L'ANCIENNE ACADÉMIE DES SCIENCES
« Les sciences excèdent les facultés d'un seul homme, dit Biot. Leur sphère immense ne peut plus être embrassée que par un grand corps littéraire qui, dans son ensemble, comme dans un vaste sensorium, réunit toutes les conceptions, toutes les vues, toutes les pensées ; qui ne connaissant ni la décadence des sens et de la vieillesse, toujours jeune, toujours actif, sonde incessamment les propriétés intimes des choses naturelles, découvre les forces qui y sont cachées, et les offre enfin à la société tout élaborées et préparées pour les applications. Dans ce centre où toutes les opinions s'agitent et se combattent, nulle autorité ne peut prévaloir, si ce n^est celle de la raison et de la nature... Telle est aujourd'hui la noble destination des sociétés savantes. La simultanéité et la durée que leur institution donne à des efforts mortels, complètent la puissance de la méthode expérimentale. Elles seules pouvaient désormais assurer la continuité du progrès des connaissances humaines ; seules elles
1. Consulter les livres sur L* Ancienne Académie des sciences de MM. A. Maury et J. Bertrand.
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pouvaient développer les grandes théories et faire obtenir des résultats qui, par leur difficulté, par la diversité, la persévérance et la difficulté des travaux qu'ils exigent, n'auraient jamais été accessibles pour des individus. »
Le besoin de s'associer pour activer et coordonner les travaux scientifiques se fit sentir, chez les divers peuples, dès le milieu du xvii® siècle.
La Société royale de Londres et l'Académie del Cimento datent de 1640 et de 1657. L^Académie des sciences de Paris a été fondée par Colbert en 1666* et sa première séance a eu lieu le 22 décembre, dans la Bibliothèque du Roi (près de la Bibliothèque nationale actuelle). Il y eut vingt et un membres seulement ; les mathématiciens se réunirent le mercredi et les physiciens le samedi.
On remarque dans la Compagnie Mariotte, l'abbé Picard, auquel on doit la mesure des angles à Taide des lunettes, le géomètre Roberval, Cassini, le danois Roehmer qui mesura la vitesse de la lumière, etc. . . Le secrétaire fut Du Hamel 2.
On étudia d'abord, en commun^ Jes plantes et les animaux avec plus de zèle que de méthode, on distilla des crapauds, etc.
Les travaux astronomiques furent meilleurs, surtout après la construction de TObservatoire, en 1667.
Lorsque Louis XIV visita l'Académie dont il se déclara le protecteur, on vit Duvernay sortir des profondeurs d'une baleine qu'il explorait, pour saluer le
1. On sait que Richelieu avait fondé l'Académie française en 1635.
2. On trouvera, dans la suite, (^es détails sur les savants dont nous ne donnons ici que les noms.
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Roi. Plus tard, Pierre le Grand fera aussi une visite à la Compagnie et il en sera nommé membre.
Louvois soutint mal l'œuvre de Golbort, en cherchant à imposer à TAcadémie des « recherches utiles et non curieuses. » Or, Condorcet le dira plus tard, « c'est précisément parce que les recherches difficiles, les découvertes qui agrandissent la sphère de l'esprit humain, peuvent rester longtemps inapplicables aux usages de la vie, qu'il est bon que des compagnies savantes en maintiennent le goût, rassemblent les hommes qui s'en occupent, leur offrent des récompenses, les encouragent enfin en fixant sur eux les regards, en leur assurant l'estime de ceux qui ne sont pas en état de les juger. »
L'Académie était dans une période de décadence, lorsqu'en 1699, elle fut reconstituée par Pontchartrain. Elle eut des membres honoraires, pensionnaires, associés et élèves, un président et un directeur, un secrétaire et un trésorier perpétuels. Non seulement l'Académie s'élargit ainsi, mais — réforme plus importante, — elle se recruta elle-même.
Une rente de trente mille livres fut répartie inégalement entre les vingt pensionnaires. Les séances eurent lieu désormais au Louvre où le nouveau régime fut inauguré le 29 avril 1699. « L'Académie française, dit Tabbé Bignon qui présidait, a pour son partage l'art de la parole avec tous ses agréments ; l'Académie des sciences n'aspire qu'à la vérité et souvent à la vérité la plus sèche et la plus abstraite. »
Nous citerons parmi les nouveaux membres, Rolle, adversaire des nouveaux calculs, le mécanicien Vari-
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gnon, Tournefort, le marquis de L'Hôpital, auteur du premier Traité de calcul infinitésimal, Tacousticien Sauveur, etc.
Fontenelle fut élu secrétaire perpétuel et il y eut des associés étrangers tels que Newton et Leibniz. Réaumur et Clairaut se partagèrent Tinfluence.
Signalons, pendant cette seconde étape, les luttes entre Tancienne algèbre et les infiniment petits et, d'autre part, entre les physiques de Descartes et de Newton ; les voyages des astronomes et des naturalistes ; la Carte des Cassini ; les grands télescopes, etc.
Pour faciliter les voyages en mer, l'Académie publia la Connaissance des temps.
Buffon, directeur du Jardin du Roi et d'Alembert, tous deux membres aussi de l'Académie française, luttaient d'influence auprès de leurs confrères scientifiques.
Parmi les faits et les idées académiques, nous devons mentionner encore : les rapports sur les inventions ; les systèmes a priori repoussés ; les traités d'arts et métiers; les ballons; l'électricité atmosphérique; l'inoculation ; les passages de Vénus ; le système métrique, etc.
A la veille de la Révolution, l'Académie comprenait entre autres. Borda, connu par son cercle répétiteur, les astronomes Lalande et Bailly, Laplace, Monge, l'anatomiste Daubenton , I^voisier, BerlhoUet, de Jussieu, Lagrange, Euler, l'américain Franklin, etc.
Lorsque la tempête sociale éclata, des académiciens, tels que Monge et Berthollet se firent remarquer par leur dévouement à la Patrie. Pourtant, à la suite des
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intrigues du chimiste Fourcroy et malgré les efforts de Lakanal, l'Académie des sciences fut supprimée le 8 août 1793, avec les autres académies « patentées ou dotées par la Nation ».
On compte quelques savants parmi les victimes de la Terreur: Layoisier, fermier général, et Bailly, maire de Paris, morts sur Téchafaud ; Condorcet, poursuivi, s'empoisonnant à Bourg-la-Reine et le duc de La Rochefoucauld, assassiné à Gisors.