l'avenir, recevront le même hommage de tout lecteur capable de sentir la beauté. Buffon s'est chargé d'en donner le commentaire, et grâce à cet instrument merveilleux, il a faitd'une œuvre de science une œuvre d'art.

E. Guillaume. [Discours au centenaire de Buffon.)

Si vous voulez retrouver l'image de cet homme à part dans le xvui® siècle, grave et même un peu fastueux, épris de la gloire avec circonspection, philosophe respectant tous les pouvoirs et presque tous les préjugés, gentilhomme cher à ses vassaux, comme dit Saint Lambert, et paraissant devant eux le dimanche en habit doré, ayant plus de dignité dans les manières que de délicatesse dans les goûts, plus de bonté que d'émotion, toutes ces nuances morales peuvent se démê-

1er dans le caractère même de son style, si soigné^ si noble^ sî paré. Le mot est plus vrai encore dans un sens plus littéral, et pour exprimer la personnalité même de Tauteur. L'ensemble des connaissances, des sentiments, des idées et des erreurs de Buffon, .forme, avec ses expressions, un tout indestructible qui appartient à l'avenir. Sans le style, ses découvertes partielles, et à plus forte raison ses erreurs, ne vivraient plus que dispersés dans vingt ouvrages. Par le génie de Texpression, il s'est fait une place durable dans l'instabilité progressive de la science ; et ses ouvrages ont pu cesser d'être utiles, sans cesser d'être admirés.

ViLLEMAiN. [Tableau de la littérature

au XVIIP siècle.)

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