‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 30 sur 144 · LAGRANGE (JOSEPH · texte numérisé non relu

LAGRANGE (JOSEPH

Turin, 1736; Paris, 1813.— Mathématicien de famille française ; séjourna pendant 20 ans à Turin où il fonda une académie des sciences ; s'établit ensuite à Paris. Professeur aux Écoles normale et polytechnique, administrateur de la Monnaie, membre du Bureau des longitudes, sénateur, comte de l'Empire, etc.

Lagrange a perfectionné l'analyse mathématique et la mécanique, découvert le calcul des variations, établi le principe des vitesses virtuelles, etc. — A l'ancienne École normale, il a préconisé l'enseignement analytique et comparé les méthodes.

Problème des trois corps. — Mécanique analytique, 2 vol. — Théorie des fonctions analytiques. — Traité de la résolution des équations numériques. — Cours d'analyse, etc. — Œuvres complètes, publiées par MM. J. Serret et Darboux, sous les auspices de l'Académie des sciences; 1867-92; 14 vol. in-4o, chez Gauthier-Villars.

Parmi tant de chefs-d'œuvre que Ton doit à son génie, sa Mécanique est sans contredit le plus grand, le plus remarquable et le plus important... Elle est fondée sur le calcul des variations dont il est Tinventeur ; tout y découle d'une formule unique, et d'un principe connu avant lui, mais dont on était loin de soupçonner toute l'utilité. Cette sublime composition réunit en outre tous ceux de ses travaux précédents qu'il a pu y rattacher; elle se distingue encore par Tesprit philosophique qui y règne d'un bout à l'autre : elle est aussi la plus belle histoire de cette partie de la science, une histoire telle qu'elle ne pouvait être écrite que par un homme au niveau de son sujet, et supérieur à tous ses devanciers, dont il analyse les ouvrages ; elle forme une lecture du plus haut intérêt, même pour celui qui serait hors d'état d'en apprécier tous les calculs de détails. Un pareil lecteur y apercevra du moins la liaison intime de

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tous les principes sur lesquels les plus grands Géomètres ont appuyé leurs recherches de Mécanique. Il y Verra la loi géométrique des mouvements célestes , déduite de simples considérations mécaniques et analytiques. De ces problèmes qui servent à calculer le véritable système du monde, l'Auteur passe à des queslious plus difficiles, plus compliquées et qui tiendraient à un autre ordre de choses ; ces recherches ne sont que de pure curiosité, TAuteur en avertit; mais elles prouvent toute Tétendue de ses ressources. On y voit enfin sa nouvelle Théorie des variations des constantes arbitraires du mouvement des planètes, qui avait paru avec tant d'éclat dans les Mémoires de l'Institut, où elle avait prouvé que l'Auteur, à Tâge de plus de soixante-quinze ans, n'était pas descendu du haut rang qu'il occupait depuis si longtemps, de l'aveu de tous les Géomètres.

Il les reçut (ses amis) avec attendrissement et cordialité. Tai été bien mal avant-hier^ mes amisy leur ditil, je me sentais mourir ; mon corps s' affaiblissait peu à peu^ mes facultés physiques et morales s'éteignaient insensiblement ; f observais avec plaisir la progression bien graduée de la diminution de mes forces; et j'arrivais au terme sans douleur^ sans regrets et par une pente bien douce. Oh ! la mort nest pas à redouter , et. lorsquelle vient sans douleur^ c'est une dernière fonction qui n'est ni pénible, ni désagréable. Alors il leur exposait ses idées sur la vie, dont il croyait que le siège était partout, dans tous les organes, dans tout l'ensemble de la machine^ qui, chez lui^ s'affaiblissait également partout et par les mêmes degrés. Quelques

instants de plus ^ il n'y avait plus de fonctions nulle part ^ la mort était partout et la mort n'est que le repos absolu du corps.

Je voulais mourir, ajouta-t-il avec plus de force, oui^ je voulais mourir, et fy trouvais du plaisir ; mais ma femme na pas voulu : f eusse préféré en ces moments une femme moins bonne, moins empressée a i^animer mes forces, et qui m'eût laissé finir doucement. J'ai fourni ma carrière; fat acquis quelque célébrité dans les Mathématiques, Je n'ai haï personne, je n'ai point fait de mal et il faut bien finir ; mais ma femme n'a pas voulu.

Pendant cette conversation, qui dura plus de deux

heures, la mémoire lui manqua souvent; il faisait de

vains efforts pour se rappeler les noms et les dates,

mais son discours fut toujours suivi, plein de fortes

pensées et d'expressions hardies. Cet emploi qu'il fit de

ses forces les épuisa. A peine ses amis étaient retirés,

qu'il tomba dans un abattement profond, et il mourut

le surlendemain 10 avril, à neuf heures trois quarts

du matin.

Delambre.

Cet homme, qui savait tant de choses, était surtout émerveillé de tout ce qu'on ne savait pas. Ces mots si simples, ye ne sais pas, étaient son expression favorite : il commençait et terminait ordinairement ainsi Texposition de ses doutes, qui étaient encore ses assertions les plus prononcées. Il ne se payait pas volontiers de mots, et ne s'arrêtait point aux surfaces. Il ôtait aux opinions et aux choses Tenveloppe qui les couvrait ;

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