‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 136 sur 144 · ÉLIE DE BEAL'3I0NT · texte numérisé non relu

ÉLIE DE BEAL'3I0NT

la nature et les mystérieux abîmes du passé, il s'étend sur des phénomènes moins cachés et, pour ainsi parler,, communs et vulgaires ; Tinfluence des vents et des eaux, ruisseaux, fleuves ou torrents sur la surface du sol; Taction de la mer, soit qu'elle recouvre, soit qu'elle abandonne de nouveaux rivages ; la formation et le changement d'embouchure des grands fleuves ; et, dans le détail des occasions les plus communes, son esprit, curieux de toutes les causes, cherche surtout les traces de l'industrie humaine associée, pour les diriger, aux forces aveugles de la nature.

. . . Dans le dessein de rattacher à un faisceau régulier les efforts successifs des agitations internes^ il traça sur la sphère (terrestre) le réseau pentagonal.

Je n'ai garde d'entrer ici au détail de ces cercles, ingénieusement enchaînés, qui se comptent par milliers, empruntant chacun à des règles invariables une importance numériquement assignée. Les savants qui, rebelles à ses preuves, ne purent consentir à ses conclusions, n'en admirèrent pas moins l'assiduité de son immense travail. 11 n'est pas croyable avec quelle aisance et quel esprit de finesse il savait se jouer dans ce réseau toujours extensible, soumis à des lois sévères, mais flexible aux irrégularités les plus bizarres et compatible, sans donner de mécomptes, aux accidents les plus imprévus. Ceux qui n'ont voulu y voir qu'un jeu d'esprit doivent avouer qu'il était difficile. Il n'y a pas épargné sa peine : les triangles résolus, toujours par lui-même, se comptent par milliers, les logarithmes calculés par myriades. On alléguait en vain dans la grossièreté et le vague des alignements géologiques

une limite nécessaire à la précision de leurs rapports : il n'en mettait aucune à celle de ses calculs ; et, s'enfonçant toujours plus en avant dans Toeuvre abstraite de son imagination, il la faisait géométrique et pure, capable par conséquent de la dernière perfection que sa persévérance a voulue et patiemment obtenue pour elle.

Pieusement fidèle aux enseignements de son enfance, la foi éclairée d'Élie de Beaumont les conciliait avec la hardiesse de ses études. Les pratiques commandées étaient accomplies avec l'assiduité tranquille qu'il apportait à tous ses devoirs ; mais, responsable pour lui seul, il ne voulait connaître la foi, ni scruter la conscience de personne : sa tolérance était sans limites.

L*Académie hésitait un jour entre deux candidats éminents. Elie de Beaumont, après avoir donné les motifs scientifiques de sa préférence pour Tun d'eux, ajouta ces nobles paroles : Le candidat que je soutiens est israélile ; il serait honorable pour TAcadémie de prouver une fois de plus qu'elle ignore les distinctions de culte aussi bien que les préjugés de caste.

L'activité d'Élie de Beaumont est restée entière jusqu'à son dernier jour. Les savants collaborateurs à la carte de France, habitués à porter simplement vers leur maître leurs difficultés et leurs doutes, n'auraient eu nul besoin de décision officielle pour rester sous ses ordres après l'âge réglementaire de la retraite. M. le Ministre des travaux publics a été heureux, en lui demandant la continuation de son concours, de régulariser une exception, imposée plus encore par les besoins du service que par le respect de tous. Uniquement soucieux

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de son grand ouvrage, il accepta, à la fin de sa glorieuse carrière, les fonctions d'ingénieur détaché à la carte do France, avec le même empressement qu'au jour où, un demi-siècle plus tôt^ la confiance de Brochant de Villiors les lui avait offertes à la sortie de Técolo.

J. Bertrand.

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