‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 65 sur 144 · SAY. MOI · texte numérisé non relu

SAY. MOI

leur et Lavoisier trouva dans la combustion respiratoire une explication facile de leur faculté calorifique.

Lavoisier était contemporain de deux autres grands chimistes, de Priestley et de Scheele. Ce dernier sW cupa presque exclusivement du règne minéral, mais Priestley embrassa aussi dans ses recherches variées les êtres vivants... Lavoisier avait l'esprit plus ouvert (que Priestley), plus méthodique, plus ferme et plus indépendant. Il posait parfaitement les questions dont il s'occupait; il ne se contentait jamais d'un à peu près ou de la parole du maître et il apercevait de loin les conséquences des faits nouveaux constatés par ses expériences ; hardi dans ses vues, mais prudent dans sa marche et dans ses conclusions, il procéda toujours avec poids et mesure ; il aimait au plus haut degré la clarté et il fut un des génies les plus complets que les Sciences aient possédés.

H. Milne-Edwards.

[Notice sur les travaux physiologiques de Lavoisier,)

Pour satisfaire à toutes les exigences de ses fonctions diverses, et pouvoir se consacrer aux recherches de laboratoire, Lavoisier avait apporté dans Temploi de son temps, sa méthode habituelle. Il avait décidé de donner six heures par jour aux sciences, le matin de 6 heures à 9 heures, et Je soir, après le dîner, de 7 heures à 10 heures. Le reste de la journée était employé aux affaires de la ferme générale, de la régie des poudres, aux séances de l'Académie , aux commissions dont il faisait partie ; un jour de la semaine était entièrement consacré aux expériences.. .

Le laboratoire de l'Arsenal était* toujours un objet d'intérêt pour les savants qui le fréquentaient et y assistaient à des expériences inédites. Ils pouvaient y voir des appareils nouveaux, construits à grands frais par les ouvriers les plus habiles de Paris...

Il était animé d'un profond amour de l'humanité, d'un généreux élan de pitié pour les faibles : nous le verrons, dans toutes les circonstances, agiter les questions économiques dont la solution tend à assurer le bien-être du peuple...

Sa bonté était grande, bonté intelligente et non

bienveillance banale. Il était toujours prêt à servir de

sa bourse et de son influence cfeux qui lui paraissaient

dignes d'intérêt...

E. Grimault. [Lavoisier,)

Lavoisier fut trésorier de l'Académie, après Buffon, et il fut utile non seulement à l'Académie, mais aux académiciens par son activité et par son crédit. Il mit un nouvel ordre dans les comptes, dans l'inventaire des cabinets. Il fit tourner au profit des sciences, des fonds morts que l'Académie avait, sans le savoir.

Enfin, l'on trouvait Lavoisier partout, et partout il était celui que l'on croyait le plus nécessaire, et qui agissait le plus ; il suffisait à tout par sa facilité et par son zèle, qui étaient également admirables.

Un homme aussi rare, aussi extraordinaire, devait être respecté, ce semble, par les hommes les moins instruits et les plus méchants. Il fallait que le pouvoir fût tombé entre les mains d'une bête féroce qui ne respectait rien, et dont l'ambition aveugle et cruelle sacrifiait tout à l'espoir de plaire au peuple...

Lavoisier me disait peu de jours auparavant, qu'il prévoyait qu'on les dépouillerait de tous leurs biens, mais qu'il travaillerait pour vivre ; et il me semblait que Tétat de pharmacien était celui qu'il eût préféré, comme plus analogue à ses connaissances et à la réputation dont il jouissait.

Il avait fait, pour sa justification et celle de ses collègues, des mémoires si concluants qu^il était impossible de prévoir que le crime pût aller au delà de l'envahissement des fortunes...

Lavoisier était grand, d'une physionomie gracieuse et spirituelle, d'un caractère doux, sociable, obligeant, d'une activité qui s'étendait à tout. Son crédit, sa réputation, sa fortune et sa place à la trésorerie, lui donnèrent une prépondérance dont il ne se servait que pour faire le bien, mais qui n'a pas laissé que de lui faire des jaloux.

J'aime à croire qu'ils n'ont pas contribué à sa perte.

Il suffit bien, pour expliquer leur inaction, de considérer la terreur universelle qui paralysait toute la France, et qui étouffait le génie, comme elle émoussait le sentiment.

J. Lalande. [Notice sur la vie et les ouvrages de Lavoisier,)

... Une vie si belle et si utile fut terminée par un des crimes qui ont déshonoré cette époque. Au fond de sa prison, lorsqu'il n'ignorait pas que l'on préméditait son assassinat, Lavoisier s'occupait avec calme et sérénité de suivre l'impression d'un livre qui devait avoir huit volumes. On a retrouvé presque tout le premier, le second en entier et quelques feuilles du Iroi-

sième. Madame Lavoisier a fait répartir ces fragments précieux en deux tomes, sous le titre de Mémoires de physique et de chimie (sans date ni lieu d'impression), et en a gratifié quelques amis des sciences. Les bibliothèques ne possèdent pas de monument plus touchant : ces dernières lignes d un homme de génie, écrivant encore à la vue de Téchafaud ; ces volumes mutilés, ces discours interrompus au milieu d'une phrase, et dont la suite est perdue pour toujours, rappellent tout ce que les temps affreux dont nous parlons produisirent d'horreur et d'effroi. La catastrophe qui a mis fin aux jours de Lavoisier fut une suite de sa carrière administrative qu'il avait cependant parcourue avec non moins d'honneur que sa carrière scientifique. Nous avons vu qu'il avait été reçu fermier-général en 1769...

On espéra encore un momentque sa renommée dans les sciences inspirerait de l'intérêt. On se reposait sur les instances que quelques-uns de ses anciens confrères paraissaient à portée de faire en sa faveur ; mais la Terreur glaça tous les cœurs : personne n'osa en parler aux décemvirs ; et peut-être qu'en effet toute sollicitation auprès d'eux aurait été vaine. Un citoyen courageux, M. Halle, osa seul tenter un efïort public. Il se hâta de faire au Lycée des arts, un rapport sur ce que les découvertes de ce grand homme avaient d'utile, et ce rapport fut produit au tribunal ^.. Tout fut inutile. Le chef de cette horrible troupe répondit d'une voix féroce que l'on n'avait plus besoin de savants 2, et le coup fatal fut porté le 8 mai 1794. Lavoisier n'avait

1. Borda et Haûy agirent aussi au nom de la Commission des poids et mesures, mais Monge, Guytonde Morveau, Fourcroy gardèrent le silence.

2. Cofflnhal présidait la séance du Tribunal révolutionnaire.

pas 31 ans ; il était dans toute la force de la santé et du talent : ce qu'il avait découvert ne semblait que le prélude de découvertes plus brillantes encore, qui ont péri en quelque sorte dans leur germe... L'horreur redouble quand on songe que l'esprit de parti ne le poursuivait point, qu'il n'existait point de dénonciation spéciale contre lui, et que l'indifférence stupide des hommes en pouvoir n'eut en cette occasion aucuDe des excuses ignominieuses qu'elle mettait quelquefois en avant. A tous les avantages de la fortune dont il jouissait, de la gloire qui l'environnait, Lavoisier joignait les agréments extérieurs et un commerce aimable et doux. Il avait épousé^ en 1771, Mademoiselle Paulze, fille de l'un de ses collègues dans la ferme générale, femme digne de l'entendre et de le seconder dans ses travaux, et dont les qualités précieuses firent le charme de sa vie. Elle ne lui donna point d'enfants.

CuviER. [Biographie Michaud.)

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