‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 133 sur 144 · FLOURENS (JEAN-PIERRE · texte numérisé non relu

FLOURENS (JEAN-PIERRE

Maureilhan (Hérault), 1794 ; Montgeron (S. et 0.), 1867. — Physiologiste et littérateur. Professeur au Collège de France et au Muséum. Membre de l'Académie française. Député.

Phvsioloffie du système nerveux. Utilisation du chloroforme. Formation des os.

Recherches sur la physiologie du système nerveux. — instiact et intelligence des animaux. — Travaux de Cuvier. — Travaux de Buffon. — Théorie de la formation des os. — Fontenelle. — Découverte de la circulation du sang. — Longévité humaine. — De la raison et. de ^la foUe. — Eloges historiques, 4 vol.

En somme, la physiologie des centres nerveux intracrâniens n'existait pas en 1821. Flourens se mit à l'œuvre. Dès ses premières recherches, la lumière se fit ; les diverses parties de l'encéphale lui apparurent comme elles sont en réalité, c'est-à-dire différentes les unes des autres sous le rapport des fonctions : il reconnut le rôle physiologique rempli par chacune d'elles et il se trouva bientôt en mesure de communiquer ses découvertes à l'Académie des sciences. Les mémoires qu'il lut, dans les séances de mars et d'avril 1822, furent une double révélation : la physiologie de l'encéphale était créée, et, d'autre part, un grand physiologiste venait de faire son entrée dans la science.

Le premier fait, d'une importance extrême, découvert par Flourens, c'est que les facultés instinctives et intellectuelles résident exclusivement {dans le cerveiu proprement dit, dans les hémisphères du cerveau.

C'est donc bien le cerveau pi'oprement dit, et uniquement ce centre nerveux, qui est le siège des perceptions vraies, des instincts, de Tidéation, de la mémoire, de

rîmagination, de la volonté, de Tattention, etc., en un mot de toutes les facultés instinctives, intellectuelles ; il en est de même des facultés affectives. C'est par le cerveau proprement dit, par le cerveau seul, que nous pensons, que nous jugeons, que nous délibérons, que nous nous décidons dans tel ou tel sens. C'est dans le cerveau que naissent tous nos sentiments, toutes nos passions. C'est lui qui provoque toutes leurs manifestations. C'est par ce centre nerveux que nous raisonnons et que nous. . . je veux dire. . . que Ton déraisonne ; c'est de lui que jaillissent les inspirations littéraires, artistiques; c'est lui qui est l'instrument producteur de toutes les découvertes, de toutes les inventions. C'est l'organe, le siège du génie... Hélas ! c'est lui aussi, cet organe sublime, qui est le siège de la folie, ou, pour parler plus exactement, ce sont des altérations du cerveau, altérations dont la nature échappe encore, pour la plupart des formes, à nos moyens de recherches, qui déterminent toutes les variétés de l'aliénation mentale.

Ses recherches expérimentales sur la formation des os ont été, pour la chirurgie, le point de départ d'importants progrès... « D'ici à peu de temps, disait-il dans « une de ses leçons, les amputations pour maladie d'un a OS ne se feront plus. On y substituera, de plus en « plus, les extirpations de l'os seul, dégagé de son « périoste... »

Cet appel de Flourens a été entendu ; aujourd'hui la méthode des résections sous-périostées est mise en pratique par tous les chirurgiens : dans bien des cas, des membres qui, autrefois, auraient été amputés, sont conservés et récupèrent, après la régénération de l'os

enlevé, leur conformation normale et leurs fonctions.

Flourens a donc bien mérité de Thumanité, en ouvrant cette nouvelle voie à la chirurgie conservatrice. Il en a bien mérité encore, en faisant connaître les propriétés anesthésiques du chloroforme.

C'est dans le mois de décembre 4846, — il y a quarante ans, — que Ton apprit, en Angleterre d'abord, puis en France, une étonnante nouvelle. On venait de trouver en Amérique le moyen de supprimer la douleur dans les opérations. On faisait inhaler au patient de la vapeur d'éther sulfurique et il tombait bientôt dans un état d'engourdissement qui le livrait immobile et impassible au chirurgien.

Les premiers essais d'éthérisation furent tentés en France dans le mois de janvier 1847, et leurs résultats furent presque aussitôt annoncés à l'Académie des sciences. Flourens se mit immédiatement à l'œuvre pour étudier le mécanisme physiologique de l'action des inhalations d'éther.

Lorsqu'il mourut en 1867, safamille^ pour se conformer à la volonté qu'il avait souvent exprimée, fit inscrire sur sa tombe ces simples mots : P. Flourens, physiologiste.

C'est bien le vrai titre sous lequel son nom passera à la postérité. Ses découvertes sur les fonctions du système nerveux sont impérissables.

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