DEPUIS
La République devait bientôt restaurer les anciennes Académies en les associant. C'est le 25 octobre 1795, que VInstitut national fut fondé pour : « perfectionner les Sciences et les Arts par des recherches non interrompues, par la publication des découvertes, par la correspondance avec les Sociétés savantes et étrangères ; suivre les travaux scientifiques qui auraient pour objet l'utilité générale et la gloire de la République. »
L'Institut ne comprenait primitivement que trois classes : celle des Sciences physiques et mathématiques, qui marchait en tête, puis celle des Sciences morales et politiques et enfin celle un peu sacrifiée de la littérature et des beaux-arts.
La première classe devait : avoir six séances par mois dont trois publiques, une séance mensuelle commune avec les autres classes et quatre séances solennelles annuelles dans les mômes conditions ; publier chaque année ses travaux et découvertes ; s'occuper des poids
1. Consulter le livre de M. E. Maindron : V Académie des sciences et la note de même titre de M. M* Berthelot, dans Paris-Guide (1867).
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et mesures ; faire faire par deux de ses membres un voyage scientifique par an ; distribuer des prix ; réunir une collection de machines et de produits de la nature et des arts ; fonder une bibliothèque, etc.
La classe des sciences se réunit pour la première fois, le 6 décembre 1795. Elle admit la plupart des membres de l'ancienne Académie et fit de nouvelles élections pour compléter ses soixante membres, répartis en dix sections. C'est ainsi que furent nommés Fourier, Guvier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Delambre, etc. N'oublions pas Bonaparte qui, lors de l'expédition d^Égypte, emmena plusieurs de ses confrères et fonda avec eux rinstitut du Caire.
En 1803, une quatrième classe, celle des Beaux-Arts fut ajoutée à l'Institut de France. Les deux secrétaires des sciences se spécialisèrent pour les mathématiques, et pour la physique* et d'annuels ils redevinrent perpétuels.
Le transfert au Palais Mazarin eut lieu en 1805.
Une réorganisation de l'Institut fut accomplie en 1816. Il comprit quatre Académies : française, des Inscriptions et Belles-Lettres, des Sciences et des Beaux- Arts. II y eut des académiciens libres qui remplacèrent les honoraires. Les Sciences passèrent au troisième rang. Carnot et Mongc furent exclus de l'Institut par décision royale.
Le rétablissement de l'Académie des Sciences morales et politiques date de 1832.
C'est en 1835 que la publicité complète des séances
1. Les sciences physiques comprenaient alors l'histoire naturelle.
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pour les sciences fut décidée et que les Comptes 7'endus hebdomadaires fure^nt fondés.
Les archives réorganisées en 1879 comprennent un millier de cartons.
« La France seule, remarque Renan, a un Institut où tous les efforts de Tesprit humain sont comme liés en faisceau, oîi le poète, le philosophe, Thistorien, le philologue, le critique, le mathématicien, le physicien, l'astronome, le naturaliste, l'économiste, le jurisconsulte, le sculpteur, le peintre, le musicien peuvent s'appeler confrères ».
Chaque membre de Tlnstitut porte depuis Torigine rhabit noir brodé en plein de branches d'olivier en soie vert foncé. Il continue à toucher une indemnité annuelle de 1500 livres.
L'Institut comprend actuellement cinq académies. L'Académie des sciences se divise elle-même en onze sections : géométrie, mécanique, astronomie, géographie et navigation, physique générale, chimie, minéralogie, botanique, économie rurale, anatomie et zoologie, médecine et chirurgie. Chaque section comprend 6 membres, soit en tout 66 membres, plus les deux secrétaires perpétuels, 8 associés étrangers, 10 membres libres et 100 correspondants.
Il n'y a plus qu'une réunion hebdomadaire, chaque lundi à trois heures ; l'une d'elles est transformée en une séance générale annuelle. De plus, chaque 23 octobre, il y a une réunion publique et solennelle de tout l'Institut.
On ne publie plus de rapports sur la marche générale des Sciences. Les machines et les instruments ont
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été répartis entre les établissements scientifiques. Les travaux collectifs ont été abandonnés. Le Bureau des longitudes a hérité de la Connaissance des temps et du service des poids et mesures.
L'activité apparente de l'Académie des sciences semble ralentie mais sa réelle influence continue à s'exercer : elle stimule toujours et elle récompense les découvertes scientifiques.
La complexité des sciences s'accentue chaque jour. Après les avoir séparées pour une première étude, il convient maintenant de les rapprocher pour les perfectionner. Le progrès se continue par le travail libre. Il faut peut-être moins de force et de génie qu'autrefois, il faut certainement plus de travail et plus de finesse.
Autrefois les savants se défiaient les uns les autres et chaque vainqueur recevait une somme d'argent promise. L'Académie substitua à ces défis, à ces paris des questions proposées et récompensées par des prix.
C'est un conseiller au Parlement, Rouillé de Meslay, mort en 1715, qui fonda les premiers prix académiques. Ils portèrent sur Les principes et la nature du mouvement en général et sur La conservation en mer du mouvement du pendule. Le testament fut en vain attaqué ^
Le Recueil des pièces couronnées commençait à paraître, lorsque les concours durent être suspendus à la suite de la faillite de Law. Lorsqu'ils furent repris, ils portèrent sur le choc des corps^ la mature des vaisseaux, la nature de la pesanteur, l'observation des hauteurs en mer, l'orbite des planètes, la propagation de la lumière, les ancres, etc. Les Bernoulli et Léonard Euler furent les principaux lauréats et, après eux, sur des sujets plus spéciaux, Lagrangc et Delambre.
1. Consulter Les fondations de prix à l'Académie des sciences^ par M. E. Maindron.
2. Le généreux donateur espérait résoudre le problème des longitudes à l'aide d'un coq parisien qui, emporté sous d'autres climats, continuerait à chanter aux heures de Paris.
Le Régent promit en 1716, pour le problème des longitudes, cent mille livres qui ne furent jamais versées.
M. de Sartine fonda, en cachant son nom, en 1763, un prix pour Téclairage des villes.
Le Roi lui-même voulut, en 1766, qu'un prix dit du flint-glass fût créé à ses frais.
Nous arrivons ensuij;e aux Prix proposés, sous le voile de Tanonyme, par le philanthrope Montyon, et qui, sous différents titres, se sont continués jusqu'à nos jours.
Citons encore le prix anonyme pour la teinture, les prix donnés par le Roi pour la fabrication du salpêtre, l'alcalisation du sel marin et pour la machine de Marly ; le prix de Tabbé Raynal pour l'astronomie nautique, le prix national d'utilité publique dû à la Constituante, le prix du Ministre de la marine pour conserver le biscuit et les légumes sur les vaisseaux de la République, etc.
En 1793, lors de la suppression de T Académie, le capital de ses prix fut saisi au nom de la Nation.
La première classe de l'Institut eut à décerner chaque année^ aux frais de l'État, un prix consistant en un kilogramme (Tor et elle fit, à cette occasion, un règlement des prix qui n'a pas été sensiblement modifié depuis. Elle reprit d'abord les derniers sujets indiqués par la défunte Académie des sciences : la construction d'une montre de poche pour les longitudes et Tétude du foie chez les divers animaux. Telle est l'origine des grands prix de Mathématiques et de Physique, dits Prix du budget, continués jusqu'à nos jours.
Voici quelques indications sur les sujets et les lau-
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réats du grand prix de mathc^matiques : 1810, double réfraction (Malus) ; 1812, propagation de la chaleur (Fourier) ; 1810, vibrations dos surfaces élastiques (M"'' Sophie Germain) ; 1816, propagation des ondes (Cauchy) ; 1819, diffraction lumineuse (Fresnel) ; 1822, le meilleur ouvrage de mathématiques (le danois Œrsted); 1830, môme indication (Abel, de Christiania et Jacobi, deKœnigsberg) ; 1834, équations numériques (Sturm).
Parmi les autres prix, on remarque ceux de Jérôme Lalande (astronomie), du Premier Consul (galvanisme), les prix décennaux de Napoléon (Lauréats : Lagrange, Laplace, Berthollet, Cuvier) et le prix du même pour le croup.
A partir de 1816, TAcadémie des sciences put décerner d'autres prix grâce à Montyon, Finfatigable anonyme. Le prix de physiologie expérimentale a eu pour titulaires Milne Edwards, Flourens, A. Brongniart, Agassiz, Claude Bernard, Pasteur. Les prix de mécanique, de médecine et de chirurgie, des arts insalubres proviennent de la môme origine. Une manifestation des Académies et des Hospices fut faite en 1838 en l'honneur de Montyon, leur généreux bienfaiteur, qui était mort depuis 1820.
Le roi Louis-Philippe a récompensé les applications de la vapeur à la marine et, plus généralement, les progrès de nos forces navales.
Le prix Bordin date de 1833, celui de Cuvier de 1839, celui de Volta dû à Napoléon III de 1852, celui de Bréhant (même année) contre le choléra n'a été distribué que partiellement.
Les prix actuels sont trop nombreux pour que nous en donnions le détail. Plusieurs s'appliquent à des travaux libres c'est-à-dire dont le sujet n'est pas imposé.
Les lauréats de r Académie des sciences doivent avoir mérité au moins un prix. C'est ordinairement parmi eux, qu'à chaque élection, sont choisis les nouveaux membres de l'Académie.