DE CANDOLLE
Et cette belle, cette magnifique vue de M. de Candolle, cette vue si hardie, peut être déjà donnée, dans plus d'une circonstance, comme une vérité démontrée.
Quelques exemples suffisent pour le faire voir.
Tout le monde connaît le marronnier. Qu'on prenne le fruit de cet arbre, etTon y verra trois graines au plus, quelquefois une seule. Mais qu'on ne s'en tienne pas au fruit ; qu'on ouvre la fleur, et l'on y verra trois loges et deux graines dans chaque loge, c'est-à-dire six graines.
Le fruit du chêne, le gland, n'a jamais qu'une graine ; et c'est le type primitif altéré. Mais, dans la fleur du chêne, l'ovaire a toujours six graines ; et c'est le type primitif retrouvé.
Tournefort ayant continué la science, Linné lui ayant donné une langue, les deux Jussieu ayant fondé la méthode, il ne restait plus qu'à ouvrir à la botanique l'étude des lois intimes des êtres ; et c'est ce que fait M. de Candolle.
Il est le seul homme, depuis Linné, qui ait embrassé toutes les parties de cette science avec un égal génie.
Considéré comme professeur, sa gloire est unique. La botanique n'avait point encore été enseignée avec cet éclat. Des idées nettes, une méthode sûre, une élocution pleine de grâce, tout, dans ses leçons, élevait Tesprit et le captivait ; il exposait les faits, et, à côté des faits. Part de les juger ; il exposait les observations, et, à côté des observations, l'art d'observer : « L'art de découvrir, a « dit Fontenelle, est plus précieux que la plupart des « choses qu'on découvre. »
Dans ses grands ouvrages sur la Théorie de la botani-
que^ sur VOrganographie^ sur la Physiologie végétale^ il n'a sans doute ni le beau style de Tournefort, ni l'expression si merveilleusement originale de Linné, mais il a toutes les qualités qui naissent, pour Técrivain, d'une tête fortement pensante ; il a les qualités qui, dans les matières philosophiques, sont les premières : il est élevé et clair.
La seule exploration des hautes régions des Alpes parce botaniste, prouve que l'enthousiasme de la science a une intrépidité qui ne le cède à aucune autre. Un jour, il veut gagner le grand Saint-Bernard par le col Saint- Remy, presque impraticable. Le col franchi, reste une pente très inclinée, fortement gelée, et qui se termine par un précipice. Les guides marchaient en avant, marquant les pas dans la neige avec leurs bâtons ferrés. Notre voyageur suivait en silence. Tout à coup le pied lui manque, et, glissant avec une effroyable rapidité, il entend les cris de détresse de ses guides, qui ne peuvent lui porter secours. Enfin il aperçoit une petite fente dans la glace ; il y enfonce fortement son bâton, et ce bâton l'arrête. Aux. cris de détresse succèdent des cris de joie ; le plus intrépide de ses guides vient à lui par un long détour, et, lui traçant un. chemin sur la neige, le reconduit jusqu'à un lieu sûr. « Ah ! lui dit alors ce brave homme, en l'embrassant, personne ne m'avait jamais donné tant d'inquiétude. »
Flourens.
Ses théories roulaient sur la nature des organes des plantes et sur leurs dispositions respectives. Elles ten-