GAY-LUSSAC
rieures, ce qui est si rare, ne modifieront pas d'une manière essentielle.
Dans cet admirable mémoire, Fauteur donne d'abord une analyse exacte de l'acide qui entre dans la composition du bleu de Prusse et qui fut nommé par Guyton de Morveau de Tacide prussique, mais qu'on n'avait pas obtenu jusqu'au travail de notre ami à Tétat de pureté, mais seulement mélangé à de l'eau. Il montre ensuite comment il est parvenu à isoler le radical de l'acide prussique, qui depuis a été nommé cyanogène.
Il établit que le cyanogène est un composé d'azote et de carbone, que l'acide prussique est formé définitivement d'hydrogène et de ce radical, et qu'il doit prendre le nom d'acide hydrocyanique, auquel les chimistes substituent souvent celui d'acide cyanhydrique. Il indique avec le plus grand soin, ses réactions sur un grand nombre de substances simples ou composées, solides ou gazeuses. Il fait connaître la combinaison du cyanogène avec le chlore, qui doit porter naturellement le nom d'acide chlorocyanique. En résumé, dans ce travail, Gay-Lussac comblait une lacune de la chimie, en montrant qu'il existé une combinaison d'azote et de carbone; il prouvait que le cyanogène, quoique composé, joue le rôle d'un corps simple dans ses combinaisons avec rhydrogèneet avec les métaux, ce qui, à l'époque où notre confrère écrivait, était dans la science un exemple unique. J'ai dit que pour établir de si magnifiques résultats, Gay-Lussac montra une patience infatigable. Si on en veut la preuve, je rappellerai, par exemple, qu'ayant voulu savoir quelle modification l'électricité pourrait produire dans le
mélange de deux gaz, il y fit passer jusqu'à cinquantetrois mille étincelles.
Lorsque le chimiste opère sur des substances ou combinaisons nouvelles à réactions inconnues, il est exposé à des dangers réels et presque inévitables. Gay- Lussac ne l'éprouva que trop. Pendant ses longues et glorieuses campagnes scientifiques, il fut grièvement blessé dans plusieurs circonstances différentes. La première fois, le 3 juin 1808, par le potassium^ préparé en grande quantité, suivant une méthode nouvelle. MM. de Humboldt et Thénard conduisirent notre ami, les yeux bandés, du laboratoire de TEcole polytechnique, où l'accident était arrivé, à sa demeure de la rue des Poules, que, par parenthèse, on devrait bien appeler rue Gay-Lussac *. Malgré les soins les plus empressés de Dupuytren, il perdit les points lacrymaux et se crut complètement aveugle pendant un mois...
La dernière explosion dont Gay-Lussac fut la victime eut lieu à une époque de sa vie oii des personnes mal informées le placent dans Tinaction. Notre ami s'occupait de Tétude des hydrogènes carbures provenant de la distillation des huiles. Le ballon en verre renfermant les gaz qui était resté à l'écart pendant plusieurs jours, fut pris par M. Larivière, jeune chimiste, pour être soumis à l'inspection de Gay-Lussac. Pendant que notre confrère se livrait à l'examen minutieux qui devait donner aux expériences projetées toute la précision désirable, il se manifesta une épouvantable