LAVOI8IER (ANTOINE-LAURENT
Paris, 1743-1794. — I.e prre de la Chimie. Fermior général et directeur des poudres. Mort sur Téchafaud révolutionnaire. — École Lavoisier. On va ériger au grand chimiste une statue derrière la Madeleine.
Théorie de la combustion et de la respiration. Composition de Tair, de Teau et des matières organiques. Composés binaires distingués en acides et bases. Nomenclature chimique. Calorimètre. Applications à Tagriculture et à l'industrie, etc., etc.
Opuscules physiques et chimiques — Traité de chimie. — Nomenclature chimique. — Mémoires de chimie. — Etat des finances delà France. — Richesse territoriale. — Œuvres complètes, publiées par le Ministère de l'Instruction publique, 1864, 6 vol. in-4°.
La pensée première de Lavoisier reparaît donc toujours dominante et agissante : rien ne se perd, rien ne se crée ; la matière reste toujours la même; il peut y. avoir des transformations dans sa forme, mais il n'y a jamais d'altération dans son poids, • «.... ..... .... ....•
On voit paraître enfin le Mémoire qui couronne Tédifice, celui où il établit la composition de Teau... il met sur le mercure dans une cloche, de Teau et de la limaille de fer, qui au bout d'un certain temps s'est convertie en oxyde noir de fer. L'eau s'est décomposée, et son hydrogène s'est dégagé...
Dès lors, Lavoisier put se rendre compte de ce qui se passe dans la respiration, dans la combustion, partout enfin oii il y a formation d'eau.
Mais si les monuments se taisent, l'univers nous redit sans cesse son nom. L'air, l'eau, la terre, les métaux, c'est lui qui nous en a fait connaître la
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nature. La combustion des corps, la respiration des animaux, la fermentation des matières organiques, c'est lui qui nous en a révélé les lois et dévoilé les mystères.
Les hommes ne lui ont élevé aucun monument de bronze ou de marbre, mais il s'en est érigé lui-même un moins périssable : c'est la Chimie tout entière. Gomme il domine, comme il maîtrise encore cette science ! Ne voyez-vous pas son ombre planer sur elle ? Ne la voyez-vous pas grandir, s'élever sans cesse, comme si chacun de nos efforts, chacune de nos découvertes continuant son oeuvre^ devait tourner au profit de sa gloire ?
J.-B. Dumas. [Philosophie chimique.)
« Si le progrès insensible du temps finit par tout éclaircir, il n'en est pas moins certain qu'un homme, tel que Newton ou Lavoisier, peut le devancer et épargner à l'humanité le travail indécis et sans guide de plusieurs générations : les conceptions qui ont fondé la chimie moderne sont dues à un seul homme, Lavoisier.
Lavoisier a formé dans les méditations solitaires de son laboratoire le projet d'une entreprise, dont il apercevait dès l'origine le caractère et l'étendue, — nous pouvons citer à cet égard des pages datées et écrites de sa main en 1772, dans ses registres d'expérience, — et il a réalisé son entreprise avec une persévérance, un enchaînement, une méthode, une logique invincibles, en utilisant à mesure dans la poursuite de son plan général les faits déjà connus et les découvertes particulières, qui faisaient chaque
jour un ensemble d'hommes de génie, ses contemporains, aussi habiles expérimentateurs que lui et plus originaux peut-être dans le détail, mais dont Tesprit était moins puissant. Aucun, en effet, n'avait osé se soustraire aux préjugés des doctrines régnantes alors et que Lavoisier a renversées ; aucun ne s'était élevé aux vues d'ensemble, qui ont fait la grandeur de son œuvre et amené dans la philosophie naturelle un progrès aussi capital. Le caractère de l'œuvre de Lavoisier, à cet égard, rappelle celle de Newton, qui, sans être lui-môme un grand observateur en astronomie, a su tirer un parti admirable des mesures accumulées par ses prédécesseurs et ses contemporains, pour en conclure les lois générales du système du monde. »
La décomposition de l'air et de Teau sont les découvertes capitales de Lavoisier.
(( A la Saint-Martin, le 11 novembre 1774, il expose ses nouvelles recherches et ses conclusions dans un Mémoire lu à l'Académie.
Reprenant les mêmes faits, avec pliis de détail et de précision, il en tire cette conclusion nette, hardie, et que personne n'avait osé jusque-là mettre en avant: « L'air est un mélange de deux gaz différents : l'air « vital (qu'il nomma plus tard oxygène) et la moffette (( ou azote (nom qui semble dû à Guyton de Morveau) : « mais le phlogistiquc n'a rien à voir dans sa composi- « tion! » Ce sont ces affirmations qui constituent sa découverte.
Loin d'être accueillie avec empressement, elle excita tout d'abord un toile général. L'indignation fut telle
parmi les partisans du phlogistique que Lavoisier fut, dît-on, brûlé en effigie à Berlin par dérision, comnxe un hérétique de la science.
Mais les faits étaient patents et la doctrine de la composition de Tair ne tarda pas à être acceptée par toijt le monde, sauf à tâcher de la concilier avec la théorie du phlogistique, que ses partisans n'abandonnaient point.
Cependant Lavoisier multipliait les preuves.
Non seulement il fait la synthèse de Tair ordinaire en mélangeant à la moffette Tair vital absorbé dans la calcination du mercure, puis régénéré ; mais il montre que le gaz produit par Toxyde du mercure et le charbon est de l'air fixé, qui prend dès lors le nom d'acide carbonique, air identique au gaz des autres réductions métalliques, et il établit par là un autre fait fondamental, à savoir la composition même de cet air fixé. Enfin il assigne les rapports de poids suivant lesquels l'oxygène et le charbon s'unissent ; rapports presque identiques à ceux que nous admettons aujourd'hui.
Ces expériences étaient décisives par le jour qu'elles jetaient sur la combustion, ainsi que sur la constitution des combustibles et des matières végétales.
Le 24 juin 1783, il répéta la combustion de l'hydrogène par l'oxygène pur : il obtint à son tour une notable quantité d'eau pure, sans aucun autre produit, et il conclut des conditions où il avait opéré que le poids de l'eau formée ne pouvait pas ne pas être égal à celui des deux gaz qui l'avaient formée. L'expérience fut faite devant plusieurs savants, parmi lesquels Blagden, membre de la Société royale de Londres, qui rappela,
à cette occasion, les observations de Cavendish. Le 25 juin, Lavoisier publia ces résultats, qui sont consignés à cette date dans les registres des séances de l'Académie des Sciences...
C'est, je crois, la première date certaine de publication, c'est-à-dire constatée par des documents authentiques, 4ans l'histoire de la découverte de l'eau : découverte qui a suscité en raison de son importance les discussions les plus vives.
En même temps qu'il répétait ces expériences, Lavoisier en conclut, ce que personne n'osait dire officiellement, que Teau n'est pas un élément ; mais qu'elle est composée d'air vital et d'air inflammable^ c'est-àdire d'oxygène et d'hydrogène. Il ne donna pas dès le début la démonstration expérimentale complète, celle de la permanence du poids des deux composants dans le composé.
C'est à Monge qu'est due cette démonstration, communiquée en son nom quelques jours après par Vandermonde à l'Académie...
Cependant, suivant son usage, Lavoisier accumule les preuves de la vérité nouvelle et il en tire en même temps des conséquences qui donnent à sa doctrine une extension plus grande. Les ordres de phénomènes qu'il aborda aussitôt pour les expliquer sont la formation de l'eau dans la réduction des oxydes métalliques par rhydrogène, ainsi que dans la combustion des matières organiques. Si l'on ajoute que dans cette combustion, il se forme de l'acide carbonique, on comprendra comment l'analyse élémentaire des matières organiques fut ainsi démontrée pour la première fois et la nature de la fermentation alcoolique éclaircie. Lavoisier d*au-
tre part, complétant la synthèse par l'analyse, démontra la décomposition de l'eau par les métaux, soit seuls,
soit avec le concours des acides. »
Berthelot.
En plaçant un moineau vivant dans une quantité limitée d'air dont il connaissait exactement la composition et en analysant ensuite ce fluide, Lavoisier constata que, parles effets de la respiration, l'oxygène y diminue peu à peu, que l'animal tombe asphyxié lorsque la proportion de cet élément descend au-dessous d'une limite constante et qu'en rendant alors à cet air, devenu incapable d'entretenir la vie, une certaine quantité d*oxygène provenant d'une source quelconque, on peut y faire revivre l'animal mort en apparence.
C'est donc, disait Lavoisier, l'oxygène qui, dans l'acte de la respiration, entretient la vie des animaux... La respiration était donc une sorte de combustion lente et obscure, analogue à la combustion brillante du charbon qui brûle rapidement dans un foyer ou à celle de la cire qui alimente la flamme d'une bougie. Le combustible employé dans le travail respiratoire devait être fourni par l'organisme et c'était de l'oxydation de cette matière que provenait l'acide crayeux (^) expiré.
Toute combustion vive, comme chacun le sait, donne lieu à un dégagement considérable de chaleur. Or les animaux sur lesquels Lavoisier avait expérimenté ont une température très élevée... en hiver aussi bien qu'en été. Ces êtres sont donc des producteurs de cha-