‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 138 sur 144 · CHARLES DARWIN · texte numérisé non relu

CHARLES DARWIN

une famille et de Télever est lui-même la consécration d'une victoire. Dans cette mêlée incessante et impitoyable, tous n'arrivent pas également armés ; tous ne se défendent pas de la même façon. A ceux qui n'ont pas la force musculaire, les dents et les griffes meurtrières des grands carnassiers ou les puissants moyens de défense de certains herbivores, l'agilité à la course, la ruse, la couleur qui rend la dissimulation facile, la petitesse de la taille, qui permet de profiter des moindres retraites, sont souvent des avantages. Si, parmi les individus d'une même espèce, quelqu'un acquiert sur ses semblables l'un quelconque de ces privilèges, il aura chance de vivre plus longtemps ; vivant plus longtemps, sa progéniture sera plus considérable et parmi elle, se trouveront un certain nombre d'individus qui auront hérité des caractères avantageux de leurs parents. Ces individus se propageront à leur tour, transmettant à leur descendance ces mômes caractères. A chaque génération, le nombre des individus perfectionnés augmentera ; bientôt des alliances, de plus en plus fréquentes, se produiront entre eux ; en vertu des lois de Thérédité, le perfectionnement ira croissant et finalement une race nouvelle, mieux pourvue pour la lutte, se constituera par un procédé de sélection naturelle exactement comparable au procédé de sélection si connu des éleveurs. Ainsi, pour Darwin, les espèces varient spontanément ou sous l'action de causes qui restent à déterminer ; en raison de la lutte pour la vie dans laquelle tous les individus sont engagés, les variations désavantageuses ou inutiles sont éliminées ; seules, les variations favorables au succès dans la lutte sont conservées et accrues par

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hérédité : il ne persiste donc qu'un petit nombre de formes au milieu de celles qui se produisent ; les formes intermédiaires n'ont qu'une durée éphémère et disparaissent. Quant aux formes persistantes, elles se fixent de plus en plus par la succession des générations, s'adaptant d'une façon aussi parfaite que possible aux conditions dans lesquelles elles se sont développées, et demeurant ensuite immuables tant que ces conditions ne subissent elles-mêmes aucun changement. Ce sont elles qui forment les espèces nouvelles.

E. Perrier. [Le Transformisme ^)

Darwin est un naturaliste hors ligne. Il a touché à toutes les branches des sciences naturelles et, dans toutes, il a laissé des traces qui ne s'effaceront pas. Par là nn^me, il était préparé mieux que personne à aborder les questions générales que soulèvent le passé et le présent de Tempire organique. Penseur à la fois ingénieux et profond, entraîné par les qualités mêmes de son esprit, il a cru les avoir résolues.

DeQuatrefages. [Les précurseurs français de Darwin,)

Ce n'est pas par Thabile disposition des matériaux, par le charme de la narration ou par Féclat du style que les œuvres du naturaliste anglais ébranlent les opinions reçues, entraînent la conviction vers des croyances nouvelles. L'accumulation des faits, la précision dans les détails, le soin de retourner la question sur toutes ses faces, de réfuter toutes les hypothèses autres que la sienne, voilà les seuls moyens qu'il emploie; il s'inquiète peu d'être long, il ne vise qu'à être complet ; tant pis pour le lecteur que cela rebute, sa lassitude

ne prouve qu'une chose, c'est qu'il n'a pas un assez vif désir de trouver le vrai.

Seuls, les êtres vivant à Tétatde domesticité peuvent être comparés à leurs ancêtres ; c'est donc eux qu'il faut étudier tout d'abord si nous voulons savoir dans quelle mesure la ressemblance est étroite entre les ancêtres et leur descendance.

Parmi les nombreux exemples qu'il a traités, voyons ce qu'il fait pour les pigeons. Grâce à de longues recherches, il arrive à en collectionner cent cinquante formes différentes qu'il décrit après un examen minutieux de leurs formes extérieures, de leur squelette et de leurs mœurs. Appliquant alors à cette vaste collection les procédés habituels de classification, il les groupe en espèces offrant des variétés et se répartissant en cinq genres, aussi distincts que ceux que Ton est habitué à rencontrer dans les groupes voisins. D'autre part, profitant de l'intérêt que ces jolis oiseaux ont toujours excité chez un certain nombre d'amateurs, il peut réunir des documents historiques certains sur Tépoque et le lieu d'origine des formes qu'il a distinguées et il établit ce résultat fondamental que toutes ces formes sont nées, depuis les temps historiques, sous les yeux de rhomme, et reconnaissent toutes pour source unique le ramier, qui vit encore aujourd'hui à IVtat sauvage, avec sa forme primitive.

Ainsi, d'une seule espèce il peut naître cinq genres différents et cent cinquante formes discernables, dans un temps relativement court. Que serait-ce si l'expérience pouvait être continuée pendant des périodes infiniment plus prolongées? Que serait-ce, sinon Ja

variation illimitée, franchissant les limites de la famille après celles du genre, bouleversant toute la classification, la réduisant à n'être plus que la représentation d'un état passager, au lieu de Texpression d'une création immuable ?

Le Monnier. {Darwin et son œuvre, — Discours à la rentrée des Facultés de Nancy.)

Darwin était de haute taille, mais de carrure moyenne, un peu voûté dans sa vieillesse, à mouvements plutôt gauches. Il était maigre. Son front, fort élevé, abritait des yeux bleu gris enfoncés sous des sourcils touffus ; il portait une longue barbe, très fournie, mais devint chauve. Son visage était coloré, même lorsqu'il était le plus souffrant, et le contraste entre son état intime, réel, et son apparence extérieure, était souvent extraordinaire. Son vêtement était toujours sombre, de forme aisée ; il portait un chapeau de paille ou de feutre mou, selon la saison, et, pour sortir, il jetait sur ses épaules un manteau court, sans manches, qu^à l'intérieur il remplaçait par un plaid. Etant assez frileux, il portait sur ses chaussures d'intérieur des bottes de drap fourré; mais souvent, au cours de son travail, on le voyait enlever ces additions au costume normal : il avait trop chaud, et cela indiquait une lutte plus vive entre l'écrivain et son sujet.

L'emploi de la journée est très méthodique à Down : Darwin se lève tôt et fait une courte promenade. Avant huit heures, il a déjeuné ; de huit à neuf heures etdemie, il travaille ; à neuf heures et demie, il vient au salon pour le courrier qu'il lit, après quoi on lui fait une lecture à haute voix jusque vers dix heures et demie.

C'est toujours une lecture de roman. De dix heures et demie à midi, il travaille encore, et c'est généralement dans sa vieillesse la fin du labeur quotidien. Il sort alors le plus souvent avec son terrier blanc, PoUy... Cette promenade conduit Darwin à la serre d abord, où il va visiter les plantes en expérience, puis dans un champ quia été spécialement arrangé en promenoir, ou encore, au dehors, dans la campagne • Le plus souvent c'est au promenoir qu'il se rend. C'est un champ étroit mais allongé, planté de chênes et d'autres arbres, entouré d'une haie basse, et d'où Ton découvre une jolie vue ; une allée circulaire, sablonneuse, en parcourt les bords. Autrefois Darwin en faisait chaque soir un nombre de tours fixé d'avance ; devenu plus vieux, il en fait ce que ses forces lui permettent. Il s'arrête souvent pour observer les oiseaux et autres bêtes, et son immobilité est telle qu'il arrive à de jeunes écureuils de lui grimper sur les jambes et le dos, tandis que leur mère, dans un arbre, les rappelle avec des cris d'angoisse.

H. deVarigny. [Charles Darwin.)

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OUATREFAGES (ARMAND DE)

Berthezenno (Gard;, iSlO; Paris, 1892. — Naturaliste. Docteur en mathématiques, en médecine et en histoire naturelle. D'abord professeur à la Faculté de Toulouse, puis à Paris au Muséum.

S'est adonné à Tanthropolof^ie c'est-à-dire à Tétudede l'homme,

considéré au point de vue animal.

L'espèce humaine. — Hommes fossiles et hommes sauvages. — La race prussienne. — Rapport sur les progrèsde l'Anthropologie en Fi ance . — Etudes sur les maladies actuelles des vers à soie. — Souvenirs d'un naturaliste .

La carrière scientifique d'Armand de Quatrefages fut d'abord indécise et mouvementée. Mathématicien en 1829 lorsqu'il recevait, à Strasbourg, le grade de Doctew es sciences mathématiques pour deux thèses Tune sur la Théorie d'un coup de canon, l'autre sur le Mouvement des aérolithes considérés comme des masses disséminées dans l'espace par l'impulsion des volcans lunaires ; médecin en 18»32, lorsqu'il s'occupait de Vextroversion de la vessie ou qu'il transportait à Toulouse l'opération delà lithotritie ; chimiste lorsqu'il suppléait à la faculté des sciences de cette ville le professeur Boisgiraud ; poète même à ses heures, il n'embrassa d'une manière exclusive l'étude de la zoologie qu'après s'être fixé à Paris, vers la fin de 1840. Il avait au commencement de la même année conquis à sept jours d'intervalle les grades de licencié et de docteur es sciences naturelles. Sa thèse de docteur portait sur la dentition des rongeurs. Ce fut sur le conseil d'Henri Milne Edwards qu'il tourna ses recherches vers les animaux marins ; sur son conseil que, rompant avec les vieux usages, il alla sur les bords de la mer étudier à l'état vivant les animaux comme l'avaient fait Milne Edw^ards lui-même et son compagnon Audoin, comme l'avait fait Cuvier... Les îles Chau-

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