‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 143 sur 144 · CLAUDE BERNARD · texte numérisé non relu

CLAUDE BERNARD

trait à tous que la physiologie ne consiste pas tout entière en des tortures imposées à Tanimal vivant, mais qu'à travers ces douleurs nécessaires et qu'elle s*attache de plus en plus à adoucir et à supprimer, elle sait pénétrer les mystères de la vie, ceux du moins qui sont accessibles et ne se dérobent pas dans les dernières extrémités des choses. Il faisait toucher à tous Tharmonie et Tenchaînement des grandes fonctions organiques ; il montrait comment on les décompose et analyse ; il faisait sentir la puissance d'investigation dont est armée la Science moderne. Aussi parvenait-il à éclairer tous ceux qui, étrangers à la Science, n'ont sur les choses de la vie animale que des notions confuses; il les intéressait à cette Science inconnue, à ses progrès, communiquait à tous la foi qui l'animait, tout en gardant lui-même cette allure réservée, témoignage de toute vraie science.

L'existence de Claude Bernard s*est écoulée dans un ^ calme apparent, cachée aux yeux de la foule, laborieuse, mais sans affectation ni fausse rigueur. Les souffrances morales et physiques l'ont certainement traversée; les influences malsaines du laboratoire l'ont, à un moment, sérieusement compromise; rien n'a pu en altérer la direction et l'admirable unité. Elle n'a jamais dévié, et s'est toute renfermée dans les travaux qui la remplissaient, dans les charges de son double enseignement, dans l'autorité qui le suivait partout, à l'Académie des sciences comme k l'Académie française; autorité douce, qu'il ne recherchait pas, qu'il semblait fuir plutôt, mais qui lui arrivait du consentement de tous, et qui donnait tant de poids à sa parole et à ses conseils. Sa sincérité était absolue; quel grand savant

peut n'être pas sincère? Aimer la science, n^est-ce pas aimer la vérité? Cependant confesser celle-ci toujours et en toute simplicité n'est pas un don commun et témoigne, même en science, de la beauté d'âme.

La vie de Claude Bernard est donc toute en ses œuvres, toute dans révolution de son esprit chercheur et créateur, qui voulait toujours voir plus loin et plus haut. Que la vie d'un savant est ainsi belle dans son austère simplicité ! Elle ne connaît d'autres événements que ceux qui viennent du monde intérieur, du travail accompli, de la direction de la pensée, de la vue nouvelle des choses; mais combien elle est féconde et bienfaisante, en regard de la pauvreté réelle de tant d'autres vies dépensées dans les agitations extérieures, dans les honneurs mêmes que procurent ces agitations heureusement dirigées !

Chauffard. (Revue des deux mondes.)

Il (le public) apprenait de vous en quoi diffèrent et de quelle manière concourent ces deux instruments de découvertes qu'on désigne par les mots, trop souvent confondus, d'observation et d'expérience ; comment un fait que montre, à qui sait le voir, l'observation suggère, dans une intelligence douée d'invention scientifique, une explication anticipée, que contrôle ensuite l'expérience, soumettant le phénomène à des épreuves décisives qui permettent de déterminer avec certitude dans quelles conditions il peut ou ne peut pas se produire ; avec quel sage esprit de doute et, par suite, quelle liberté de jugement il faut procéder à de telles opérations afin d'échapper au danger trop rarement appréhendé et évité, de n'apercevoir les résultats quau

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