‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 142 sur 144 · CLAUDE BERNARD · texte numérisé non relu

CLAUDE BERNARD

qui le traverse et quel que soit le régime de Tanimal, il montre que ce sucr^ est le résultat de la métamorphose d'une substance amyloïde dont il constate le premier la présence dans Torgane hépatique, substance qui se produit dans les cellules propres du foie et à laquelle il donne le nom de matière glycogène. Il fait voir ensuite que la quantité de sucre fournie par le foie au sang des veines hépatiques varie suivant que ranimai est en état de santé ou en état de maladie. Il découvre que la piqûre d'un point particulier du bulbe rachidien exerce une telle influence sur la formation du sucre par le foie, que le sang, chargé d'une trop grande quantité de ce principe, le laisse échapper par les reins et que Tanimal devient diabétique. Cette découverte tout à fait imprévue excite dans le monde savant un profond étonnement qui fait bientôt place à Tadmiration lorsque le fait annoncé par le physiologiste français est confirmé par les expérimentateurs. Par une suite de recherches d'une prodigieuse sagacité, il montre par quelles voies les lésions du bulbe rachidien dont il vient d'indiquer les effets vont agir sur la glycogénie hépatique. Jamais regard plus pénétrant n'avait plongé dans les profondeurs de la nutrition intime.

Il va plus loin encore ; comme je l'indiquais tout à l'heure, il tire lui-même de ses découvertes les conséquences qui s'appliquent à la médecine. Il édifie une nouvelle théorie du diabète. Pour lui, cette maladie est due essentiellement à un trouble des fonctions du foie, à une exagération de la production de la matière glycogène et à une suractivité parallèle de la métamorphose de celte matière en sucre. Ce trouble a le plus

souvent pour cause une altération du fonctionnement (lu système nerveux central.

VoLPiAN. [Discours aux obsèques de Claude Beimard.)

Je viens, Messieurs, de nommer les Époques de la Nature et le Discours de la Méthode, J'ai pensé plus d'une fois en effet que Y Introduction à la médecine expérimentale n'avait pas exercé moins d'influence, à son heure, que ces livres fameux; et je n'ignore pas que c'est beaucoup dire, mais je le dis pourtant, et je ne crois pas trop dire. Quand ses qualités d'écrivain n'auraient pas fait de Claude Bernard l'héritier naturel de la réputation d'un Buffon ou d'un Descartes, il le serait encore à titre de philosophe, ou, si vous le voulez, de penseur. Car, il n'a certes créé ni la physiologie ni la science expérimentale, mais il les a transformées, et de la façon qu'il les a transformées, il a renouvelé non seulement les méthodes, mais en un certain sens la conception môme qu'on se formait avant lui de la science. Les plus illustres de ses prédécesseurs en ont à peine fait davantage; et c'est pour ce motif que, depuis plus d'un quart de siècle, ceux qu'on entend peut-être le plus souvent invoquer le nom de Claude Bernard, ce ne sont pas les physiologistes, ce sont les philosophes.

Brunetière. [Discours à l'inauguration à Lyon d'un monument à la mémoire de Claude Bernard,]

Le savant, le grand expérimentateur parlait là (dans la Revue des deux mondes) pour tous ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit et de la science; il mon-

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