‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 29 sur 144 · D'ALEMBERT (JEAN · texte numérisé non relu

D'ALEMBERT (JEAN

Paris, 1717-1783. — Philosophe et géomètre. Enfant abandonné de M™« de Tencin. Membre de l'Académie française dont il fut le secrétaire perpétuel. Entreprit V Encyclopédie avec Diderot. Refusa les offres de Frédéric II et de Catherine pour l'attirer. Grand ami de Voltaire.

Mathématicien-philosophe, il s'est occupé des expressions négatives et imaginaires. Un principe de mécanique porte son nom. Ses études sur le système du monde sont importantes. — On lui doit ce conseil pédagogique : Marchez en avant et la foi vous viendra.

Dynamique, — Recherches sur la précession des équinoxes. — Mélanges de littérature et d'histoire.— Discours préliminaire de l'Encyclopédie. — Opuscules mathématiques. — Méthode pour déterminer les orbites et les mouTements des planètes. — Éloges des membres de TAcadémle française.

Le traitéde dynamique de d'Alembert, publié en 1743, plaça immédiatement son auteur au nombre des premiers géomètres de TEurope. La matière, difficile et nouvelle, était traitée de main de maître. Le livre de d'Alembert, aujourd'hui rarement consulté, fait époque dans la mécanique. Lagrange, un demi-siècle plus tard, écrivant avec élégance et profondeur Thistoire de la Science qu'il transformait de nouveau, dit en parlant du livre de d^Alembert : « Le traité de dynamique de «d'Alembert, qui parut en 1743, mit fin à ces espèces « de défis, en offrant une méthode directe et générale « pour résoudre ou du moins pour mettre en équations « tous les problèmes de dynamique qu'on peut ima- « giner. Cette méthode réduit toutes les lois du mou- « vement des corps à celles de leur équilibre et ramène « ainsi la dynamique à la statique. » Le progrès accompli par d'Alembert se résume en effet par ces

paroles, qui malheureusement, pour qui n'a pas approfondi laquestion, ne peuvent avoir aucun sens; incompréhensible pour les uns, la phrase, dans sa concision, en dit beaucoup trop pour les autres. Il s'agit seiilement — il faut appeler sur ce point l'attention — de la mise du problème en équations. La résolution de ces équations par des méthodes qui varieront d'un cas à un autre laissera subsister un vaste champ de recherches.

Les travaux mathématiques de d'Alembert sont innombrables. Nous ne pouvons en faire le résumé. Il est impossible même de citer ceux qui pourraient, en Fabsence de tout autre titre, assurer à son nom une place élevée dans l'histoire des sciences. Ses études sur les cordes vibrantes sont du nombre.

Taylor avant d'Alembert avait résolu le problème ; Euler, Bernoulli et Lagrange s'y sont exercés après lui . Après de longues et subtiles discussions, leur désaccord a souvent subsisté.

Une gloire incontestable reste à d^Alembert : il a créé à Toccasion de ce problème de physique une nouvelle méthode d'analyse. D'Alembert est le créateur de la théorie si féconde des équations aux dérivées partielles.

D'Alembert, vers la fin de sa vie, songeant à ses premiers travaux, écrivait avec émotion : « Les mathématiques ont été pour moi une maîtresse ! »

Cette maîtresse, quoique souvent négligée, ne Ta jamais trahi. Le temps pendant lequel des succès sans

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éclat couronnaient des travaux sans ambition fut pour lui le plus heureux et le plus regretté. Sous le modeste toit de celle qui lui servait de mère, il trouvait la tranquillité nécessaire à ses profondes recherches. En se réveillant dans sa petite chambre mal aérée, et de laquelle on voyait trois aunes de ciel, il songeait avec joie à la recherche commencée la veille, au plaisir qu'il allait goûter le soir au spectacle, et, dans les entr'actes des pièces, au plaisir plus grand encore que lui promettait le travail du lendemain. Le monde — je veux dire les sociétés brillantes dans lesquelles d'Alembert devait être bientôt recherché et admiré — était pour lui sans attrait ; il ne le connaissait ni ne le désirait.

Quelques amis, dont quelques-uns devinrent célèbres ou illustres, formaient sa société habituelle. Le profond géomètre était cité comme le plus gai, le plus plaisant, le plus aimable de tous.

J. Bertrand [D* Alembert ,)

M. d'Alembert n'a donné aucun grand ouvrage sur le calcul; ses mémoires même... ont pour objet des questions de mécanique : mais il a répandu dans tous, de nouvelles méthodes d'analyse, ou des remarques importantes sur des méthodes déjà connues, et on lui doit en grande partie les progrès rapides que le calcul intégral a faits dans ce siècle. Il semblait seulement que l'idée de quelque application utile était nécessaire pour réveiller son génie qui déployait alors toute sa finesse, toute sa profondeur et toute sa fécondité.

C'est ainsi que M. d'Alembert s'était montré, à trentedeux ans, le digne successeur de Newton, en résolvant le problème de la précession des équinoxes, dont la

solution confirme, par une preuve décisive, la théorie de la gravitation universelle, en se consacrant comme lui à l'étude des lois mathématiques de la nature, et en créant comme lui une science nouvelle, en inventant aussi un nouveau calcul (celui des équations aux dérivées partielles).

Ce fut alors qu'il donna le discours préliminaire de V Encyclopédie,

Il y trace d'abord le développement de l'esprit humain, non tel que l'histoire des Sciences et celle des Sociétés nous le présentent, mais tel qu'il s'offrirait à un homme qui aurait embrassé tout le système de nos connaissances, et qui réfléchissant sur l'origine et la liaison de ses idées, s'en formerait un tableau dans l'ordre le plus naturel; il verrait la morale et la métaphysique naître de ses observations sur lui-même; la science des gouvernements et celle des lois, de ses observations sur la société. Excité par ses besoins, il voudrait acquérir la connaissance des productions de la nature, et celle des moyens de les multiplier et de les employer. Le désir de soulager ses maux lui ferait inventer toutes les sciences sur lesquelles la médecine s'appuie et dont le but est de perfectionner ou de rendre plus sûr l'art de guérir; l'envie naturelle de connaître les propriétés les plus générales des corps, le conduirait à la chimie et à la physique. Bientôt, dépouillant successivement ces cor^ps de toutes leurs qualités, pour ne conserver que le nombre et l'étendue, il formerait toutes les sciences mathématiques, il déterminerait ensuite pour chaque science l'objet qu'elle doit se proposer, la méthode qu'elle doit suivre, le degré de certi-

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tude auquel elle doit atteindre. Forcé de les séparer pour en pouvoir saisir et embrasser chaque partie, il observerait encore les liens imperceptibles qui les ^unissent, les secours qu'elles peuvent se prêter et leur influence réciproque.

La suite de ce discours contient un tableau précis de la marche des Sciences depuis leur renouvellement, de leurs richesses à Tépoque où M. d'Alembert en traçait rhistoire , et des progrès qu'elles devaient espérer encore...

CONDORCET

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