‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 69 sur 144 · JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE

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féconde, que ceux qui, convenablement préparés^ y entrèrent à sa suite, en tirèrent eux-mêmes de grandes richesses. Biot et Arago marchèrent dans cette voie, et le premier s'y maintint toute sa vie.

Biot pensa qu'il serait opportun et utile de composer un traité de physique, à la fois expérimentale et mathématique, où l'on exposerait Tensemble actuel de cette science, depuis les éléments les plus simples jusqu'à ses parties les plus élevées ; en établissant ses résultats et ses doctrines, non sur des exemples fictifs, mais sur les expériences mêmes des inventeurs, de manière à faire connaître leurs procédés d'observation et de mesure, leurs méthodes, leur art, s'attachant ainsi à les analyser, à les discuter, à les concentrer en formules mathématiques directement applicables, surtout à montrer les limites de la science et à signaler les vides qui restaient à remplir. , .

Le Traité de physique expérimentale et mathématique j entrepris et terminé dans des temps difficiles, a été publié en 1816, en quatre volumes in-8°. C'est une des œuvres capitales de Biot.

Cette indépendance de caractère, avivée d'une certaine dose de malice, s'était déjà manifestée plusieurs années auparavant à l'occasion d'une visite que Rœderer était venu faire au Collège de France. Ce délégué de Finstruction publique, devançant son époque, exposa, aux professeurs réunis autour de lui, que leur enseignement devait être essentiellement pratique, dirigé vers les applications utiles ; et qu'enfin l'algèbre et la

géométrie ne servaient pas à grand chose. « Cependant, fit observer Biot, avec un merveilleux sang-froid, la géométrie a du bon pour Tarpentage. » Rœdeier approuva et ne comprit pas. Les circonstances de cette visite ayant été racontées à Laplace, ce grand géomètre n'eut rien de plus pressé que de faire au premier consul les honneurs du mot du jeune professeur. Le vainqueur de l'Egypte et de l'Italie était très fier de son titre de membre de l'Institut ; d^ailleurs il avait un sens assez droit pour comprendre l'importance des théories élevées, lors même qu'elles n'avaient pas fait la matière de ses études. Aussi Rœderer, à sa première visite, eut-il à essuyer une rude bourrasque : « Vous êtes donc bien ignorant pour méconnaître que les mathématiques sont les racines génératrices des connaissances humaines, et bien maladroit pour exposer votre opinion devant une assemblée de professeurs du premier Collège de l'Europe, Vous avez mérité qu'un jeune homme se moquât de vous. Il a bien fait. Vous ne vous en êtes pas seulement aperçu. »

• •.« •■•■ ••• .. * •..• Il avait obtenu de Dieu la grâce qu'il lui demandait souvent, de ne pas s'en aller en détail. La plénitude de rintelligence, la faculté du travail et la liberté des membres ne lui firent pas défaut ; et, lorsque la violence d'une affection catarrhale, subitement déclarée^ lui fit voir que sa fin était proche, il prépara son départ avec la tranquillité du sage et la foi ferme du chrétien. Il s'éteignit le 3 février 1862, âgé de 87 ans 9 mois et 43 jours.

F. Lefokt. [Notice sur la vie et les travaux de J.'B. Biot.)

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La découverte des polarisations colorées est due à Arago.

« C'est Biot, son ancien collaborateur, qui en fit l'étude détaillée et résuma les expériences par des formules qui n'ont point été modifiées ; il y dévoua sa vie tout entière, une vie de Bénédictin ; sans qu'un seul jour le désir des honneurs publics vînt éveiller son ambition ; et même, ainsi qu'il Ta écrit : « Dans les « grandes douleurs de Tâme, comme dans les malheurs « publics où l'on n'a d'autre devoir que de les supporter » , il poursuivait solitairement, sans jamais se lasser, les travaux qui ont fait son bonheur et sa gloire. Il distingua deux sortes de pouvoirs rotatoires : 1 un que produit la cristallisation, comme dans le quartz ; l'autre inhérent aux molécules elles-mêmes, comme dans les essences, et qu'elles conservent à tous les états^ solide, liquide ou gazeux ; même il mit le feu à l'Orangerie du Luxembourg en voulant le prouver. Il montra que le sucre de cannes possède la rotation à droite, celui du raisin, à gauche, ce qui lui permit de donner à l'industrie le seul intrument capable de faire l'analyse des

sirops sucrés.

Jamin. [Éloge d'Arago,)

L'histoire des relations de M. Biot et de M. Arago serait à faire... il y aurait lieu d'y caractériser deux natures d'esprit et de tempérament tout à fait opposé, et qui devaient presque nécessairement en venir à se contredire et à se combattre : — Arago ardent, puissant, robuste, doué de génie et capable d'invention, mais qui fut trop distrait par d'autres qualités qui le tentèrent, par le besoin d'influer, par le talent d'expo-

ser et d'enseigner, par un zèle aussi qu'on peut dire généreux à populariser la science, à en ouvrir à tous les voies et moyens, à en répandre et à en propager les résultats généraux ou les applications utiles. — Biot, esprit étendu, mais nature plus curieuse et plus déliée que riche et féconde, au sourire fin, à la lèvre mince, à la dent aigiie et mordante, dédaigneux du public sur lequel il avait peu de prise, jaloux de garder la science pour les seuls et vrais savants, pour ceux qu'il estimait dignes de ce nom.

Sainte-Beuve. {Nouveaux lundis,)

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