ANDRÉ-MARIE AMPÈRE
grosseur, que le plus vaste tableau, loin de suffire à des calculs compliqués, n'aurait pas contenu seulement cinq chiffres.
La résignation d'Ampère à ses derniers moments étonna tous ceux qui connaissaient son caractère ardent, sa vive imagination, son cœur chaud. Jamais on ne se fût attendu à trouver en lui le calme de cet ancien philosophe qui, au lit de mort, repoussait toute distraction, afin, disait-il, de mieux ohserver ce qui se passerait au moment précis où Tâme abandonnerait le corps. Peu d'instants avant que notre confrère perdît entièrement connaissance, M. Deschamps, proviseur du lycée de Marseille, ayant commencé à demi-voix la lecture de quelque passage de V Imitation^ Ampère l'avertit qu'il savait le livre par cœur. Arago.
V électro-magnétisme est ainsi devenu la gloire commune d'OErsted et d'Ampère, et la renommée, en réunissant les noms de ces deux savants illustres, appelle naturellement l'attention sur les ressemblances et les contrastes qui ont existé entre eux.
Ils étaient presque exactement contemporains. Ampère étant né le 22 janvier 1775 et Œrsted le 14 août 1777.
Tous deux avaient débuté dans une fort modeste condition de fortune ; tous deux avaient eu de faibles moyens d'instruction et s'étaient d'abord instruits euxmêmes avec le secours de très peu de maîtres et même d'assez peu de livres.
Œrsted avait composé des poésies qu'on ne trouvait pas sans mérite ; Ampère écrivait dans sa jeunesse des
vers français pleins de délicatesse et de grâce, dont quelques-uns ont paru à M. Arago devoir former l'un des ornements de son éloge : Œrsted vit toujours dans les harmonies de la nature une poésie supérieure à toute autre poésie ; Ampère au déclin de ses jours a encore composé, en vers latins, un tableau général de la classification des sciences, où Télégance le dispute à la précision.
CErsted, disciple déclaré deKant, appliquait ses idées au monde matériel en physicien consommé ; Ampère, partenaire souvent passionné de Maine de Biran, de Royer-Collard, de M. Cousin, se montrait éminemment doué de ces vives et puissantes facultés qui permettent d'approfondir les questions métaphysiques les plus subtiles et d'y prendre un vif intérêt.
Elie deBeaumont. (Eloge d' Œrsted,)
Jamais hommes en apparence ne se ressemblèrent moins. M. Dumas * nous montre Ampère grand, mélancolique, gauche dans ses mouvements, lent dans ses allures, maladroit de ses mains au point de n'avoir jamais pu tracer correctement un cercle ou un carré, incapable de supporter une occupation régulière et forcée ; Faraday, au contraire, vif, gai, Toeil alerte, le mouvement prompt et sûr, d'une adresse incroyable dans l'art d'expérimenter, exact, précis, tout à ses devoirs, entrant le matin dans son laboratoire pour en sortir le soir toujours aux mêmes heures, comme un négociant, qui passe sa journée dans ses bureaux. Mais les différences ne sont qu'à la surface : par les qualités
\ . Eloge de Faraday.
essentielles Faraday et Ampère se ressemblaient. « Ils avaient Tun et Tautre, nous dit M. Dumas, le cœur ouvert et Tâme haute ; ils ignoraient la jalousie ; toute lumière les remplissait de joie, quelle jaillît de leur cerveau ou de celui d'un émule ; tout succès les rendait heureux; ils aimaient Thumanité et sa grandeur; ils se considéraient comme les instruments d'une volonté suprême à laquelle ils obéissaient avec respect ; et si, pour ceux qui ne connaissent que leurs œuvres, ils comptent parmi les génies qui sont Torgueil des fils des hommes, pour ceux qui ont connu leur personne, ils se placent parmi les plus humbles et les plus soumises créatures de Dieu. »