‹ Les savants modernes: leur vie et leur travaux, d'après les documentsChapitre 98 sur 144 · PASTEUR (LOUIS · texte numérisé non relu

PASTEUR (LOUIS

Dole, 1822; Paris, 1895. — Chimiste et naturaliste. Professeur aux facultés de Besançon, de Dijon, de Strasbourg, puis à rÉcole des beaux-arts et k la Sorbonne. Directeur scientifique de rÉ4ole normale. Membre des académies française et de médecine. Titulaire d'une pension nationale. — A l'Institut Pasteur, on continiie les travaux du maître.

On lit à la rue d'L'lm, au-dessous du médaillon de Pasteur: « Ici fut le laboratoire de Pasteur : 1857, fermentations; 1860, ^générations spontanées; 1865, maladies des vins et des bières; 1808, maladies des vers k soie ; 1881, virus et vaccins ; 1885, prophylaxie de la rage. »

Etude sur le Tin. — Maladie des Ters à soie. — Études sur le vinaigre. — Quelques réflexions sur la science, etc.

Vos premiers travaux faisaient disparaître pour toujours de la Chimie les forces occultes en expliquant les anomalies de Tacide tartrique.

Confirmant le caractère vital de la fermentation alcoolique, vous étendiez cette doctrine de la chimie française aux fermentations les plus diverses et vous donniez à la fabrication du vinaigre des règles que l'industrie applique avec reconnaissance aujourd'hui.

Dans ces infiniment petits de la vie, vous découvriez un troisième règne, celui auquel appartiennent ces t>tres qui, avec toutes les prérogatives de la vie animale, n'ont^pas besoin d'air pour vivre et trouvent la chaleur qui leur est nécessaire dans les décompositions chimiques qu'ils provoquent autour d'eux.

L'étude approtondie des ferments vous donnait la complète explication des altérations que subissent les substances organiques : le vin, la bière, les fruits, les matières animales de toutes les espèces ; vous expli-

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quiez le rôle préservatif de la chaleur appliquée à leur conservation et vous appreniez à en régler les effets pour déterminer la mort des ferments.

La vaccination était une bienfaisante pratique. Vous

en avez découvert la théorie et élargi les applications. Vous avez compris comment d'un virus on fait un vaccin ; comment un poison mortel devient un préservatif innocent. Vos recherches sur la maladie charbonneuse et les conséquences pratiques qui en découlent ont rendu à T Agriculture un service dont l'Europe sent tout le prix... Vous avez ouvert à la Médecine une ère nouvelle en prouvant que tout virus peut avoir son vaccin.

Aujourd'hui grâce à vos procédés de grainage scientifique, les éleveurs (de vers à soie) ont retrouvé leur sécurité, et le pays voit renaître une des sources de sa richesse. J.-B. Dumas. [Allocution lors de la remise d*une médaille d'honneur à M, Pasteur,)

La rage, cette terrible maladie, contre laquelle toutes les tentatives thérapeutiques avaient échoué jusqu'ici, a enfin trouvé son remède ! M. Pasteur, qui n'a eu, dans cette voie, aucun autre précurseur que lui-même, a été conduit par une série de recherches poursuivies sans interruption pendant des années à créer une méthode de traitement à l'aide de laquelle on peut empêcher à coup sûr le développement de la rage chez l'homme mordu récemment par un chien enragé.

Vllpian. [Comptes rendus de l'Académie des Sciences^ 26 octobre 1885.)

Si Ton sème dans un liquide fermentescible, abandonné à Tair libre, une certaine quantité de levure de bière, dont les cellules sont encore jeunes, celle-ci se dé>'eloppera aux dépens du liquide sans produire beaucoup d'alcool ; elle empruntera à Tair Toxygène dont elle a besoin pour respirer. Mais empêchons Tair d'arriver en aussi grande quantité; alors la petite plante se procure cet oxygène indispensable en décomposant le sucre, et de cette action bientôt générale résultent la formation de l'alcool et le dégagement tfe l'acide carbonique avec accompagnement de chaleur.

« La fermentation est la vie sans air », a dit avec raison M. Pasteur, en résumant dans une formule concise toute sa théorie. 11 s'aperçut bientôt que certains ferments, comme la levure, comme le mycoderma aceti qui principalement fixe sur l'alcool l'oxygène de lair, vivent aisément dans l'atmosphère, tandis que d'autres, comme le vibrion butyrique, périssent s'ils sont en contact avec l'oxygène libre. 11 nomma les premiers aérobies, les autres anaérobies ou ferments proprement dits.

Le caractère du ferment apparaît en somme comme une propriété générale de la cellule vivante : un grain de raisin placé dans l'acide carbonique produit cependant un peu d'alcool. Mais aussi toute cellule a sa nature propre ; chaque ferment doit donc donner lieu à une fermentation spéciale. Des cultures successives faites avec un soin extrême par celui que Tyndall appelle « le plus accompli de tous les expérimenta- « teurs, l'observateur ne négligeant rien pour mettre « ses conclusions à l'épreuve » ont fait connaître les ferments lactique, acétique, tartrique, ceux de l'urine

et de la putréfaction qui, parfaitement distincts, ne paraissent nullement susceptibles de subir la transformation en un autre ferment. ♦

La cause des altérations des liquides par des organismes microscopiques était définitivement constatée, et l'esprit humain était fatalement conduit, on le conçoit aisément, à vérifier si des faits de même ordre ne se passaient pas chez les animaux et chez Thomme. Certaines maladies, celles surtout où la contagion et l'infection jouent leur terrible rôle, ne sont-elles pas occasionnées par des microbes d'une nature spéciale ?

D"" L. GiiAPOY. [Pasteur,]

C'est ici que nous allons bien apercevoir la puissance de la méthode expérimentale, quand elle est maniée à la fois avec audace et précaution. C'est un merveilleux outil ayant une force de pénétration extraordinaire, pouvant même travailler dans l'obscurité, à la condition d'être manié par quelqu'un qui le connaisse bien. Telles ces perforatrices qui attaquent et pulvérisent au fond d'un trou noir tout ce qu'on leur présente, pourvu qu elles soient bien dans la main de celui qui les dirige.

Les symptômes généraux du mal rabique témoignaient que c'était surtout les centres nerveux qui étaient atteints. Le D' Duboné, de Pau, avait déjà fait cette remarque, et conclu que la salive d'un animal enragé ne devait pas seule être virulente : sa matière nerveuse devait l'être aussi. L'expérience avait démontré la justesse de cette conclusion. Du tissu nerveux inoculé sous la peau d'un animal peut lui donner la

rage. Mais ce mode de transmission est tout aussi incertain et tout aussi capricieux que la transmission par la salive! La rage n*éclate pas toujours, et elle ne le fait parfois qu'après une incubation prolongée pendant des mois. L'inoculation sous la peau est donc une méthode peu sûre. Mais, se dit-on au laboratoire de Pasteur, pourquoi ne pas essayer de déposer le virus dans les centres nerveux, puisque c'est là qu'il se cultive et se reproduit ?

Il n'était pas nécessaire pour cela de connaître le microbe, ni même d'être sûr qu'il y en ait un. Le contrôle de sa présence et de son développement devait être non l'examen microscopique, mais l'apparition de la rage chez Fanimal inoculé. Comme milieu de culture , le tissu nerveux offre d'ailleurs des garanties qu'on ne trouverait ni dans la salive ni môme dans le sang, beaucoup plus sensible à un microbe de l'extérieur. De plus, il semblait être un milieu d'élection pour le virus rabique, et réaliser naturellement pour lui cette condition qui était le fond de la méthode, et qu'on ne réalisait que péniblement dans les milieux artificiels de culture de la bactéridie et du microbe du choléra des poules. Le tout était d'arriver proprement à lui et d'y faire un ensemencement antiseptique. Ce qu'il y avait de plus sûr, c'était d'essayer d'inoculer un chien, sous la dure-mère, par trépanation.

« D'ordinaire une expérience conçue et discutée était « mise en train sans retard, dit M. le D' Roux. Celle- « ci, sur laquelle nous comptions beaucoup, ne fut pas « exécutée aussitôt ; Pasteur qui a dû exécuter tant « d'animaux dans le cours de ses bienfaisantes études, « éprouvait une véritable répugnance pour la vivisec-

« tion. Il assistait sans trop de peine à une opération « simple comme une inoculation sous-cutanée, et « encore, si Tanimal criait un peu, Pasteur se sentait « aussitôt pris de pitié et prodiguait à la victime des « consolations et des encouragements qui auraient « paru comiques s'ils n'avaient été touchants. La pen- « sée qu'on allait perforer le crâne d'un chien lui était « désagréable. Je le fis un jour qu'il était absent. Le « lendemain, comme je lui rendais compte que l'inou culation intracrânienne ne présentait aucune diffi- (c culte, il s'apitoya sur le chien : « Pauvre bête ! son « cerveau est sans doute lésé ; il doit être paralysé. » « Sans répondre, je descendis au sous-sol chercher « l'animal et je le fis entrer au laboratoire. Pasteur « n'aimait pas les chiens ; mais quand il vit celui-ci, « plein de vivacité, fureter partout en curieux, il « témoigna la satisfaction la plus vive et se mit à lui « prodiguer les mots les plus aimables. Il savait un gré « infini à ce chien de si bien supporter la trépanation et « de faire tomber tous ses scrupules pour les trépana- « tions futures. »

La méthode était en effet trouvée. C'était celle des cultures pures dans l'organisme. Le chien ainsi trépané devint rabique au bout de 14 jours et tous les chiens traités de la même façon se comportèrent de même. Dès lors on pouvait marcher...

C'est ici que se place tout naturellement cette découverte capitale que la moelle rabique exposée à l'action de Tair^ dans une atmosphère privée d'humidité, perd son activité en se desséchant. Après 14 jours, le virus est inoffensif aux doses les plus fortes. Entre le point de

départ et le point d'arrivée, il y a toute une série de

degrés d'atténuation.

« Un chien qui reçoit cette moelle de 14 jours, puis le lendemain celle de 13 jours (dit encore le D' Roux)^ puis celle de 12 jours, et ainsi de suite jusqu'à la

i moelle fraîche, ne prend pas la rage, et il est devenu

< réfractaire contre elle. Inoculé dans l'œil ou dans le cerveau avec le virus le plus fort, il reste bien por-

< tant. Il est donc possible de donner, en quinze jours, l'immunité à un animal contre la rage. Or les hommes mordus par des chiens enragés ne prennent d'ordinaire la rage qu'un mois et même davantage après la

< morsure. Le temps de l'incubation pour rendre la personne mordue réfractaire. »

DucLAUx. (Pasteur^ histoire d'un esprit.)

« Allons ! monsieur Pasteur, il faut chasser le démon « de la paresse ! »

C'était le veilleur de nuit du Collège de Besançon qui, invariablement, à quatre heures du matin, entrait dans la chambre de M. Pasteur et le réveillait par ce vigoureux bonjour, accompagné au besoin d'une forte secousse. M. Pasteur avait dix-huit ans. Outre le vivre et le couvert, le collège royal lui donnait vingt-quatre francs par mois. Mais si sa place était modeste, elle suffisait alors à son ambition : c'était le premier lien qui l'attachait à l'Université.

(( Ah ! lui avait souvent dit son père, si tu pouvais devenir un jour professeur, et professeur au collège d'Arbois, je serais l'homme le plus heureux de la terre ! »

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